dimanche 3 février 2013

La salamandre de Jean-Christophe Rufin


la-salamandre
Je parle sans cesse de quittes mes zones de confort (ici et ailleurs). Cela explique tout l’intérêt suscité pour les choix de lecture hasardeuses comme celles du choix du chapelier fou. Ce livre, je ne l’aurai probablement pas ouvert sans son intervention (et je n’aurai certainement pas même connu le titre).

La salamandre, c’est l’animal qui traverse le feu sans se blesser ou celui qui y séjourne pour s’y nourrir, dans l’imagerie populaire. Catherine est une parisienne très classique, qui un jour décide de rejoindre Aude, son amie, et Richard, le mari, à Recife au Brésil afin d’y passer un mois de vacances. Les jours s’enchaînent, Catherine est seule, c’est donc le moment de prendre un peu de vacances après tant d’années de dur labeur. Profitant du soleil, la cinquantenaire se rend régulièrement sur la plage avec Aude. Un jour elle rencontre Gil, un jeune et beau brésilien. Et là commence le début de la passion et de l’embrassement de son coeur et de sa vie.
L’histoire de cette femme, qui a vraiment existé, et dont la vie a été romancée par Jean-Christophe Rufin (qui l’explique dans le prologue), est dure et cruelle. Tout au long des pages, j’ai réagi, m’énervant contre la femme ou contre Gil. Ce qu’il y a dans le bouquin n’est pas nouveau puisqu’il y a quelques années de cela, ce genre de récit remplissait les magazines de société pendant les vacances. Mais c’est super, super énervant de le lire car nous on le sait, on le devine, mais Christine non.
Jean-Christophe Rufin est un professionnel, dans le sens où il nous embarque dans l’intrigue manu militari et qu’une fois dans la spirale de la vie de Catherine on en ressort difficilement. Action, description, enchaînements, on ne souffle pas, on veut comprendre. L’auteur est un as car il recréé dans ses pages toute la logique sentimentale. Au fil du récit on voit les sentiments s’intensifier, se gonfler jusqu’à en devenir terriblement douloureux. On souffre pour cette Catherine. Et parce qu’en plus il fait des flash-backs, on comprend aussi comment la cinquantenaire est tombée dans ce piège.
Catherine n’est pas une personne que je déteste, ni que j’aime. Et comme je l’ai déjà dit, elle m’a pourtant sacrément fait réagir. Tout dans le récit explique que cette femme avait de fortes chances de passer par là, que c’était aussi un moment qu’elle attendait. Elle voulait aimer, et elle a choisi son moment. Comment lui en vouloir? Mais en arriver là par amour, et même après, quelle destruction de soi. On voudrait l’aider mais on sait que même à son côté on ne pourrait pas parce qu’elle est aux prises avec elle-même (attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas aider les femmes battues)
Gil, le beau ‘salaud’. L’ignoble qui rend en plus la fin plus sordide. Là encore de la rage au coeur à lire ses pages. Et avec le talent de l’auteur on perçoit le côté humain et non-manichéen de l’homme. Comment en est-il arriver là? Pourquoi finit-il ainsi? Justement, on vit pas dans le monde de Barbie, il existe des gens mauvais, des gens qui sont façonnés ainsi et même si on leur filait des tartes, l’environnement a trop ancré de mauvaises choses dans l’être pour les changer
Ce que j’ai le plus apprécié, c’est qu’on ressort de ce livre le coeur lourd (ne pas le lire pour se détendre) mais avec quelque part un peu plus de sagesse. Rufin, qui écrit avec justesse sans viser de coupable ni pathos, nous délivre une histoire humaine, et qui est ensemble de plein de choses. Qui est le véritable responsable dans l’histoire? C’est pas elle, c’est pas lui, c’est tout! C’est le genre de récit qui permet d’ouvrir un peu son esprit, en réalisant que les gens ne raisonnent pas forcément comme nous, que leur réalité n’est pas la notre, bref que chacun est unique (c’est ce que j’ai ressenti pour ma part).
Cette histoire est celle d’une femme qui n’a pas été prévenue du danger, ou qui n’a pas voulu le voir. On dit "Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre". Cruelle vie que la sienne! Qu’elle soit réelle ou juste inventée!
A lire, parce que c’est un fait de société, parce qu’il faut arrêter de fantasmer sur les lieux qu’on considère comme paradisiaque et qu’on utilise sans penser aux conséquences de notre façon de faire du tourisme, s’emparant de ce que nous pensons nous être dû et leur laissant les restes, sans se soucier de l’envers du décor.
Catherine, dont la vie s’organisait autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l’affection d’un chat et l’usage fréquent de somnifères, tourne le dos à la France pour s’installer au Brésil. Dépassant sa condition de touriste, elle quitte l’univers des agences de voyages pour celui des favelas. La violence avec laquelle les gens se traitent entre eux ne lui est alors plus épargnée. Dans ce récit d’un parcours absolu, Jean-Christophe Rufin livre une tragédie moderne, où l’héroïne semble soudain obéir à une loi profonde qui la pousse à se détruire et à s’accomplir en même temps. À travers ce portrait d’une femme qui se perd et se découvre, l’auteur reprend aussi un thème qui lui est cher, celui de la rencontre entre les Occidentaux et leur tiers-monde fantasmé. Loin de la vitrine exotique et du mythe révolutionnaire, il va au-delà de la vision idéalisée, tout au moins " idéologisée ", du tiers-monde, vers un monde ambivalent, fait à la fois de richesse et de violence, repoussant et attirant.
intéressant

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