jeudi 31 janvier 2013

Sur l’oisiveté de Montaigne


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Ce folio à 2€ compile des extraits des livres 1 et 2 des essais de Montaigne. Deux choses ont motivé cet achat. D’abord une boutade à ma situation de personne sans-emploi. Egalement car j’aime bien élargir mon champ d’idées et avec Montaigne j’ai une relation assez particulière, relative à l’époque du bac. Pour faire court: c’est le seul texte que je n’ai pas étudié, et la bonne femme m’a interrogé sur lui, voilà. Donc j’ai un compte à régler.


L’ouvrage est divisé en différentes parties. Je ne prétends pas être agrégée en philosophie. Vous allez juste lire à la suite de ce billet des réflexions suscitées par cette lecture.
-Sur l’oisiveté
Dans cette partie, il explique que lorsqu’il ne fait rien, son cerveau se lâche et travaille plus que de coutume. Face à la production de chimères et fictions, Montaigne doit donc les enregistrer pour les analyser. C’est assez paradoxal et repose la question de la réelle oisiveté. A savoir, existe-t-elle vraiment? Peut-être n’est ce qu’un moment de liberté qu’on accorde à son esprit en le laissant vide de toute préoccupation.
-Sur le pédantisme
Une partie qui m’a faite réagir.
Les plus grands savants ne sont pas les plus sages.(Gargantua, Rabelais)
Montaigne poursuit en expliquant qu’il existe des esprits grossiers qui possèdent un raisonnement et un jugement.
Des âmes riches de la connaissance n’en deviennent pas plus vives et éveillées
Nous ne travaillons qu’à remplir la mémoire et nous laissons l’intelligence et la conscience vides
Nous prenons et nous gardons les opinions d’autrui et puis c’est tout. Il faut en faire les notres
Les maîtres dont je parle, comme Platon le dit des Sophistes, leurs frères, sont de tous les hommes ceux qui promettent d’être les plus utiles aux hommes et les seuls parmi tous les hommes, qui non seulement n’améliorent pas ce qu’on leur confie, comme un charpentier et un maçon, mais le gâtent, et se font payer de l’avoir gâté.
On nous instruit non pour la vie mais pour l’école.
J’apprécie ces discours qui remettent en question la position des gens qui se disent penseurs de la société et supérieurs puisque croyant posséder la raison en deversant leur façon de voir la vie, qu’ils appuient de théories qui les assoient dans leur certitudes. Mais en y réfléchissant, Montaigne fait aussi partie de ceux-là, des gens qui pensent qu’ils peuvent apporter une autre lumière. Donc j’adhère mais à moitié. Il y a du bon, qui fait réfléchir, aussi des évidence. Mais côté pédantisme, je pense que pour l’auteur il est difficile de s’écarter de son sujet s’en être lui-même impliqué. Alors certes, il tend un peu (faiblement) la perche, mais toujours en insistant sur une bonne volonté de bien faire. De mon côté, je pense qu’à partir du moment où un individu a à partager ou apprendre à quelqu’un, il y a du pédantisme.
Le pédantisme est finalement un trait qu’on rencontre même de nos jours. Si on extrapole, elle se lie aussi à l’heure actuelle. Que ce soit au niveau des blogs, des journaux où les personnes se nomment ou se font nommer philosophes et intellectuels. Le pédantisme est une partie inhérente de tout penseur car le savoir est un pouvoir. Bon, j’ai vite résumé ce que j’en ai déduit. Pour moi le pédantisme est lié à l’agression. Un individu qui partage son savoir sur demande n’en fait pas (donc dans le cas de Montaigne, vu que je me suis procurée le livre, c’est à nuancer), mais un individu qui fait en sorte que même les non-concernés soient informés est quelque part pédant. Bref, tout ça ne sont que des lumières fugaces de ce que la lecture a produit en moi.
Autre chose, dans le livre Montaigne fait preuve d’une certaine misogynie, en écrivant clairement qu’il n’est pas utile d’éduquer les femmes. J’ai peu d’amitié pour ceux qui marquent la différence au sein de l’espèce humaine. Même si c’est un philosophe du XVIe siècle.
-Sur la cruauté
Quand on juge une action particulière, il faut considérer beaucoup de circonstances, et l’homme tout entier qui l’a accomplie, avant de lui donner un qualicatif.
Montaigne est moins choqué de voir des bons sauvages manger un homme qu’assister à une exécution. Exécution qui a l’époque était aussi considérée comme une animation publique quand on y pnense.
Les naturels sanguinaires à l’égard des bêtes montrent une propension plus naturelle à la cruauté.
Brigitte Bardot devraient lire Montaigne sur ce point, ça l’éclairerait et elle pourrait ainsi faire un peu plus preuve d’intelligence quand elle parle de la Russie.
Vite fait, Montaigne aborde également les spectacles de Rome qui incluaient d’abord des animaux, des hommes puis des gladiateurs.
-Contre la fainéantise
Brève discussion sur la délégation des tâches à des subalternes et l’estime qui en ressort, avec un rapport à la mort. Intéressant mais sa théorie a des limites. Par exemple dans le cas de la gestion d’un territoire tel que la France, il devient nécessaire de déléguer. De plus le fait de tout gérer revient à une centralisation, et on voit bien que du point de vue territorial, cela peut avoir des effets pervers (comme le fait que Paris surnomme le reste du pays comme "La province"  et que certains autochtones nous voient avec une certaine suffisance)
-Sur la colère
Dernière partie qui a le mérite de susciter le sentiment dont Montaigne traite. Pêle-mêle, il parle de la violence faite aux enfants par les parents (c’est honorable), mais aussi de l’injustice de la colère. Il mentionne que Plutarque a fait battre un serviteur et que celui-ci l’accuse d’aller à l’encontre de ses écrits, ce à quoi Plutarque répond qu’il n’est pas en colère. Montaigne ajoute également qu’il n’est pas bon de contenir sa colère et que gifler un valet fait du bien. De belles phrases, mais de réelles théories dans cette partie. Encore une fois une mention sur les femmes. Quelques fois il me fait penser à ces extrémistes religieux, dans le sens où parce qu’il réagit au "pouvoir féminin", au lieu de purifier son âme de tout jugement subjectif comme il le ferait dans l’étude d’un objet, il se contente de réduire le second sexe à un être sans intérêt et débile de naissance, dangereux par l’attractivité qu’il diffuse.
Finalement Montaigne et moi, on n’est pas redevenu amis depuis le bac. Les grandes théories, et cette façon de dire qu’il n’est pas de la mauvaise graine (on en a tous un peu en soi), j’ai du mal à supporter. Peut-être n’ai-je pas les clefs, peut-être tout simplement n’est-on pas fait pour s’entendre.
PS: je suis tout à fait consciente que "toucher" aux grands philosophes peut paraître déplacé pour certains, mais la philosophie est pour moi une matière qui construit notre pensée et permet d’élaborer des idées. Il est bien de pouvoir y réagir et de partager dans le but de se développer.
PS2: ce n’est pas une réflexion élaborée. Cela reste un avis lecture, et je ne me voyais pas le traiter autrement qu’en parlant de mes réactions lors de la lecture.
Une belle introduction au projet des Essais, énoncé dans le chapitre intitulé « Sur l’oisiveté »  (L. I, Ch.VIII) :  « Dernièrement je me retirai chez moi, décidé autant que je le pourrais à ne pas me mêler d’autre chose que de passer en repos, en m’isolant, ce peu qui me restait de vie : il me semblait que je ne pouvais faire à mon esprit une plus grande faveur que de le laisser en pleine oisiveté s’entretenir avec lui-même : j’espérais qu’il pouvait désormais le faire plus aisément, devenu avec le temps plus pondéré, plus mûr aussi ».  Les chapitres retenus pour cette édition traitent de défauts, de vices répandus : pédanterie, cruauté, fainéantise, colère. Une façon ludique d’entrer dans une oeuvre-phare de la littérature et de la philosophie occidentale. Une invitation cordiale à exercer notre liberté de penser et à prendre le chemin d’une vie plus sage et plus sereine
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