samedi 15 décembre 2012

L’ombre de ce que nous avons été de Luis Sepulveda


Je relève un challenge "un mot, un livre" pour ce mois-ci et étant décidé que nous choisirons en fonction de la présence du mot "Ombre", je me suis retrouvée à devoir départager plusieurs livres. J’ai donc décidé d’en choisir un qui, sans relever le défi puisqu’il faut le maintenir secret jusqu’à l’instant T, me permettrait en même temps de découvrir un nouvel auteur.
Dans un vieil entrepôt d’un quartier populaire de Santiago, trois sexagénaires attendent avec impatience l’arrivée d’un homme, le Spécialiste. Il a convoqué ces trois anciens militants de gauche, de retour d’exil trente-cinq ans après le coup d’État de Pinochet, pour participer à une action révolutionnaire.
Un tourne-disque jeté par une fenêtre au cours d’une dispute conjugale va tout remettre en question, jusqu’au moment où ressurgit dans la mémoire des complices l’expression favorite du Spécialiste : "On tente le coup ?"
L’auteur nous propose les portraits cocasses et attachants de trois héros cassés par l’Histoire récente et l’exil, mais qui n’ont perdu ni leur humour ni leur capacité de croire aux rêves.
Ce roman est un exercice de virtuosité littéraire au service d’une histoire émouvante et sombre jouée par des perdants. Un roman écrit avec le coeur et l’estomac pour toucher et faire rire et penser.
Dès les premières pages du livre, je me suis demandée où je débarquais. L’histoire commence par un suicide. Puis par un pistolet qui se transmet. Alors qu’à la base je n’ai pas une mémoire des prénoms (favorisez Blonde, Rousse, Brune, ou Pierre, Henry, Jacques pour m’aider, chers écrivains), ce fut un peu laborieux d’identifier tout au long des chapitres qui était qui.
Mise à part ce détail, l’histoire est agréable, déroutante, attendrissante. On découvre le quotidien chilien pendant l’époque Pinochet et Allende, l’horreur d’une période violente. Et surtout historique puisque Luis Sepulveda a vécu cette période et est un très bon témoin. Moi qui ne connaissais pratiquement rien de ce pays, j’en suis sortie plus instruite.
Luis Sepulveda a aussi une plume tranchante, qui oscille entre langage courant et familier. Les scènes font sourire, et sont écrits avec une belle vertuosité. Il suffit de lire le chapitre sur le tourne-disque jeté par la fenêtre. Dans notre tête, on voit les scènes défilées au ralenti, et finalement la séquence est un gag sinistre, mais drôle quand même. Ou alors l’échange entre le communiste et le vendeur de poulet qui parle de poulet diététique pour se défendre de la maigreur des volatiles et qui s’emporte lorsqu’on lui demande leur provenance.
Une belle découverte que je recommande. Lire Sepulveda c’est découvrir un style peu courant, une plume maitrisée, et une société méconnue.
L'ombre de ce que nous avons été
intéressant

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Profitons de notre liberté d'expression