dimanche 2 février 2014

Avec les alcooliques anonymes de Joseph Kessel

Auteur : Joseph Kessel

Edition : Folio

Pages : 368

Joseph Kessel, célèbre journaliste, a découvert les Alcooliques anonymes par hasard. Curieux de connaître cet organisme, qui a sauvé un ami mais aussi une personne qu'il admire, il décide de se lancer dans une enquête à ce sujet et de découvrir le fonctionnement de ce groupe qui a tant d'adeptes. Il se rend donc aux Etats-Unis, où il fait la rencontre d'un des membres fondateurs, ainsi que de nombreuses personnes qui y travaillent ou bénéficient d'un suivi. Il se rend aussi dans les endroits fréquentés par ceux atteints de cette "maladie" comme ils la définissent : une sorte d'allergie qui les empêche de savourer l'alcool et de bénéficier des mêmes effets qu'un autre.



J'ai toujours voulu lire un livre de Joseph Kessel. Alors quand j'ai compris que ce livre parlerait en plus d'un groupe dont le fonctionnement m'intrigue, je n'ai pas hésité. L'auteur nous livre ici un véritable récit journalistique publié en plusieurs parties dans les années 60 et rassemblées en un ouvrage.

Véritable immersion dans le monde de l'alcoolémie, j'ai pu découvrir un monde sombre mais en même temps pas si éloigné du notre. Comme beaucoup, je n'ai jamais considéré les alcooliques. Je sais que boire à trop forte fréquence provoque une dépendance, et que le cercle devient vite vicieux. Mais ici, on découvre également que des individus peuvent plonger dedans sans forcément être de gros fêtards. Ils font partie de ceux dont le corps rejette le breuvage et qui ne peuvent bénéficier des effets "positifs". Ainsi une fois le premier verre avalé, la spirale commence. Il en faut un autre, et puis encore un autre. La personne plonge dans l'inconscience et ne se rappelle plus de sa nuit. Cela devient vite une drogue, pour combler ou oublier ou parce qu'il faut être "dans le mouvement".

Cette lecture m'a fait beaucoup réfléchir sur l'alcool, les impacts que cela a dans mon entourage et sur moi-même, et transformer ma vision de la chose. D'un point de vue parfaitement personnel, l'alcool n'a jamais eu un bon effet sur moi. Je n'aime pas perdre la maîtrise des choses, mais on est toujours obligé de boire. Par exemple, on nous demande d'être drôle, loquace et extravertie. Mais quand, de nature, on ne l'est pas, on va forcément se forcer à boire un verre pour tenter d'être comme les autres et de développer cet aspect social. Ensuite, dans tous les événements professionnels, on est forcé (et je dis bien "forcé") de boire pour ne pas paraître renfermée. Pots de départ, soirées pro avec des supérieurs. On refuse un verre et de suite on est moins cool (je l'ai essayé très récemment, les gens ont mal vu que je prenne un coca). 

L'autre aspect est le binge drinking. Joseph Kessel explique qu'aux Etats-Unis, dans les années 60, c'est une façon de consommer l'alcool. On boit pour en ressentir les effets. Il suppose que c'est dû à l'absence de culture de l'alcool. En France, il y a une grande histoire des vignes, et une certaine culture du vin. Dans d'autres pays, on créé, même artisanalement, de l'alcool fort. En y réfléchissant, je me demande pour quelles raisons, si ce n'est pour boire tout simplement. Peut-être pour réchauffer du froid et continuer son dur labeur aussi, très probablement cela a dû aider les gens dans ce cas. Le binge drinking est une voie royale vers l'alcoolémie puisqu'on se détend, on boit à outrance, on fait les cons. Et vu que tout le groupe agit ainsi, on n'a pas à subir les conséquences et les états d'âme du matin. Mais quand un individu est ainsi sensible, de nature alcoolique, cela peut vitre l'entraîner dans une spirale infernale, qui à force, va l'éloigner de ses proches et le pousser à fréquenter les pires endroits, nier sa condition pour quelques sous et repartir picoler.

Alors comment le sortir de là? Tout simplement en l'accompagnant et en ayant conscience des états par lesquels il est passé. Et seul un alcoolique peut réellement le faire. C'est d'ailleurs le principe même des Alcooliques anonymes. Un ancien alcoolique, sevré, aide un autre qui ne l'est pas. Ainsi, en l'aidant, l'homme se rappelle de ne pas plonger. Et celui soutenu a toute confiance en lui car il sait par quelles épreuves il est passé, et n'a donc pas de honte. Aucun ressenti de mépris ou sentiment de gêne, les deux sont au même niveau.

Joseph Kessel nous dévoile tout le processus de guérison, et va à la rencontre des principaux acteurs du mouvement. Il en fait le tour, et avec ce texte répond à toutes les questions qu'on pourrait se poser. A la fin du livre, se trouvent également quelques documents, comme deux témoignages et aussi une sorte de questionnaire pour découvrir notre propre nature vis-à-vis de l'alcool.

Humain, documenté, ce récit est une véritable fenêtre qui sensibilise aux problèmes de l'alcool. A la fin, on voit différemment ces hommes et ces femmes qui souffrent de ce mal. On est aussi forcé de s'interroger ce qu'est l'alcool dans notre société. Une belle réussite!

Merci à Livraddict et à Folio pour cette très belle découverte!

DOCUMENTÉ. COMPLET. HUMAIN. INTERESSANT. DU GRAND JOURNALISME

- Nous accepterions le Diable lui-même s'il était alcoolique et avait besoin de nous, dit Bill W... [Fondateur des A.A.]

Il a toujours besoin d'une excuse pour commettre une action dont il sent qu'il devrait s'abstenir .Burt ne faisait pas exception à la règle. Quand il résolut de se soûler - c'est-à-dire ruiner sa vie .Il avait une raison excellente.

Vous allez au meeting du groupe ?
Je vais à mon bar ,dit le jeune homme avec défi.
Alors, a la prochaine fois , dit Bob gaiement.
Le jeune homme passa le seuil sans répondre.

2 commentaires:

  1. Je ne savais pas que la pratique du "binge drinking" existait déjà sous ce nom dans les années '60... Ce livre doit effectivement être très intéressant ! Merci pour la découverte...

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  2. Travaillant dans le domaine des addictions, je vais me précipiter pour le lire!

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