mardi 15 janvier 2013

La ballade de Lila K de Blandine Le Callet


Je suis tombée sur ce livre en laissant mes yeux vagabonder sur une étagère d’un kiosque à journaux. Son bandereau "prix du public" a attiré son regard, puis sa quatrième page de couverture. Ce sont finalement les avis grapillés sur le net qui m’ont incité à investir dessus.
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La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité. Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère.
Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore…
Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, "La ballade de Lila K" est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.
Lila K, obsédée par le souvenir de sa mère et fragilisée par sa douance qui exacerbe ses sens, essaie tant bien que mal à s’adapter au Centre, cet espace hospitalier qui espère la remettre sur les rails et lui offrir une nouvelle vie. Mais elle n’a pour but que de retrouver celle qui l’a mise au monde.
Dès les premières pages, j’ai apprécié Lila. Ses faiblesses et son caractères font d’elle un personnage à part. Blandine Le Callet ne donne pratiquement aucune information sur le cadre, et le contexte, et la majeure partie des images vient donc de notre propre imagination.
Autant dire que ça a bien travaillé, et que j’ai vraiment adoré le début.
Mais voilà, trop vague, trop flou, j’ai peiné à imaginer ce monde. Je n’ai compris qu’en cours de livre que c’était dans un décor réel (Paris), et j’ai déduit les éléments de l’environnement en me basant sur des références déjà acquises ailleurs. C’est peut-être là ma grosse déception dans ce livre. Il n’y a aucune indication. Vous voulez savoir comment est Lila ou sa chambre? Vous saurez qu’elle est une "beauté" sur qui tout le monde se retourne et que dans sa pièce il y a un lit et un dictionnaire avec une couverture, ainsi qu’un placard.
Blandine Le Callet nous sert la quête d’une enfant qui part à la recherche de sa mère, envers et contre tous. C’est beau et c’est fort…pour ceux qui y sont sensibles. Le style est bien, c’est vraiment agréable avec cette action et cette évolution permanente, mais pas assez. Le hic, c’est que Blandine Le Callet va trop vite à l’essentiel. Seule Lila est développée, et puis sa mère.
La relation mère-fille c’est d’ailleurs le gros point de l’histoire. Si vous aimez cela, lisez-le car vous allez adoré.
Malheureusement, je ne lis jamais ce type de roman et j’y cherchais bien plus.
Ainsi j’ai été déçue du faible développement des autres protagonistes. Par exemple Kauffman est vraiment un type bien. On s’y attache. Mais on n’en saura pas plus sur lui et son entourage. Fernand, idem. Il manquait un je-ne-sais-quoi pour le rendre moins plastique. Idem pour Lucienne, sa femme. Milo, grande déception aussi. J’ai été frustrée car on ne sait rien de lui. Lila s’y intéresse, sans vraiment savoir pourquoi. Et on peut à peine parler d’amour. D’ailleurs on nous parle également de chimères dans le livre, je ne sais même pas ce que c’est, hormis les références que j’ai de mes propres recherches.
En fait tous ces personnages servent l’histoire de Lila, mais à proprement parler ils n’existent pas. Effectivement le personnage de Lila est bien en place. Elle n’aime pas la foule, donc son cercle d’intimes est restreint. Elle est surdouée, donc elle a certains questionnements obsédants. Mais de là à évacuer tout son monde, non.
C’est finalement ce qui m’a déçue au milieu du récit. De même qu’à la manière du livre Pas raccord/ Le monde de Charlie, le récit soit destiné à quelqu’un. Cela déroute de l’apprendre en cours de récit et qu’en plus, le destinataire ne soit pas développé.
Autre chose, Lila accepte un monde hygiéniste dans lequel tout est sous contrôle et les grands ont droit de vie et de mort. Personnellement, si j’avais eu toute sa culture et ses lectures, j’aurai tout remis en question en me demandant comment faire pour changer ça. Mais nada. Elle accepte, elle nous raconte le quotidien sans que cela la choque. En fait, elle est surdouée mais cette particularité n’est pas exploitée. Tout au plus pour expliquer sa capacité d’adaptation.
J’avais la sensation que le décor était là pour enjoliver une histoire qui ne serait destinée qu’à un type de lecteurs (ceux qui affectionnent les lectures d’enfants, et de détresse familiale, incluant de la romance). En visionnant une vidéo sur youtube, Blandine Le Callet l’a confirmé. Cela explique qu’elle n’ait pas poussé plus loin sa logique.
Ainsi le grammabook, et cette idée que le livre est mauvais reprend bien Fahrenheit 451 de Bradbury, mais pas de là à dire que ce livre en suit la logique. Car finalement cet objet n’est présent que pour servir encore une fois Lila.
J’ai lu aussi qu’on le compare à 1984 d’Orwell. Mais je ne pense pas que cela soit vraiment à faire, car le monde d’Orwell est l’histoire en quelque sorte. Dans celle de Lila, c’est un décor dans le futur. Voilà, fini. Ne cherchez pas plus loin.
Si à chaque fois qu’on parle de livres en danger et d’une société surveillée, on compare les oeuvres aux deux références, on va vite en besogne (bon ça c’est juste une humeur pour exprimer ma déception).
Donc sinon, en oubliant toutes les comparaisons, ce livre est sympa à lire. C’est un peu décalé. Il y a de l’imagination. J’ai vraiment apprécié la particularité de Pacha, le chat multicolore. Mais Blandine Le Callet n’est pas allée assez loin, et ne s’est contentée que d’habiller l’histoire de Lila.
Si jamais l’auteure envisage de développer son histoire et de donner une suite (parce qu’à la fin, on se dit juste "OK, et après on fait quoi?"), je la lirais par curiosité et par appétit pour ce monde différent. Car je suis certaine qu’il y a un gros potentiel à tirer de ce monde.
"La ballade de Lila K":
bien
contemporain

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