mardi 3 décembre 2013

Une femme fuyant l'annonce de David Grossman

Nous sommes en l'an 2000, Ora vient de mener son fils, Ofer, à la base militaire de Jérusalem. Ce dernier s'est porté volontaire pour une dernière mission de 28 jours dans une ville palestinienne. Ora, la peur dans l'âme, ne peut supporter l'idée qu'on vienne lui annoncer la mort de son fils. Elle décide de partir en Galilée, un expédition qui était initialement prévue avec son fils.

Ora va contacter Avram, un ami d'enfance, blessé physiquement et psychologiquement. En cours de route, ils vont redécouvrir leur amitié, et révéler leur quotidien. En effet, ils ont pour ami commaun Ilan, et tous les trois se sont rencontrés un soir de 1967.

Le récit est intime. Au départ, j'étais sceptique, ne voulant pas lire un livre qui se positionne dans ce conflit. Mais en réalité, David Grossman ne fait pas dans l'opinion. Il se concentre sur le quotidien d'une mère de famille, dont l'entourage est blessé par la guerre, et qui doit vivre ce que d'autres mères vivent : l'angoisse qu'on lui annonce le décès de son fils.

Elle décide d'elle-même de prendre la fuite pour éviter d'y penser. Pourtant elle ne peut s'empêcher de culpabiliser dès que son visage s'efface. Il lui faut son fils en pensée, sous peine de le condamner à mort. Parfois, elle pense aussi au dur travail de ces hommes qui viennent donner l'annonce. Trop souvent oubliés, ils en éprouvent aussi de la tension. Le travail n'est pas si simple.

Divorcée, le seul réfuge qu'elle peut trouver, Ora l'a en Avram. Lui seul peut comprendre ce qu'elle ressent, et lui tendre une oreille attentive. Seulement, Avram est aussi meurtri par la guerre. La souffrance de la mère fait écho en lui. Il lui est pénible d'écouter ses lamentations.

A travers la Galilée, cet homme et cette femme se redécouvrent. Les liens se retissent et se devinent. Le départ d'un enfant touche d'autres que celle qui l'a mise au monde. Leurs vies en découlent. La trame se tisse, dans un souffle, comme une confession.

Détail plus poignant encore, on découvre, à la fin du livre, que l'auteur a perdu son fils dans cette guerre. Peu importe le camp, la douleur reste vibrante pour toutes les familles qui passent par là.

Dur et amer, écrit avec simplicité et avec beaucoup d'émotions en filigrane. Un livre qui vous emmènera loin. Mais je ne vous cache pas que venir à bout de ces 780 pages demande une certaine endurance. Même si c'est très bien écrit et intéressant, que ma lecture s'est révélée très plaisante et distrayante, c'est un tantinet long quand même.

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Merci à Livraddict et aux Editions points pour cette belle découverte!

Ora, une femme séparée depuis peu de son mari Ilan, quitte son foyer de Jérusalem et fuit la nouvelle tant redoutée : la mort de son second fils, Ofer, qui, sur le point de terminer son service militaire, s’est porté volontaire pour « une opération d'envergure » de vingt-huit jours dans une ville palestinienne. Comme pour conjurer le sort, elle décide de s’absenter durant cette période : tant que les messagers de la mort ne la trouveront pas, son fils sera sauf. La randonnée en Galilée qu’elle avait prévue avec Ofer, elle l’entreprend avec Avram, son amour de jeunesse, pour lui raconter son fils. Elle espère protéger son enfant par la trame des mots qui dessinent sa vie depuis son premier souffle, et lui éviter ainsi le dernier.
À travers le destin bouleversant d’une famille qui tente à tout prix de préserver ses valeurs et ses liens affectifs, l’auteur nous relate l’histoire de son pays de 1967 à nos jours et décrit avec une force incomparable les répercussions de cet état de guerre permanent sur la psyché des Israéliens, leurs angoisses, leurs doutes, mais aussi la vitalité, l’engagement, et l’amour sous toutes ses formes.

2 commentaires:

  1. un-livre-un-rêve3 décembre 2013 à 23:22

    Merci pour la découverte !!! Pourquoi pas, mais le nombre de pages en effet me rebute !!! bsx bsx

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    1. Je comprends. C'est vrai qu'il faut en venir à bout. Il aurait mérité quelques pages en moins pour que ce soit plus agréable.

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