vendredi 19 avril 2013

Les combustibles d’Amélie Nothomb (1994)


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en qq motsBloqués dans un appartement, situé dans une ville assiégée, un professeur d’université, son assistant et la petite amie de ce dernier doivent affronter le froid de l’hiver. N’ayant plus de combustibles, l’intérêt se tourne naturellement vers la prestigieuse bibliothèque du professeur. Seulement, lequel sacrifier en premier?


cequejenpenseJe ne suis pas une amatrice de Nothomb, mais elle fait partie de ces auteurs incontournables aux histoires curieuses qu’il faut quand même découvrir. J’avais depuis un moment entendu parler de ce livre, dont la quatrième de couverture affiche superbement la phrase "quel livre emporteriez-vous sur une île déserte?"
C’est d’ailleurs cette question qui m’a poussé à l’acheter, ainsi que les avis d’autres lecteurs qui ont perçu cette interrogative et se sont empressés de regarder dans leurs bibliothèques. Sauf que, malgré ma lecture, je n’ai jamais été incitée à regarder dans la mienne. Oh, bien sûr, par la suite, je suis allée jeter un œil dedans en me demandant lequel prendre. Ma réponse n’a pas changé depuis que j’ai découvert: La vie: mode d’emploi de Perec. D’abord parce que je ne l’ai pas terminé, et ensuite car il est complet et regorge de détails. Bref, pourquoi emporter son livre préféré, qu’on a déjà lu, sur une île déserte alors qu’on sait qu’on va s’ennuyer pendant de longues années?
Je ferme la parenthèse et reprends sur le livre. Donc chez moi, il n’a aucunement suscité cette question. Par contre, il m’a interrogé sur le livre en lui-même. Mais d’abord un point d’histoire.
On a affaire à une sorte de hui-clos, avec d’abord un professeur qui avoue avoir donné comme lectures obligatoires des livres qu’il déteste, préférant des livres romanesque et considérés comme populaires (en gros face à La théorie de l’information (sortie littéraire 2012) il préfère le dernier Levy). Il en a fait baver à ses élèves juste pour ne pas avoir à avouer qu’il ne préfère pas l’intellectuel, mais le livre commun. Sacrilège puisque cela remet en question toute son image.
Ensuite on a l’assistant, qui a toujours porté aux nues le professeur. Il a lu toutes la bio et persiste à dire que les livres intellectuels sont les mieux et qu’il faut les sauver. Le reste peut aller se faire brûler. J’hésite sur la position de cette homme: a-t-il été influencé? Témoigne-t-il comme celui qui apprécie les livres barbants mais intelligents? Est-ce par souci de contradiction?
Et enfin Marina, celle qui est le contraire des deux autres. Loin de s’embêter à tenir une image, elle parle au 1er degré. Quand elle a froid, elle a froid. Donc il faut d’abord résoudre le problème du froid. La lecture vient après la survie. Et quitte à en garder un, autant prendre celui qui plait le plus. La littérature apparait donc comme secondaire dans sa vie, au grand dam des deux autres.
En somme ce sont 3 personnalités différentes, 3 positions possibles face à la littérature.
A cela s’ajoute un climat extérieur hostile. Lorsqu’ils sortent de l’appartement, ils se font tirer dessus. Impossible d’aller ailleurs, et de toute façon le climat ne le permet pas. Ca m’a fait penser au siège de Sarajevo. Etrange association.
Le livre est rédigé à la façon d’une pièce de théâtre. J’ai trouvé que cela nous laissait plus de liberté pour imaginer le décor et, dans ce cas précis, c’était approprié puisque l’importance est au dialogue et non à l’action.
Je disais, au début de ce billet, que la question du livre à sauver ne m’avait pas intrigué plus que cela. Certes, tout au long de l’histoire il est question de ce fameux livre. Mais on peut facilement y voir d’autres questions. Comme: qu’est-ce qu’un livre en fait? Que signifie-t-il de brûler tout ceux qu’on a? Est-ce que brûler un livre signifie éliminer toute trace de lui? Est-ce que l’idée a plus de poids que la vie? Est-ce que le contenu doit faire l’unanimité? Peut-on dire qu’un livre est moins bon parce que dit "populaire"? Existe-il une élite des livres? Est-ce du mauvais esprit que de ne pas aimer les mêmes livres que les autres? Est-on snob et hypocrite d’affirmer n’aimer que les livres intellectuels et pas ceux appréciés par la masse? Doit-on sacrifier un livre qu’on a aimé, au fond peu profond et sauver un livre dit intellectuel mais peu accessible? Existe-t-il une aristocratie de lecteurs?
Je pourrais poursuivre ainsi encore un long moment. C’est véritablement le livre en soi qui est interrogé ainsi que le rapport avec l’individu (par forcément lecteur).
Une bonne surprise de la part d’Amélie Nothomb. Ce n’est peut-être pas le plus connu, mais c’est celui qui m’a le plus touché parmi ses livres. Je pense même que c’est le genre de lecture dans lequel en creusant, on ne touchera jamais le fond.
les points forts-Pièce de théâtre efficace
-Suscite de nombreuses interrogations
-Concerne le livre
les points faiblesNéant
résuméC’est la guerre et c’est l’hiver.
Deux hommes et une femme sont terrés dans un appartement. Combien de jours leur reste-t-il à vivre ? En attendant, il n’est plus interdit de révéler ses vraies passions. L’amour, le désir, l’intelligence résistent-ils au froid ? A-t-on le droit de consumer ses dernières forces à lire de la mauvaise littérature ? Enfin, à l’heure du choix ultime, quel livre est assez important pour ne pas être mis à l’épreuve du feu ?
intéressant
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