jeudi 2 mai 2013

Mon doudou divin de Katarina Mazetti (2012)


9782330018795FS
en qq motsWera est pigiste et vit dans un lieu paumé. A court d’argent et d’idées, elle cherche l’inspiration et découvre un stage deBéatitude qui propose aux volontaires de forger leur propre foi. Elle va donc intégrer le groupe et découvrir en immersion les personnalités des prétendants à une nouvelle religion.


cequejenpenseJe suis tombée sur ce livre par hasard, juste avant de prendre le train. J’aime bien Katarina Mazetti. C’est une auteure avec un humour tranchant, un regard perçant et un certain cynisme. J’avais vraiment aimé Le mec de la tombe d’à côté qui parlait de la différence de culture au sein d’un couple. C’est vrai que la suiteLe caveau de famille m’avait pas mal ennuyé car ses écrits décrivent une réalité un peu trop proche de la notre qui peut devenir irritante. D’ailleurs Le caveau de famille a beaucoup plu aux lecteurs et lectrices ayant des enfants, des personnes plus sensibles à l’humour vis-à-vis des tracas du quotidien d’une famille.
On suit donc Wera en infiltration dans un groupe de 6 personnes aux personnalités bien définies. On a Annette et Adrian, le couple qui accueille les volontaires dans un ancien refuge scoot. Il y a également Eve-Marie, qui porte un prénom très significatif, et dont la personnalité reste flou. Ensuite, on a Karim, l’Iranien étudiant qui voit dans toutes les religions beaucoup de similitudes. Bertil, le médecin, est également présent. Et enfin Madeleine, la fonctionnaire qui cache un lourd secret. Les profils semblent bien établis, et pourtant aucun du groupe n’est un cliché à part entière, mais une représentation de personnalités susceptibles d’exister, avec une certaine profondeur.
Le récit est construit de la même façon que dans le mec de la tombe d’à côté. La vision de Wera alterne avec celle de Madeleine (Madeleine, un prénom vraiment anodin?). Bien qu’au départ j’ai regretté un tel choix de narration, il se trouve qu’ici c’est encore une fois pertinent puisque les deux visions s’opposent. Ainsi quand Madeleine fait ses prêches, on comprend l’essence de ses paroles et ce qui se cache derrière. Et en se mettant dans les yeux de Wera, on voit à quel point pour une personne non informée, de tels discours peuvent être totalement irrationnels et dérangeants. Avec un manque total de sens.
Car dans ce livre, c’est bien le sens des choses qu’interroge Katarina Mazetti. Elle piétine allègrement l’idée de la foi afin d’en faire ressortir le meilleur comme le pire. Tout croyance est mise à mal. Pourtant, si on passe outre, on peut quand même voir que Katarina Mazetti interroge surtout les bases de la foi, et à travers ses personnages façonne une quête du sens. Pourquoi? Comment? Faut-il forcément donner un sens à sa vie? Et qu’est-ce que croire? Qu’est-ce que la religion? Qui est ce dieu? Existe-t-il plusieurs dieux?
Katarina Mazetti nous montre à quel point il est facile de créer un système susceptible d’attirer les croyances, que les paroles peuvent avoir un sens ou non selon la personne qui les réceptionne, et qu’il existe plusieurs raisons pouvant pousser un individu à croire. Se refaire une communauté pour éviter le sentiment d’exclusion, déconstruire des règles patriarcales pour tenter d’amener une vision plus juste et équitable, tenter d’apaiser ses souffrances morales et sa culpabilité. L’auteure s’interroge aussi sur la personne "prophète": le messager ou le dieu réincarné, avec les limites et les possibilités. Les propos sont impertinents, volontairement subversifs et corrosifs, avec une liberté de ton qui peut agacer, qui personnellement m’enchante, et qui nous oblige à ne pas rester impassibles devant de telles idées.
Un livre qui questionne et interroge derrière une façade frivole d’une journaliste en mal d’idées. Katarina Mazetti est décidemment une auteure suédoise de talent qui arrive avec beaucoup d’efficacité à retranscrire la réalité. Plus qu’une Sophie Kinsella suédoise, c’est un écrivain qui sait toujours nous proposer des personnes humaines et des histoires crédibles, et avec une profondeur cachée derrière des idées de départ légères et acidulées.
les points forts-Une histoire originale
-Pertinence, humour, et regard tranchant
-Questionne la question de la foi
les points faibles-peut vexer un public sensible aux idées religieuses
résuméPigiste pour la presse féminine, Wera a épuisé tous les sujets. Et ses liquidités ! Elle tombe à la caisse d’un supermarché sur une petite annonce proposant un stage en spiritualité. Un sujet en or ! C’est parti pour trois semaines d’immersion à La Béatitude, en compagnie d’un apprenti gourou, d’une « petite mère », et de quatre autres participants en manque de spiritualité. Il y a un médecin radié, un musulman iranien, une femme invisible, et Madeleine qui porte en permanence son sac à dos comme un fardeau. Ressortiront-ils adeptes d’une nouvelle religion ou déchargés de leurs préjugés ? Car tous, même Wera et son pseudo-cynisme, sont en quête de sacré. N’avons-nous pas tous besoin d’un doudou divin à dorloter ?
intéressantsignature

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