jeudi 7 mars 2013

Cannibale de Didier Daeninckx (1998)


Cannibales
en qq motsGocéné, sa fiancée Minoé et le cousin de celle-ci Badimoin, originaires de Canala en Nouvelle-Calédonie, sont envoyés à Nouméa par le chef de leur village, avec une vingtaine de garçons et de filles. Arrivés là-bas, des soldats les embarquent dans un bateau vers Paris, pour les présenter comme des cannibales à l’exposition coloniale internationale de 1931. Mais une fois sur place, des crocodiles meurent, et une partie du groupe est échangée contre les animaux d’un cirque le temps de l’animation. Minoé en fait partie.


cequejenpenseJ’ai découvert ce livre tout à fait par hasard, en fouillant dans un bac de bouquins bradés. Je connaissais l’auteur vaguement de nom, mais la quatrième de couverture a suscité ma curiosité. Bien m’en a pris.
Le texte est court (100 pages) et l’histoire est en réalité le flash-back de Gocéné dans l’actuelle Nouvelle-Calédonie. J’ai trouvé cela assez intéressant (surtout que cela contribue à donner une bonne chute, mais je vous préserve de celle-ci jusqu’à ce que vous le lisiez). Mais comme le texte se focalise sur Gocéné, on en apprend peu sur les autorités, et le fonctionnement de l’exposition coloniale internationale, et c’est dommage.
De l’histoire des protagonistes on connait finalement très succintement celle de Gocéné, le narrateur, et ses liens avec Minoé et Badimoin. Gocéné et Badimoin sont des hommes volontaires qui, malgré le manque de repères, essaient de tenir une promesse. Pas simple dans ce grand Paris, où les rencontres sont souvent inamicales. Néanmoins, une question me taraude vis-à-vis de leur histoire: n’ayant que les vêtements du "bon sauvage", et ayant couru de nombreuses journées (donc probablement plein de sueur), comment ont-ils pu passer inaperçus aussi facilement?
De par le court format, il n’en fallait pas plus pour bien comprendre les enjeux du récit. La plume de l’auteur est fluide et efficace puisqu’elle contribue à préserver une action toujours présente tout en nous permettant de visualiser rapidement les lieux. On s’imagine très bien la gare, le métro, les rues qu’ils traversent. Par contre, j’ai eu du mal à cerner les distances. Gocéné et Badimoin n’aiment pas prendre le métro, et semblent d’infatigables marcheurs. Ils font de sacrés trottes pendant le récit.
Ce qui m’a le plus frappé est surtout le contexte et le contenu de cette histoire qui raconte comment dans les années 30 étaient perçus les gens venant d’ailleurs. Comme des animaux, des cannibales, des modèles d’exposition à qui on fait faire le tour de la France en cariole pour montrer le bon sauvage, à l’image de la femme à barbe ou du nain.
Cette France coloniale dont on parle peu dans les faits, sauf pour nous raconter les guerres de conquêtes. Mais on revient assez peu souvent sur les mentalités de ces gens qui à cette époque se permettaient de placer des gens dans des cases, et de les juger selon une échelle de valeur bien personnelle, sur ce quotidien et ces violences.
Le livre rappelle des "détails", comment ces gens étaient envoyés au front pendant la première guerre comme de la chair à canon, le peu de cas qu’on faisait d’eux après coup, le manque de reconnaissance. Et cette façon aussi de pouvoir s’approprier de leurs libertés et de les tuer, sans forme de procès.
Rageant, énervant de voir cela, mais aussi encourageant puisque depuis les choses ont changé,et un homme est l’égal d’un autre homme. Et même si dans les faits, cela n’est pas assuré dans tous les cas (il y a des cons partout), dans les textes de lois c’est écrit. Et comme on dit "les paroles s’envolent, les écrits restent".
Un livre court (1h à 1h30 de lecture) et instructif, dont on ne lève pas la tête sans réflexion.
Vous pouvez également compléter la lecture avec cette page wikipédia qui recense toutes les sources d’information sur l’exposition coloniale internationale de 1931.
les points fortsBon rythme
Inspiré d’un fait authentique
Ecriture fluide et efficace
les points faiblesN’étant pas Parisienne, j’ai eu du mal à évaluer les distances
Gocéné et Badimoin passent trop facilement inaperçus dans le récit
Point de vue unique
résumé
1931, l’Exposition coloniale. Quelques jours avant l’inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d’une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d’un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l’intérêt du public, veut bien prêter les siens, mais en échange d’autant de Canaques. Qu’à cela ne tienne ! Les « cannibales » seront expédiés.
intéressant

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