dimanche 26 mai 2013

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932)


meilleurdesmondes
en qq motsBernard Marx vit dans un monde où les besoins sont réduits au strict minimum, et où le bonheur est une finalité de vie. Il aime Lénina d’un profond amour et voit avec mécontentement la société polygame dans lequel il vit. Est-il le seul à se sentir si mal à l’aise?


cequejenpenseMon résumé, bref, ne rend pas justice à ce classique. Après avoir lu 1984 d’Orwell, il me fallait lire le second classique dystopique de la littérature: le meilleur des mondes d’Huxley. Un livre qui m’a véritablement emmené très loin de ce qu’habituellement je côtoie.
Ce livre propose une vision très sinistre de notre futur. Dedans, nulle passion, nul élan du coeur, nul amour. Les enfants sont des bébés éprouvettes et sont bokanovskifiés. Ainsi un ovule fécondé est multiplié, et au final c’est une troupe de jumeaux qui naît, tous identiques comme des clones. Dès le premier chapitre, j’ai refermé le livre le temps d’une journée. L’atmosphère est étouffante, horrible.
Ce livre touche tout ce qui fait l’homme, et provoque un profond malaise. L’individu ne naît pas pour devenir une personne, mais est créé pour convenir à une société déjà en place. Avant même qu’il ne soit mis au monde, il est manipulé et modifié de telle sorte à le rendre adapté à une caste de la société et à lui faire remplir une fonction. Il pense que ses besoins et désirs proviennent de lui, mais tout a été prévu pour qu’il arrive à penser ainsi. Une manipulation insidieuse qui prend racine dès l’ovulation. Même l’intelligence est réduite ou augmentée pour assurer à la naissance que le troupeau de jumeaux soit conforme à leur future activité professionnelle.
Le premier chapitre, qui est très scientifique comparé aux suivants, est important pour comprendre où veut en venir l’auteur, et qui sont ces gens. Car ces gens n’ont finalement aucun moyen de s’échapper à ce conformisme puisqu’ils sont formatés avant même de naître. Je crois que c’est véritablement le passage qui m’a le plus bouleversé.
Ici dieu s’appelle Ford, Bernard a pour nom de famille Marx, et Lénina… fait penser à Lénine. Quant à Bokanov, cela rappelle des consonances russes, faut-il y voir un régime totalitaire? car c’est bien ce qu’il en est dans le roman.
Cette société est entièrement sous contrôle. Dans le livre, tous doivent réaliser leur bonheur immédiat. La polygamie est de rigueur, et le mariage n’existe plus, de même que la famille. Tout le monde est prétendument libre et peut coucher avec tout le monde. Les loisirs sont constants et si cela ne suffit pas les habitants peuvent toujours prendre une dose de soma. Du soma… des petites pilules du bonheur, ou des antidépresseurs, à vous de voir.
Les décideurs ont ainsi mis un terme au sentiment de frustration. En supprimant tout ce qui pouvait exciter un individu, ils l’ont rendu corvéable et ont assoupli son état combatif. Tout simplement, quand il n’y a plus de raison de se battre, les gens se laissent voguer sur les flots.
Quoiqu’il en soit, le livre aborde la question du bonheur. Qu’est-ce que le bonheur? Doit-on se satisfaire de combler nos désirs? Et finalement un humain est-il capable de se donner entièrement (en mettant de côté sa morale et ses idées)  juste pour "jouir" de la vie? Et de là, procédé pervers, avec les avancées scientifiques, la manipulation et création de ces besoins menant au bonheur en découlent. Au final, plus personne n’est maître de ses envies. Bref, ce livre soulève tellement de questions et si peu de réponses…
L’histoire de Bernard et de Lénina est en définitive un détail, mais est le fil rouge du récit pour comprendre les rouages de ce monde. Et la survenue d’un sauvage, John, est la rencontre d’un monde conforme au notre, avec le leur. Mais aussi l’impossibilité pour celui en place de se transformer. En définitive une société qui a perdu toute liberté, toute ambition, toute indépendance, et qui est soumise à ses pulsions encadrées.
Personnellement, je n’ai pas trouvé les personnages approfondis mais cohérents. Ils ont des réactions assez typiques et classiques d’êtres vivants dans cet univers. Certains ont regretté l’image de la femme, mais elle ne m’a pas particulièrement choqué. Lénina est une fille qui ne pense qu’à copuler et finalement évolue peu, considérée comme "bonne" par son entourage. Il en existe aussi dans notre monde. Et peut-être qu’il n’était pas dans l’intérêt du récit de faire intervenir une femme équilibrée (mais comment être équilibré dans ce monde?)
Autre détail plaisant, dans le récit sont parsemés de nombreuses références à Shakespeare, comme si l’auteur lui rendait hommage. On découvre que dans l’important travail de Shakespeare survit une trace de toute la société moderne (pour ainsi dire). Mais vous vous en apercevrez vite à la lecture.
Il y aurait énormément de choses à dire sur ce livre qui est pour moi un chef d’oeuvre. Jamais je n’avais lu un univers aussi abouti, aussi déroutant et aussi bien développé. Il ne cesse de me faire réfléchir, et dès que je pense à un élément, j’ai la sensation que je pourrai explorer un vaste champs d’options et d’analyses, à tel point que je pense me procurer prochainement une étude afin de comprendre et de saisir toutes les insinuations de l’auteur.
En définitive, je ne regrette absolument pas d’avoir lu Le meilleur des mondes. Peut-être que je me procurerais la suite si j’en ressens le désir. Mais je ne peux qu’inciter toutes les personnes curieuses à en faire la lecture.
les points forts
-Un monde original et sombre
-Des questionnements contemporains et intéressants
-Une écriture fluide, et agréable
les points faibles-néant
résumé
Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d’oeuvre de la littérature d’anticipation, a fait d’Aldous Huxley l’un des témoins les plus lucides de notre temps.
Aujourd’hui, devait écrire l’auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s’abatte sur nous dans le délai d’un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d’ici là de nous faire sauter en miettes… Nous n’avons le choix qu’entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique.
gros coup de coeur
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