mardi 8 janvier 2013

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari


Ce Goncourt me faisait envie depuis de longues semaines, surtout que l’action se passe en Corse. C’est d’ailleurs assez rare pour le souligner. Alos coup de coeur ou non? Réponse dans quelques lignes!
Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l’impulsion de ses nouveaux gérants. A la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent, pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en "meilleur des mondes possibles". Mais c’est bientôt l’enfer en personne qui s’invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d’irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre.
Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d’une écriture somptueuse d’exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d’échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.
C’est par la longueur des phrases que se caractérise ce récit. Une longueur assez rare, à l’heure où on ne cesse de raccourcir les phrases pour aller à l’essentiel et être efficace. La lecture se révèle donc un peu difficile au départ, mais on se prend au jeu. Et finalement dans ce jet de mots, on se perd dans une sorte de pessimisme étrange. Mais c’est vraiment un sacré style et un beau choix de vocabulaire. Jérôme Ferrari a joué l’originalité et a gagné. Bravo.


Le récit ne brille pas par sa joie de vivre. Il n’est question que d’illusion et de désillusion. Je ne parlerais pas de l’aspect philosophique car je n’ai pas le niveau nécessaire et que ce n’est pas mon but d’apporter une vérité ou un éclairage sur ce récit. Mais plutôt comment je l’ai ressenti.
On suit le chemin de vie de 4 personnes en fait: Marcel, Aurélie, Libero et Mathieu. Les autres ne sont que des adjuvants et des opposants. Marcel est le grand-père de Mathieu et Aurélie. Il souffre de terribles maux de ventre depuis petit et vit dans le souvenir de sa famille. En fait, il n’est que l’ombre de sa famille, et semble attendre la fin de son existence, ou plutôt de son inexistence. Aurélie, sorte de yeux de vérité qui va dessiner finalement la personnalité de Mathieu, attendait de la vie de pouvoir réaliser ses rêves, semble-t-il. Mais elle se rend vite compte des bornes de son existence. Ensuite, Mathieu. Mathieu est le personnage qui m’a été le plus insupportable. On le croirait bête, je le soupçonne profondément égoïste. Il a eu la chance d’avoir des parents assez présents et soucieux de son bonheur, il prend tout sans jamais rendre et ne se remettant jamais en question. Le parfait benêt en fait. Et enfin Libero. peut-être par amitié pour Mathieu s’est-il lancé dans l’aventure. J’ai envie de dire plutôt berné par la soi-disante sollicitude de Mathieu qui ne cherche en lui qu’un accoudoir. Vous l’avez compris, ce livre fait réagir. Il m’a fallu un moment pour le digérer.
Concernant la Corse, on en voit peu de choses. La chasse au sanglier, les virées au bar, mais rien du lieu. En soi ce n’est pas important dans l’histoire, mais il n’y a pratiquement pas de description. Le récit reste fixé sur les protagonistes.
Le lieu avec Leibniz et Augustin, je l’ai senti en cours de récit. Et après une réflexion.  Je ne m’étends pas, ce serait bête de tout dévoiler. Mais franchement, c’est recherché, ça fait cogiter. Bref, c’est THE lecture quand même un peu indigeste car sinistre, mais de qualité.
On ressort de la lecture un peu désenchanté, voire profondément dégouté en fonction de ce qu’on a perçu. Jérôme Ferrari a mis beaucoup de sensibilité dans ce texte, et cela touche. La destinée des personnages, pour certains enrageante.
A lire pour ceux qui souhaitent une lecture bien consistante. Amateurs de joyeusetés et de légèreté, passez votre chemin ou appretez-vous à vivre une expérience profonde.
Lecture intéressante et consistante.

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