dimanche 25 août 2013

La femme à 1000° de Hallgrimur Helgason (2013)



Herbjörg Maria Björnsson est une vieille dame qui vit ses derniers instants de vie, dans un garage, sur un lit médicalisé. Elle partage ses journées avec son ordinateur portable seule fenêtre sur le monde extérieur, ses cigarettes qui lui plombent ses poumons malades tous les jours un peu plus, sa grenade souvenir de la Seconde Guerre mondiale et ses deux infirmières à domicile.



Elle est mère de trois enfants, nés de pères différents qui l'ont quasi délaissés et délestés de ses biens. Herbjörg Maria Björnsson est une femme âgée certes mais tellement moderne, indépendante et insoumise.

Elle a été bousculée et maltraitée par une vie "extra"ordinaire et hors de commun, dans des circonstances difficiles, douloureuses voire dramatiques liées à l'histoire familiale et l'histoire tout court.

Elle est née d'une liaison amoureuse d'une mère paysanne de la campagne islandaise et d'un père issu d'un milieu aisé et privilégié dont certains membres sont des hauts fonctionnaires d'état. L'un d'entre eux deviendra par la suite le premier président islandais.

Son père qui a abandonné sa mère alors qu'elle était enceinte, n'a pas pu faire le deuil de cette histoire d'amour. Il récupère le jeune femme et son enfant alors âgée de 6 mois pour les imposer à sa famille. Durant une courte période de sa prime enfance, Herbjörg Maria Björnsson grandit dans un milieu social aisé, aimant et rigoureux.
Mais la Seconde Guerre mondiale va exploser cet équilibre familial.

Dès que Hitler propage sa propagande tout en envahissant un à un les pays européens, son père adoptera l'idéologie nazie au grand désespoir de sa famille et de son épouse. Pourtant cette dernière le suit en Allemagne avec sa petite fille car il veut intégrer l'armée allemande. Il abandonne femme et enfant, privilégiant l'idéologie nazie et rejoint le front au sein de l'armée allemande.

Sa mère essaie de survivre en Allemagne alors que la petite Herbjörg Maria Björnsson délaissée et livrée à elle-même, découvre l'exclusion et la difficulté de survivre dans un monde d'adultes cruel et formaté par le nazisme. Sa mère pour la protéger, va l'envoyer en bateau vers une destination inconnue en lui promettant de la retrouver à Hambourg. En fait, la fillette ne retrouvera sa mère et son père qu'à l'âge de 16 ans, à l'issue de cette terrible guerre.

Entre-temps, elle connaîtra la solitude, l'insécurité, l'errance, la survie, la cruauté, le viol, la faim, le manque d'amour.

Pourtant Herbjörg Maria Björnsson se relèvera et voyagera de par le monde, connaîtra beaucoup d'hommes, certains célèbres, d'autres pas et cela même si sa vie mouvementée ne retrouve aucune réelle stabilité.

Ce roman est un petit bijou, tendre, cynique, réaliste, triste par moment et pourtant teinté d'un réel humour.

Avec son écriture, l'auteur nous fait partager la vie d'Herra l'héroïne comme si celle-ci nous racontait sa vie dans des instants de confidence ce qui fait que l'on y revient à chaque fois. Envie de connaître la suite et surtout envie de retrouver Herra comme si elle était notre aïeule ou une proche afin de connaître toujours un peu plus sa vie particulièrement exceptionnelle.

Le lecteur ne peut avoir que de l'affection pour cette vieille dame et beaucoup de respect. Elle a un sens de l'humour inouï, une vie tragique et si intéressante à la fois et un tel modernisme dans ses rapports aux autres.

Je suis ravie que le partenariat avec l'opération de Babelio des Editions Presses de la Cité m'ait fait découvrir ce roman.

Avec honnêteté, je dirais qu'au vu des 632 pages et de la couverture peu alléchante, il est fort probable que je serais passée à côté.

J'aurais adoré rencontrer Herra car c'est une belle personne avec une personnalité forte et à la fois fragile, si humaine et surtout on a envie de l'écouter se raconter des heures durant.

Un roman extraordinaire comme son héroïne au point que j'ai totalement occulté l'auteur lui-même.
Une réussite et pour moi une belle découverte et un vrai coup de coeur.

Je pense même que de temps à autre, je vais reprendre ce livre pour relire des passages au hasard afin de retrouver cette vieille dame si succulente et truculente pour qu'elle me raconte encore et encore des moments de sa vie.

A lire absolument.

♥♥♥


Herbjörg Maria Björnsson. Un nom imprononçable que vous n’êtes pas près d’oublier.
Condamnée à vivre dans un garage avec pour seule compagnie son ordinateur portable, une provision de cigarettes et une grenade datant de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une octogénaire islandaise atteinte d’un cancer en phase terminale revient sur sa vie en attendant la mort. Car Herra, comme on l’appelle, a beaucoup de choses à raconter. Petite-fille du premier président d’Islande, fille d’une paysanne et du seul nazi islandais avéré, elle a, au fil de son existence mouvementée, vécu la guerre et l’exil, connu beaucoup d’hommes, parfois célèbres, et vu la mort, de bien trop près. Avant de s’envoyer en l’air pour de bon, elle passe en revue son passé et celui de son pays, l’occasion pour elle de régler au passage quelques comptes.
Dans ce roman inclassable et truculent qui, à la manière d'un collage, alterne humour, cynisme, tendresse, poésie et noirceur, Hallgrimur Helgason fait preuve d'une inventivité linguistique époustouflante. La Femme à 1000° navigue entre légèreté et profondeur au gré du récit de l'irrévérencieuse Herra, dont l'histoire est à l'image de celle de l'Islande, sa patrie, et de celle de l'Europe : mouvementée, sanglante et tragique. 



2 commentaires:

  1. Super article! Merci pour cette découverte! =)

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    1. Merci pour ton avis. Cela fait chaud au coeur de savoir qu'il y a des gens qui lisent ma rubrique.
      A bientôt peut-être.
      Ondine

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