jeudi 8 août 2013

California dream d’Ismet Prcic (2013)


9782365690157
"Impressionnant", voilà ce qu’en dit le New York Times. Je me suis dit qu’il ne fallait pas passer à côté. Maintenant, je peux même indiquer qu’il m’a bien ébranlé.
A 18 ans, Ismet Prcic fuit la Bosnie, pendant les guerres de Yougoslavie. En effet, pratiquant le théâtre, il a l’opportunité de se rendre en Ecosse avec sa troupe et va tenter de rejoindre son oncle en Californie.


En début de lecture, c’est assez difficile de voir où Ismet Prcic veut en venir. Différents écrits s’entremêlent. Des lettres qu’il adresse à sa mère, avec des notes de bas pages qui indiquent que c’est une autre personne qui les a trouvées. On y découvre le présent d’Ismet, et sa vie en Californie. Il y a aussi le journal d’Ismet qui reprend toute son histoire, depuis qu’il est enfant jusqu’à ses expériences aux Etats-Unis. Et enfin, une partie narrant la vie de Mustafa.
Mustafa est un personnage étrange dans le sens où l’on ne sait pas réellement qui c’est. Au départ, je pensais que c’était un personnage issu de son imagination et inspiré des faits réels, puis que c’était son double imaginaire, puis le récit de son frère, puis sa véritable identité, et enfin un soldat dont s’est occupé sa mère et dont il a pu recueillir le témoignage.
Tout au long de sa vie, Ismet voit ce Mustafa, Mustafa semble l’avoir accompagné en Ecosse. Peut-être est-ce finalement un mec plus ou moins proche, ceux qu’on voit régulièrement sans les connaître. Surtout qu’Ismet raconte son propre passé dans l’armée, puis précise qu’il a en fait pris l’histoire de vie d’un autre qui se serait confié, et enfin on découvre que c’est Mustafa qui était au côté de cette personne. Le mystère Mustafa demeure donc.
Concernant ce livre, c’est pour moi plus une biographie qu’un roman, où il est difficile de voir quand s’arrête le réel pour laisser place à l’imaginaire car Ismet a vécu tellement de choses dramatiques qu’il perd la notion de la réalité à plusieurs reprises.
Ismet vit donc des choses tragiques. Tragiquement familialement puisque sa famille est en lambeau. Tragiquement psychologiquement, il est blessé à vie et doit vivre avec ses souvenirs. Tragiquement au quotidien car il doit s’intégrer dans un monde autre, avec des gens qui n’ont pas vécu les horreurs du conflit, qui peuvent se contenter d’aller au cinéma et de gueuler un bon coup. Bref, un quotidien de paix, où l’on se prend la tête pour des broutilles.
Ce livre, c’est l’horreur. C’est le témoignage de ce qu’ont vécu les victimes, de ce qu’ont enduré les personnes qui étaient attaquées de toute part. En ayant rencontré des personnes ayant fuit la Bosnie, qui m’ont parlé de leur vie pendant cette période, avec ces obus dont il fallait déblayer la ville après le siège de Sarajevo et qui ont coûté la mort à de nombreux enfants, avec ces descentes rapides dans les sous-sols pour se protéger, et qui comparent les conflits actuels en Syrie avec leur situation passée, je vous laisse imaginer à quel point ce livre m’a touché.
Je n’ai pas pu m’empêcher de verser quelques larmes à la fin. Parce que ces gens ne pourront jamais retrouver la paix, parce que ces putains de guerres continuent et que personne ne fait rien. Et que notre quotidien à nous se poursuit, sans que personne n’arrive à trouver le moyen de se rassembler pour faire force de pression et que les victimes arrêtent de tomber. Alors qu’on est dans une société hyperconnectée qui en a les moyens.
Voilà à quel point ce livre m’a touché. Alors oui, le New York Times l’a cité comme meilleur livre de l’année, Los Angeles Times lui a donné le prix du meilleur premier roman. Et bien c’est mérité.
C’est visuellement intense, c’est une écriture qui retrancrit toute l’émotion de l’auteur. En une phrase: putain, ne passez pas à côté de ce chef d’oeuvre!
Actuellement, ce livre est mon coup de coeur pour 2013.

♥♥♥♥♥

Un des meilleurs livres de l’année selon The New York Times, prix du meilleur premier roman du Los Angeles Times devant L’Art du jeu de Chad Harbach, une œuvre coup de poing, qui insuffle un grain de folie à la Kusturica dans un témoignage aussi poignant que Le Journal d’Anne Franck. L’incroyable odyssée d’un jeune comédien bosniaque qui rêvait de Californie… Trois secondes. Quand il entend le bruit d’un tir au canon, Ismet sait qu’il a exactement trois secondes pour se mettre à l’abri. Et à 18 ans, cela fait longtemps qu’il sait reconnaître le bruit des bombardements. Mais Ismet a trouvé un moyen pour fuir les horreurs de la guerre : le théâtre. Et quand sa troupe est invitée en Écosse, il quitte le pays. Destination finale : la Californie. Là-bas, Ismet devient Izzy, pourtant il reste hanté par ceux qu’il a laissés. Le jeune homme se met alors à écrire, à tout écrire : de ses jeux d’enfant obsédé par les ninjas au cheddar offert à son arrivée sur le sol américain, de la visite médicale où il croise un certain Mustafa au destin qu’il imagine à ce jeune Bosniaque, envoyé au front et blessé… déchiré entre sa face A(méricaine) et sa face B(osniaque), Ismet porte un roman aussi beau que bouleversant sur la jeunesse en temps de guerre et la douleur de l’exil.

1 commentaire:

  1. Alexis Zadounaïsky26 août 2013 à 15:15

    Billet très convaincant, bravo et merci Gaby, je le note. Je ferai un autre commentaire quand je l'aurai lu, même si c'est dans un an ou plus...

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