vendredi 11 janvier 2013

La joueuse de go de Shan Sa


Cela fait si longtemps que j’entends parler de ce livre et que je souhaite le lire. Voeu exaucé. Alors a-t-il tenu ses promesses?

La Joueuse de go est une fable à double partition. Les courts chapitres tressent puis mêlent les destins croisés du jeune soldat et de la petite joueuse de go. Phrases courtes, verbes tendus vers l’essentiel, les mots aiguisent, tels des traits de calligraphie, leur portrait. Leur culture, l’histoire de leur pays, leur enfance, leurs amours, tout les sépare, à l’exception de leur détermination face au damier carré et aux pions de bois. Le go révèle leurs âmes au-delà de la ferveur impérialiste du jeune Japonais et de l’enthousiasme résistant de la joueuse mandchoue. Mais l’amour sait-il se contenter de la tranquille plaine de l’âme ? Peut-on laisser de côté sa nationalité alors qu’autour des joueurs la torture et la haine font rage dans la Mandchourie occupée ?


Certains éditeurs ont la manie de rédiger des résumés qui dévoilent des intrigues en milieu de roman.
C’est l’histoire d’une Chinoise vivant en Mandchourie, au village des Mille-vents, et d’un Japonais qui combat contre la Chine, pendant l’entre-deux-guerres. Plus précisément en 1931. C’est l’histoire de deux âmes qui vont se rencontrer. Deux camps qui s’affrontent dans la vie, comme dans un jeu de go. Car le contexte est dur; les Japonais veulent conquérir la Chine, et les deux s’affrontent dans le sang.
Shan-sa nous fait vivre les émotions internes des deux jeunes gens, en alternant leur point de vue d’un chapitre sur l’autre. J’avais apprécié cette façon de faire dans le livre "Le mec de la tombe d’à côté", j’ai tout aussi bien aimé dans celui-ci. C’est une belle méthode pour faire monter la sauce et pour que l’intrigue prenne.
La Chinoise âgée de 16 ans est différente de ses camarades. Elle se mêle aux hommes, voue une passion au jeu de go, et possède une belle maturité. Le japonais est ardent, a une conception de la vie digne des anciens samouraïs: prêt à se sacrifier pour son pays, et pense à sa famille qu’il a laissé au pays.
Les deux se rencontrent, unis par le jeu de go qui mène le récit comme il mène la vie de la Chinoise, très tacticienne.
Poétique, avec des passages sur le sexe (je ne m’y attendais pas) qui ne sont pas traités de manière cru; ce livre prend en otage le lecteur, qui désire tourner avidement les pages pour savoir la suite, comprendre comment une scène a été interprétée par l’autre et finalement voir où tout cela va aboutir.
J’ai été émue pour Min et Jing, les deux hommes de la vie de la Chinoise, encore plus après la révélation. Et puis un peu plus par la suite. Et enfin le final est totalement surprenant. Je crois que même c’est la fin la plus surprenante que j’ai pu lire dans un livre. J’en suis restée coi.
Le contexte, l’histoire, les personnages, l’histoire d’amour, les récits de leur intimité. Encore une fois j’ai été séduite par la personnalité des protagonistes, bien que plus par la Chinoise que par le Japonais toutefois.
D’ailleurs, assez curieusement, je trouve le récit vu côté Chinoise plus sensible et poétique, tandis que côté Japonais c’est quelque part plus rude, et plus cru. Le style est précis, fin, pas de fioriture mais juste.
Alors pourquoi le lire? Pour découvrir un autre pays, un petit brin d’histoire, une un amour passionné, et une fin surprenante.
Donc pour moi un coup de coeur car je le relirai avec plaisir, que je le conseille à tous, et car la fin m’a surprise et bouleversée.
"La joueuse de go":
gros coup de coeur

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