vendredi 17 août 2012

L’étranger d'Albert Camus (1971)


Je connaissais l’ouvrage de nom et j’ai décidé d’en finir avec le mystère qui l’entourait. Le défi était facile puisque je connaissais le talent d’Albert Camus, ayant lu "La Peste".


Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français…
Meursault est un homme sans sentiment, sans prétention, sans projection. Il n’attend rien de la vie, on le sent un peu blasé de vivre, un peu indifférent à l’environnement. Pourtant, il apprécie les petites choses quotidiennes, tel que marcher dans les rues ou les histoires de vie de ses voisins. Bien que le récit soit à la première personne et qu’il narre son histoire avec une grande indifférence vis-à-vis de son entourage, il n’en reste pas moins qu’il est apprécié et qu’il a des amis. On est donc loin du profil du déprimé déçu par la vie.
Meursault agit comme bon lui semble. Il donne des coups de mains à ses amis. Non parce qu’il a envie de les aider, mais parce que c’est comme ça. On lui demande, cela ne le gène pas alors il le fait. Sa vie ordinaire ne subissant pas de bouleversement, l’homme fait son petit bonhomme de chemin. Sa mère meurt? C’est la vie. Qu’y peut-il? On lui reproche de ne pas l’avoir aimé ou bien traité. Mais là encore, que pouvait-il faire? Il a agi comme la vie lui a permis de le faire. Dans le fond, Meursault flotte au gré des vagues.
Un jour pourtant, on le prend par surprise. Il ne sait pas pourquoi, il réagit et se défend. Il dira que c’est à cause du soleil. En tout cas sa vie en subira les conséquences.
D’ailleurs Meursault ne sera même pas jugé pour son acte, ni pour ce qu’il est. Comme le même poisson, le courant définira sa vie.
Finalement Albert Camus nous livre une fable de l’absurde. Cette histoire qui raconte que même un crime n’est pas jugé en fonction de l’acte mais du passé de l’individu. Une recherche en surface de la justice où les gens sont identifiés à travers des paramètres déjà fixés par la société.
J’ai mis un petit moment à trouver le fin mot de l’histoire. Que voulait dire Camus dans ces quelques pages, en montrant une personnalité si transparente. Et curieusement ce livre m’a aussi positionné en tant que juge, prenant acte des agissements de Meursault pour finalement lui souhaiter un sort. Mais au fond, qu’est-ce qui permet de donner à une personne la lourde tâche de juger et de punir?
  • Poche: 191 pages
  • Editeur : Gallimard (décembre 1971)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-13: 978-2070360024

2 commentaires:

  1. Ce livre pose tellement de questions qu'il se prolonge bien plus loin que la fin du récit. Il soulève des débats, autant sur le jugement que sur ce que voulait dire Albert Camus. Chacun en tire une chose. Une amie à relever le problème que Meursault est en décalage par rapport à la société. Au final, il est puni pour ne pas ressentir les émotions normales dans notre société, mais qui a posé les normes ?

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  2. Ce roman a gardé une force effrayante. Je le relis régulièrement et c'est toujours le même choc insidieux. Camus était un génie.

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