jeudi 28 février 2013

Taxi de Khaled Al Khamissi



Khaled, journaliste au Caire, utilise régulièrement les taxis pour se déplacer. Il a recensé 58 anecdotes et  histoires de vie narrées par les chauffeurs, qui dessinent une Egypte pauvre et corrompue dans les années 2005 et 2006, et qui permettent de comprendre pourquoi le peuple Egyptien s’est soulevé.


Dès la première histoire, on est plongé en deux pages dans la vie d’un Egyptien, conducteur de taxi. Entre rires et désapprobation, on navigue dans ces petits récits qui tracent un paysage économique et sociologique particulier, le tout en chaque fois 2 à 3 pages. En suivant Khaled Al Khamissi, on est finalement au plus proche de la société égyptienne. Car oui, qui mieux qu’un taxi peut connaître la population du Caire et ses habitudes? C’est finalement là tout le génie de ce livre: on est au plus proche de ces gens, assis sur la banquette arrière. Le procédé est vraiment intelligent!
La corruption des policiers, l’éducation qui ne sert à rien puisque les parents doivent se ruiner en cours particuliers pour assurer un avenir à leurs enfants (qui de toute façon n’auront pas de grands salaires même en sortant de l’université), le quotidien amer de pauvres qui abusent d’autres pauvres, mais aussi les opinions des conducteurs sur Moubarak, Nasser et Sadate, chacun pouvant justifier de l’autre. Ils sont informés de l’actualité, croyants ou bien malades.
J’ai bien aimé cette ambiance. Avec la plume de Khaled Al Khamissi, on imagine bien la discussion qui démarre dans le taxi, le chauffeur qui redresse son rétroviseur et quelques traits physiques. Les récits sont courts, mais assez pour en apprécier la chute. L’image de la femme est malmenée, par des "salope" ou "chienne". Ca pourra hérisser le poil de certaines féministes. Mais dans l’ensemble on s’en fiche, car quand on lit ce livre on n’est pas là pour redresser quoique ce soit, mais prendre conscience de la situation et comprendre qui ils sont, comment ils vivent, c’était quoi leur vie sous Moubarak?
Un livre riche, qui fait voyager, qui nous permet le temps de quelques heures d’être un Egyptien dans un taxi auquel s’adresse un autre, comme un ami ou un confident. Une place que probablement (même assurément) je n’aurai pas pu occuper. Merci à l’auteur pour cette expérience.
Portant chacune sur un aspect particulier de la vie sociale, économique ou politique en Egypte, ces cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire composent un tableau fascinant de ce pays à un moment clé (avril 2005-mars 2006) du règne du président Hosni Moubarak – qui sollicitait alors un cinquième mandat. Tout y est, en effet : les difficultés quotidiennes de la grande majorité de la population, la corruption qui sévit à tous les échelons de l’administration, l’omniprésence et la brutalité des services de sécurité, le blocage du système poli-tique, les humiliations sans fin que la population subit en silence, les ravages du capitalisme sauvage… Consignés en dialecte égyptien avec un humour décapant et un admirable sens de la mise en scène, ces échanges librement reconstitués par l’auteur, sinon entièrement inventés par lui, relèvent à la fois de la création littéraire et de l’enquête de terrain. S’ils font connaître les griefs des « gens d’en bas », ils laissent aussi entrevoir les raisons pour lesquelles le pouvoir en place tient bon mal-gré sa décrépitude et son impopularité. C’est sans doute cette combinaison inédite de lucidité politique, de tendresse pour les plus faibles et d’humour qui explique la diffusion de Taxi, dans sa version originale, à plus de cent mille exemplaires.
intéressant

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