jeudi 31 janvier 2013

Sukkwan Island de David Vann


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Je suis une amatrice de romans qui explorent la psychologie des consciences, et aussi des huis-clos, le tout dans un contexte apocalyptique. Je n’ai donc pas hésité à tenter ma chance lorsque Livraddict le proposait.


Un jour Jim, dentiste et divorcé, plaque tout pour s’acheter une île déserte en Alaska, Sukkwan Island. Il demande à son ex-épouse d’emmener avec lui son fils Roy, 13 ans, pour y vivre un an, loin de toute civilisation.  Je ne dirais rien de plus car j’ai malheureusement lu sur un autre blog la trame de l’histoire. Je vous laisse volontairement dans le flou pour que vous puissiez mieux apprécier pourquoi les causes du basculement du séjour en cauchemar.
David Vann nous sert ici un texte de toute beauté. La description de la nature, exploitée comme élément intrinsèque du récit, donne cette force car ici elle n’est pas animée, elle n’est pas figée, elle est vivante. Beaucoup de justesse donc dans ce tiers protagoniste qui occupe une place cruciale dans le récit.
Ensuite Roy. L’adolescent a 13 ans et est particulièrement éveillé pour son âge. Il s’interroge sur les moyens pour survivre sur cette île, et aussi sur son environnement. Ainsi, il se demande si ce n’est pas interdit de couper du bois dans cette forêt, conscient de la probabilité que ce soit un parc national. Ce personnage dessine l’autre, son père. Dans la première partie du récit, notons que ce sont les yeux de l’adolescent qui nous font vivre l’aventure. On est en quelque sorte entre l’extérieur et l’intérieur de son univers, voyant à travers les yeux de Roy mais ne partageant pas totalement ses pensées. Jim, le père, est beaucoup plus bohème et vraiment peu préparé à un tel séjour. C’est un homme malhabile et inconscient. C’est lui qui mènera la deuxième partie du récit.
Ce récit est très intéressant car c’est l’histoire de deux personnes banales, dont les personnalités ne sortent pas de l’ordinaire. Un enfant, un père, une faille. Le réalisme est d’ailleurs un point fort du récit, et aussi tout le cheminement psychologique qui amène à l’aboutissement de l’histoire. Tout ce qui se passe dans l’histoire est rédigé avec justesse, et les événements peuvent ainsi se fondre dans notre réalité avec cette impression que tout est possible. Aucune surenchère, aucune invention ou imaginaire, David Vann semble vouloir nous convaincre que tout est possible. Il m’a impressionné par la faible distance qu’il inscrit par rapport au réel, et sa maîtrise des mots.
PASSEZ DIRECTEMENT A LA PHRASE EN ROUGE SI VOUS N’AVEZ PAS LU LE LIVRE ET DESIREZ PRESERVER UN ELEMENT
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David Vann arrive à retranscrire les égarements et le comportement d’une personne souffrante de dépression, et c’est en cela qu’on est proche des personnages car tout le monde peut passer par cette phase. La remise en question perpétuelle, la tristesse, les phases maniaques, telles qu’ici l’hypersexualité. Jim est un homme qui est troublé, maladroit dans son contact avec le monde.
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VOUS POUVEZ REPRENDRE LA LECTURE (JE N’AI PAS TROUVE DE MEILLEURE METHODE)
Ce livre est très proche du réel. Et tel que rédigés, la mésaventure et les enchaînements pourraient arriver à n’importe qui. L’histoire n’est pas horrible, inhumaine, elle est dure et quelque part juste. David Vann a un regard particulier et froid de l’homme, et l’aventure en vaut le détour. Tout de même, j’aurai bien voulu que la faille psychologique soit plus exploitée, que l’auteur aille plus en profondeur dans l’univers. Peut-être en nous donnant plus de Roy et Jim lorsqu’il leur donne, en quelque sorte, la parole. Mais est-ce que cela aurait donné dans la surenchère?
Je le conseille particulièrement à ceux qui s’intéressent aux récits à forte teneur psychologique, qui aiment les huis-clos. Pour les autres, il faut tenter la plume de David Vann pour découvrir la mesure dans une histoire, le distillement intelligent des informations et une description très intéressante de l’élément "nature".
Petit +: J’ai envie d’ajouter, mais cela ne tient qu’à moi, qu’il m’a fallu un certain temps pour le digérer et en comprendre une certaine profondeur. Une fois fermé, je n’ai pas immédiatement saisi la portée de l’histoire, mais une fois l’esprit posé on se rend compte du talent de David Vann.
Autre élément, Sukkwan Island fait partie ces livres à odeur. Je ne sais pas si cela vous arrive également, mais certains livres ont dans notre imaginaire une odeur particulière qui leur est propre. Il n’est pas courant que je le ressente, mais ce livre s’ajoute à ceux qui m’ont aussi titillé l’odorat tel que La route de Mc Carthy, Les bébés de la consigne automatique de Ryû Murakami et plus récemment Walking Dead, que je n’ai pas lu (certains sont en ebooks, donc rien à voir avec l’odeur du papier puisque cette odeur revient dès que je me remémorre l’histoire).
Merci à Livraddict et à Folio pour ce partenariat (comme d’habitude, mes propos sont libres de ce dernier. J’espère avoir assez justifié mon avis pour qu’aucun doute ne subsiste. Je tiens à préciser également que je fais en sorte de choisir des livres qui me plaisent!)
Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.
intéressant

1 commentaire:

  1. Une lecture qui ne m'a pas laissée indifférente...
    Oh, je me promène sur ton blog, et suis en train de plonger dans les tréfonds de tes chronique niveau chronologique. C'est signe qu'il me plait!

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