jeudi 2 mai 2013

Le manuscrit retrouvé de Paulo Coelho (2013)


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en qq motsLe 14 juillet 1099, les croisés sont aux portes de Jérusalem. Un Copte dit ses derniers enseignements à la population, composée de chrétiens, juifs et musulmans.


cequejenpenseLa première œuvre que j’ai lu de Paulo Coelho est L’alchimiste, un récit teinté de spiritualité et de foi sur la thématique du voyage qui m’avait assez plu. L’auteur sait rédiger de belles tournures de phrases et énoncer des vérités générales avec un certain lyrisme. Tout le monde le sait.
Le manuscrit retrouvé ne déroge pas à la règle. Spiritualité, foi, lyrisme et vérités générales, le tout avec bonne conscience. On est dans la lignée traditionnelle de ses écrits. Peut-être car je ne connais l’auteur que très peu, cela m’a déstabilisée.
En effet, la quatrième de couverture présume l’histoire de ce Copte qui vient parler à une population assiégée. Or, lorsque je l’ai lu, je pensais retrouver des éléments historiques sur les différentes religions, peut-être même une sorte de croisée des chemins entre les trois et au final avoir un récit. C’est également ce que j’envisageais dans un extrait des premières pages que j’ai eu la possibilité de lire. Paulo Coelho nous raconte l’histoire de deux frères qui dénichent des textes sacrés en 1945 en Haute-Egypte. Ce que j’en ai donc lu, et ce que j’en ai déduit (bien que la quatrième de couverture et ceci fassent un curieux mélange) était tout simplement que j’allais lire une fiction historique, illustrée par de jolis phrases.
Et bien ce n’est pas cela.
Le contenu du livre est ici un prêche d’un Copte qui s’adresse à une population mixte confessionnellement. Le format me fait penser à l’Hagakuré (manuel pour ninjas) ou au livreLe prophète de Khalil Gibran. En fait chaque chapitre est lancé par une question d’une personne issue de la foule, et le Copte y répond.
Je ne vous cache pas que le début du livre est très intéressant et fait penser à un manuel de développement personnel. Dans mon cas cela a très bien marché car je suis actuellement en reprise d’activité, et Paulo Coelho parle des défaites de la vie, de la solitude et de l’adversité. Forcément à notre époque cela ne peut que nous être proche puisqu’avec la précarité, les déménagements successifs et l’emploi qui n’est pas au meilleur de sa forme dans notre pays, je suppose que beaucoup y puiseront des phrases réconfortantes et encourageantes. C’est dans la même ligne que la "légende personnelle" qu’on doit chacun accomplir. Les réflexions sont intéressantes, suscitent l’espoir et trouvent écho en tout ceux qui peinent un minimum.
Maintenant poursuivons avec ce qui a gâté ma lecture.
Alors qu’au départ on se trouve donc avec le texte de développement personnel, on est quand même vite gêné par le format donné par Paulo Coelho qui est sous forme de prédication. Suivons la logique : un mec surnommé le Copte (qui est donc un chrétien d’Egypte) vient discourir sur le rapport à la vie et la foi face à 3 autres religions qui l’écoutent paisiblement. Donc j’en déduit que soit Paulo Coelho vient par ce procédé amener un peu de paix et de fraternité entre les confessions (puisque dans les pays musulmans les Coptes sont persécutés) histoire de rappeler le « peace & love » qui vit dans nos cœurs. Soit c’est une croyance dominante qui vient tenir un discours et que les trois autres acceptent et s’y soumettent, en enjoignant le bonhomme d’aller parcourir le monde pour disséminer sa bonne parole. J’hésite encore à l’interpréter.
Ensuite comme dit, l’histoire d’un mec qui vient me parler de religion, alors que je m’attendais à tout autre chose, a du mal à passer. Sachant que passé la moitié du livre, on observe un basculement très franc où la philosophie de vie passe derrière la foi. Et ce que j’ai plutôt bien aimé au début s’est révélé assez pénible vers la fin, notamment car je ne partage pas ses idées de la vie (et car je ne suis pas croyante).
Parce que ses idées, en quelques mots, c’est vis ta vie comme si c’était le premier et dernier jour, agis dans ton sens (au passage, le chapitre sur la beauté intérieure et extérieure est original et bien amené), et entoure toi de tout ce qui pourrait te satisfaire et te rendre heureux. D’ailleurs le Copte conseille de ne pas compter sur les amis qui sont présents quand on va mal, et de privilégier ceux avec qui on passe du bon temps (c’est dit dans le texte)
Dans cette manière de voir la vie, je ressens quand même un certain égoïsme, comme le fait de ne pas tenir compte des gens qui nous veulent du mal ou nous conseillent puisque l’auteur propose de totalement s’en détacher, alors que les retours sont quand même nécessaires pour se remettre en question. Ensuite penser à soi et se préoccuper des autres, oui, mais est-ce réellement viable sachant que même si on vit en communauté, on doit quand même partager la planète avec des milliards de gens et on ne peut décemment pas fermer les yeux et s’entourer des siens juste pour le plaisir d’être sur Terre. Il y a assez d’exemples d’égoïsmes (en date, les délocalisations en Afghanistan avec des bâtiments qui s’effondrent sur des ouvriers qui travaillent pour habiller ceux qui ont des revenus confortables, ou les expropriations de communautés indigènes pour s’emparer des terres et exploiter les ressources premières…), donc si on va à l’excès c’est juste la catastrophe. Imaginons que ma légende personnelle soit d’ouvrir un hôtel luxueux au Vietnam, je vais m’entourer des bonnes personnes et faire en sorte de réussir, sans un regard pour ceux qui pourraient en être gênés/discriminés… Bien sûr, je suppose que Coelho compte sur la conscience et la "bonne foi" des gens qui font cela dans les règles de l’art, mais aucunement dans le récit il n’incite à prendre conscience de ce qu’est l’autre, d’identifier aussi sa façon de réfléchir ou de comprendre son comportement. Ici, il n’est question que de communauté, bénir ses voisins, profiter de la vie et des gens dits biens (et si t’es mal dans ta peau, fais en sorte de t’en sortir seul parce que ce sont pas les adeptes de cette philosophie qui vont t’aider. Non, ils vont attendre de te voir te relever (si tu y arrives…) et après t’emmener au pub pour passer des bons moments). J’exagère mais bref…
Bilan de lecture mitigé donc pour ce livre avec une première partie plutôt réussie et assez spirituelle qui m’a touché, mais une seconde partie vraiment tournée vers la foi et Dieu qui se transforme en prêche. Et enfin un format sous forme de prédication, avec des valeurs qui en apparence semblent belles et mais dans le fond prônent un certain égoïsme et égocentrisme et un auto-aveuglement afin de limiter ses douleurs. Après, chacun est libre d’interpréter sa vie et de la vivre comme il l’entend. J’ai quand même pris des notes des premiers chapitres, même si cette œuvre est éloignée, très éloignée de l’Alchimiste qui reste ma référence quand je pense à Paulo Coelho. Mais il plaira certainement aux habitués de Paulo Coelho, aux croyants, à ceux qui ont besoin d’un peu de baume en cœur (car la première partie redonne la banane!), aux amateurs de manuels de développement personnel et de textes spirituels.
Merci à Babelio et à Flammarion pour ce partenariat. Hélas, quelques fois la rencontre avec le livre ne se fait pas.
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les points forts-Des idées intéressantes
-Une première partie dynamisante
-Un style fluide
les points faibles-Beaucoup trop d’appels à la foi
-Une ligne de vie conseillée très égoïste et aveuglante
-Sous forme de prédication
résumé14 juillet 1099. Alors que les croisés sont aux portes de la ville, les habitants de Jérusalem se pressent autour d’un homme mystérieux connu sous le nom du Copte pour entendre ses derniers enseignements. La foule, composée de chrétiens, de juifs et de musulmans qui vivaient jusqu’alors en parfaite harmonie, s’apprête à livrer combat et la défaite semble imminente. Mais loin de toute stratégie guerrière, c’est une véritable leçon de vie qui leur est dispensée.
Le Manuscrit retrouvé est une invitation à repenser notre humanité qui pose une question d’une brûlante actualité : quelles valeurs subsistent lorsque tout a été détruit ?
pas mal
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