dimanche 19 mai 2013

Alif l’invisible de G. Willow Wilson (2013)


aliflinvisible
en qq motsAlif est un jeune hacker qui vit quelque part dans le Golfe persique et qui protège de la censure ceux qui veulent s’exprimer librement sur internet (islamistes, féministes….). Un jour, sa copine, d’une noble famille, rompt avec lui, et Alif décide de créer un programme afin de l’identifier et de la bloquer sur le net. Au passage la demoiselle lui refourgue un livre ancien. Et immédiatement après la Main, l’organe mystérieux de la censure , s’en prend à lui. Il doit donc fuir sous peine d’y laisser sa vie. Et il rencontre alors un Djinn.


cequejenpense
Monde arabe, informatique et croyances anciennes, ces trois éléments m’avaient plus qu’attirés. C’est donc tout naturellement que j’ai tenté de me procurer ce livre qui allait très certainemement combler mes attentes. Très certainement….
Si les premières pages laissaient un bon présage pour l’histoire, il en fut tout autre pour la seconde partie du récit. Ainsi dès le début, on est ancré dans un univers actuel. Alif (référence à l’écriture arabe) est un jeune homme qui est hacker et donc se protège sur le net. Son boulot est d’assurer l’anonymat d’autres personnes. Autant dire que c’est tout à fait ce qui se passe dans certains pays et qui conforte dans l’idée que l’auteur pourrait apporter des éléments de réponse, voire, pourquoi pas, une analyse. Oui, quand je choisis un livre, c’est souvent pour m’enrichir plus que pour me détendre, donc mes espoirs étaient sincères.
Alif est un personnage assez humain et crédible. Il est intelligent, il réfléchit et il doute. D’ailleurs parfois il pleure. C’est assez rare pour souligner ce fait: il pleure quand on le torture, et il pleure de fatigue. D’habitude les hommes n’ont pas d’émotions, mais ici le mec a des failles. Voilà qui fait plaisir!
Sa copine Dina, qui va se retrouver embarquée dans la sale histoire, est aussi intéressante. On la montre comme un personnage voilée, sans personnalité. En réalité, elle cache un tempérament affirmé et une belle force de caractère, et fait là aussi rare, on ne parle pas de la religion. Elle porte le voile par conviction. Mais la foi la sert dans ses valeurs non dans sa façon d’appréhender sa vie. J’ai trouvé cela surprenant et intéressant qu’un auteur occidental nous montre une telle femme. La plupart du temps les voilées sont toujours montrées rasant les murs, ici elle est, tout simplement.
Enfin Intisar, là encore, est un personnage crédible. Sans gâcher la surprise, elle évolue de manière tout à fait naturelle. Donc quelque soit les choix qu’elle fait, on peut se révolter contre ceux-là, mais pas contre la construction du protagoniste.
En somme l’univers qui est proposé est crédible, cohérent, et les bases sont solides. Rien ne détonne, et on n’est pas surpris des choix de chacun.
Mais, comme dit plus haut, je m’attendais à un récit avec du concret, des faits, de l’analyse, tout cela dans une belle histoire. Sauf qu’ici l’aspect fantastique prend tellement le dessus qu’on se retrouve parachuté dans un univers totalement désarçonnant.
Ainsi les contes proposés, sont certes beaux, mais n’ont aucune fondation. On ne sait pas d’où ils sortent. Même si j’ai apprécié l’anecdote historique en référence aux Mille et une nuits.
Mais c’est bien l’univers des Djinns qui m’a le plus dérangé. On a des personnages comme Vikram, qui sont sympathiques, sauf qu’on a du mal à les appréhender. Ils n’ont ni forme, ni consistance. On ne comprend pas bien ce qu’ils sont, où ils vivent. A chaque fois, G. Willow Wilson nous laisse nager dans un flou artistique, avec quelques éléments de compréhension pour visualiser la scène, mais aucun pour imaginer les personnages ou le décor.
Cette partie fantastique a pourtant une certaine importance dans le récit puisqu’elle fait la moitié du livre. Mais jamais on n’arrive à sonder ce que c’est ni où l’auteur veut en venir. Alif est attaqué par une femme, on ne sait pas qui c’est, bien qu’il la fasse reculer avec le coran. De même une femme veille sur lui depuis petit, et là encore, on ne comprend pas pourquoi. C’est vraiment trouble.
L’informatique, d’abord intéressant, devient également un élément très obscur par la suite. Alors qu’au début on saisit bien où G. Willow Wilson veut nous mener. Ensuite, il transforme cet élément en tout autre chose. L’idée est bonne, originale même. Mais à mon goût pas assez compréhensible pour véritablement nous toucher. On a juste l’ébauche de ce qu’il a voulu transmettre.
Autre élément perturbateur; l’évasion d’Alif. Alors là, on ne saura jamais comment ça s’est passé tout simplement car l’auteur va sauter du coq à l’âne. Tant pis pour les explications. Pourtant ça m’intéressait. Le jeune est en cellule dans le pire endroit du monde. Et voilà qu’il sort indemne de là. J’en conviens, c’est un roman jeunesse donc il faut que ce soit "léger" mais dans ce cas, on passe directement à la case "vide intersidéral".
Et mention pour l’occidentale, qui n’a pas de nom et dont on se demande pourquoi elle a été parachuté dans le livre. Malheureusement certains personnages apparaissaient tellement soudainement que le procédé était vulgaire car trop voyant.
Et pour finir, la fin m’a laissé totalement insensible. J’ai survolé les dernières pages parce que c’était assez inintéressant et car il y avait de l’action pour de l’action. A tel point que je me demande si l’auteur n’a pas peiné en voulant terminer son histoire.
Le livre, dont le synopsis était riche de promesses, me fait donc la sensation d’un soufflet au fromage qui n’aurait pas pris. Les éléments étaient bien choisis, les personnages étaient bien définis, mais l’auteur manque de finesse dans l’écriture et dans le traitement de l’information. Je n’ai pas aimé son style, étrangement pauvre dans un sens et très spécialisé dans l’autre. Je n’ai pas non plus aimé la façon dont les péripéties s’enchaînaient, et dont les personnages apparaissaient. C’était maladroit et mal amené. Et enfin l’aspect fantastique n’a pas su me convaincre (mais je suis peu adepte du genre).
C’est probablement l’aspect "jeunesse" qui a gâché ma lecture. J’aurai voulu que G. Willow Wilson s’adresse à un public adulte et nous livre un texte plus abouti, avec certes plus d’exigences pour les lecteurs mais qui aurait été à la hauteur de telles idées. Quitte à prendre des risques, il aurait dû aller jusqu’au bout!
Merci à Harmonie pour l’envoi (je te le rend d’ici une semaine :) )
les points forts
-basé sur des éléments actuels et des problématiques contemporaines
-des personnages aboutis
-un univers original
les points faibles
-récit non abouti
-un style jeunesse trop persistant
-trop de fantastique
résumé
Alif est un jeune hacker vivant dans un pays du Golfe Persique où s’exerce la censure d’état. Cachés derrière leurs écrans, Alif et ses acolytes rêvent d’une révolution et s’adonnent à quelques menues tâches subversives, moyennant finances. Une routine qui se voit brusquement perturbée lorsque notre jeune génie de l’ordinateur tombe amoureux d’une princesse rencontrée sur le net qui lui confie une mission : protéger un manuscrit ancien, rare, oublié, et qui recèle un savoir occulte, la promesse d’une toute-puissance. À peine ressurgi, le livre va en effet déchaîner une avidité sans pareille et brusquement confronter Alif le geek avec le monde réel. Devenu malgré lui une sorte d’apprenti sorcier sur ordinateur, Alif se lance dans une folle épopée, entraînant avec lui son amie de toujours, Dina. Ils y croiseront les djinns et les démons d’un monde étrange, un honorable vieux sage caché dans une mosquée, et gagneront l’appui de surprenants alliés avant qu’au terme d’un périple initiatique, Alif affronte son pire ennemi, sorte d’alter ego sombre et tyrannique.
pas mal
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