vendredi 16 août 2013

Limonov d’Emmanuel Carrère (2013)


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Quel personnage peu conventionnel, atypique et complexe que Limonov. Lorsque Livraddict a proposé ce partenariat, je ne connaissais pas l’homme. Mais aimant les biographies et sachant que ce livre est le prix Renaudot 2011, je me suis dit que ce serait l’occasion de le découvrir.


Limonov est un garçon intelligent. Il pense beaucoup et redoute l’ennui. On pourrait presque dire qu’il est border line à toujours vouloir se mettre en danger, fréquenter les marginaux et les artistes. Cela semble poétique? Ne vous y trompez pas, cet homme est aussi haïssable que sympathique.
Emmanuel Carrère raconte sa vie de façon chronologique. Il parle aussi de la sienne et de sa connaissance de la Russie. Cela aide mieux à cerner le biographe et a lui donner une certaine légitimité. Le livre aborde de façon détaillée la vie de Limonov qui a souvent fréquenté la rue.
Voyou, clochard, valet. A la limite, ses expérimentations de la vie et ses positions (radicales) ne m’ont pas trop perturbé. C’est surtout lors de ses positions pendant le conflit en ex-yougoslavie qui a rendu ma lecture difficile. Lisant en parallèle California Dream, il m’a été compliqué de replonger dans sa vie de folie.
Limonov pourrait être considéré comme un intellectuel, je le verrai plus comme un homme d’action. En lisant ce livre, on sent qu’il a quelque chose dans sa tête, mais ses agissements ne m’ont pas incité à l’apprécier, notamment lorsqu’il se lançait dans les guerres juste pour se sentir vivre.
Néanmoins, même si sa personnalité est plus que sujette à controverse, même Emmanuel Carrère l’exprime en ne sachant difficilement sur quel pied danser, on ne peut reprocher à l’homme une sincérité dans ses actes.
Comme l’épisode du gamin atteint d’un cancer dont Limonov se moque disant que la maladie touche autant les pauvres que les riches, et pendant lequel Emmanuel Carrère pense que si un remède existait sur cette Terre pour le sauver, Limonov aurait risqué sa peau pour le chercher. Je partage cet avis. Limonov est tellement paradoxal que chez lui les frontières de bien et de mal sont pratiquement à redéfinir.
Un bel ouvrage, entraînant, avec des passages sombres et durs, mais formidablement écrit par Emmanuel Carrère. On sent l’enthousiasme de l’auteur, la profondeur de ses recherches et sa rigueur. L’ouvrage permet aussi de découvrir la Russie autrement. Pas du point de vue habituel, mais avec un autre regard et une autre façon de penser. Il m’a été difficile de le lâcher (sauf évidemment pour le passage précédement indiqué)
Avec Limonov et Emmanuel Carrère, on découvre la situation politique de ce pays, l’évolution, le quotidien de ses hommes et de ses femmes. Les difficultés et les espoirs, mais aussi toutes les épreuves qu’a dû surmonter le gamin pour devenir la personne d’aujourd’hui. Il m’est difficile de résumer ne serait-ce qu’une partie de ce livre tellement il a fait de choses, entre sa participation à un journal diffusé en France, ses histoires d’amour très passionnées (malgré son côté "salaud" il était plutôt du genre fidèle), ses expérimentations, ses prises de positions…
Actuellement la Russie montre un véritable visage d’homophobe, je me demande comment se positionne Limonov. Si cela le touche, s’il continue de sortir dans la rue chaque 31 pour manifester.
Je remercie Livraddict et Folio pour le livre. Je m’excuse également pour l’important retard concernant la publication de cet avis.

♥♥♥♥

« Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

1 commentaire:

  1. Alexis Zadounaïsky26 août 2013 à 15:04

    Ca fait un moment que j’ai envie de le lire, ce Limonov par Carrère, et votre billet m’encourage à ne pas tarder à le lire. Par contre il faut être prudent avec ce qu’écrit Emmanuel Carrère, car il a déjà écrit une biographie, celle de l’écrivain Philip K. Dick, qui semble (d’après quelques témoins) en partie basée sur des faits réels mais en partie inventée, ou disons interprétée au feeling (mais c’est quand même un sacré bon livre que je conseille car l’essence du génie et de la personnalité de Philip K. Dick y sont magnifiquement exposés et c’est passionnant : "Je suis vivant et vous êtes mort").
    Mais ce n’est pas très grave : la vie propose, l’artiste dispose…

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