vendredi 15 mars 2013

Confidences à Allah de Saphia Azzeddine (2008)


9782756101194
en qq motsJbara est une bergère. Elle vit dans un village paumé dans les montagnes du Maghreb, et parle à Allah. Sa mère est perpetuellement en train de faire la cuisine, son père d’écouter les préceptes d’un imam mal avisé. Impertinente, se posant beaucoup de questions, elle va être chassée de chez elle et va partir à la recherche du bonheur. Et conquérir sa liberté de femme, en se confrontant à la mentalité grotesque d’hommes qui n’ont que faire de sa condition d’être humaine du moment qu’elle baise.


cequejenpenseQuelle surprise en lisant les premières pages! Quelle liberté de parole! Quel flux de mots vulgaires, quels échanges au vocabulaire familier. Et quelque part quel délice! Il est tellement rare de lire un livre qui se laisse aller dans la satire, et qui offre avec Dieu un dialogue d’une telle franchise. Avec tous ces discours, on en oublie qu’on est libre de penser et qu’on peut gérer nos fois de manière parfaitement personnelle. Saphia Azzedine nous le rappelle.
Ce livre m’a rappelé à quel point notre liberté d’expression se trouve amoindrie face aux préceptes des autres. Même en tant que non-croyants, il vaut mieux parfois éviter de parler de Dieu, pratiquement de l’auto-censure! Saphia Azzedine me réconcilie avec ça: cessons de mettre autant de sacré dans la monstration de sa foi, et soyons croyants, si besoin est, à notre manière tout en restant des Hommes, bordel!
Jbara c’est cette fille dont personne n’en a rien à foutre. Pourquoi la cultiver? Tout au plus elle pourra cuisiner pour un homme. La belle affaire. Comme le coup de la virginité. Pourquoi faut-il donc se préserver pour son mari si celui-ci ne fait pas de même? Et il y a tant d’autres obligations qui amoindrissent les droits de l’être féminin, qui dans la bouche des hommes transforment la femme en chose. Par exemple: pourquoi Dieu s’adresse-t-il aux femmes en passant par les hommes? Curieux discours.
Jbara, c’est aussi une jeune fille maline, qui par ignorance, mais non démunie d’intelligence, va vouloir faire sa vie comme elle l’entend. Sans se leurrer. Oui elle va être une pute. Et pour cela, elle n’en voudra jamais à son Dieu, elle expliquera qu’elle a fait un choix. Dieu chez elle est un confident, mais non une justification. Elle n’est pas mal dans sa vie à cause de Dieu, mais car elle l’a décidé. Jbara c’est la révolte et quelque part un discours sur une manière de vivre la religion de manière apaisée. Malheureusement sa vision et celle d’autres vont continuellement se confronter. Alors obligé de s’y plier. En tant que femme, seule en plus, comment changer les mentalités?
J’ai aimé ce livre, que j’ai lu en une soirée. Parce que Jbara dit les choses, et est honnête envers elle-même. Elle ne pêche pas par pudeur, c’est cru, c’est parfois dur mais qu’est-ce que ça fait du bien. Jbara, c’est une féministe, c’est celle qui défend les droits et se réapproprie sa religion, parce que d’autres ont voulu lui imposer leurs doctes, parce qu’elle ne veut pas qu’on lui impose l’hypocrisie existante.
Jbara c’est celle qui doit faire sa place de femme régi dans un monde d’hommes. Et qui jamais ne se plie. Qui veut juste vivre sa vie.
Des femmes comme Jbara, il en existe. Et des auteures comme Saphia Azzedine aussi. Et c’est tant mieux! Qu’on continue de donner voix aux auteurs qui nous bousculent. C’est tellement bon.
les points forts
-Liberté de ton
-Satire croustillante
-Histoire dynamique
les points faibles
-Trop court
résumé
A qui parler quand on est pauvre, perdue, rejetée de sa famille ? Jbara, petite bergère des montagnes du Maghreb, parle à Allah. Il est, dans un monde qui ne voulait pas d’elle, son seul confident. Elle lui raconte sa vie, la misère, le mépris, son père ignorant et brutal qui la traite en servante, les hommes qui la traitent en objet, la découverte progressive du pouvoir de la beauté, la prostitution, la prison, le désir d’ailleurs : une vie semblable à tant de vies de femmes, aujourd’hui. Monologue fiévreux, porté par une rage irrépressible, que la verve et l’humour rendent encore plus acérée, Confidences à Allah est un témoignage direct, cru, sur l’oppression des femmes, mais aussi, et d’abord, le portrait d’une jeune fille résolue à exister par elle-même, et qui ne se soumettra pas.
gros coup de coeur

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