vendredi 7 février 2014

Moi Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée...

Auteure : Christiane F

Edition : Gallimard/folio

Pages : 339

Les parents de Christiane F. emménagent dans une cité de Berlin, pensant pouvoir y vivre de leurs affaires. Seulement, tout tourne au vinaigre, et Christiane et sa soeur sont rapidement soumis à la violence gratuite et l'alcoolémie de leur père. A cette époque, la drogue circule dans la ville, les enfants y ont accès très jeunes. Christiane se met à traîner avec d'autres gamins et peu à peu sombre dans cet environnement dur. Au point de voir ses proches mourir de la drogue et de devoir se prostituer.
Un livre qui plonge le lecteur très rapidement dans une atmosphère oppressante, où la recherche de sensations et de nouvelles aventures se traduit par l'exploration des drogues, d'abord pour la cool attitude puis par besoin d'évasion. Dans cette cité berlinoise, tout est fait pour priver les gosses de se dépenser. Impossibilité de profiter d'un parc, impossible de rester à proximité des lotissements. Sous prétexte qu'ils sont bruyants, les adultes les envoient toujours plus loin et hors de leur vue. Comment alors peuvent-ils véritablement se construire, laissés à eux-même et traités comme des moins que rien? A tel point que le premier contact de Christiane avec la drogue est dans un centre socio-culturel protestant.


Bien rédigé (notamment par deux journalistes allemands qui ont rencontré Christiane lors d'un de ses procès), le récit est entrecoupé par la vision de la mère qui explique son ignorance et les raisons qui l'ont poussé à se voiler la face, car elle-même victime d'un père abusif et la privant de tout. On découvre la douleur d'une mère qui ne peut contrer la violence de la vie de sa fille, qui essaie par tous les moyens de la tirer de là. Seulement à cette époque, les pouvoirs publics et les centres sociaux ne proposent aucune cure pouvant aider d'aussi jeunes enfants. Ou peut-être ne se rendent-ils pas compte des ravages que la drogue fait parmi la jeune génération.

Régulièrement des noms apparaissent dans les journaux, ceux qui n'ont pas survécu, effrayant Christiane et sa mère. Une amie de Christiane mourra d'une overdose alors qu'elle voulait aussi tenter de se sevrer. L'un des centres qu'elles fréquenteront toutes les deux sera même tenu par une secte. C'est pour dire à quel point le terrain est miné pour des enfants.

Il y a énormément de choses à dire. J'ai été de multiples fois choquée, notamment lorsqu'il était question d'injections. Fumer est une chose, avaler et sniffer, une autre. Et se piquer... Ca reste en mémoire, ça fait cogiter, ça effraie. En lisant, on se sent énervé et impuissant. Contre ses gens qui vendent des drogues et causent la mort d'êtres influençables. Contre ces drogués qui restent dans le circuit pour pouvoir se payer leur came. Contre ces prédateurs qui vont récupérer les jeunes faisant le trottoir pour les asservir. Et ceux qui se permettent d'avoir tous les droits sur des individus qui ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Et puis on se dit "Putain, ils n'ont que 13 ans! 13 ans! Pourquoi leur quotidien est la défonce et la prostitution?"

J'ai complété ce livre grâce à internet pour savoir ce qu'étaient devenus les protagonistes du livre. Des morts, des survivants, des sevrés. Pas Christiane, qui n'a jamais vraiment lâché l'affaire. Lors du concert avec son chanteur préféré, elle ira même dans les coulisses s'en remettre une couche. J'imagine qu'une fois dans ce milieu, les normes changent. Plus surprenant encore, la soeur de Christiane testera aussi la drogue.

Je balance entre deux idées par rapport au livre. La première est qu'il peut effectivement effrayer et terrifier les lecteurs au point de leur faire comprendre que la drogue est dangereuse. La seconde est qu'il y a quand même un certain aspect "cool". 

Cela peut paraître horrible de lire cela, mais Christiane montre un aspect quelque part assez ténébreux de la drogue. Assez pour rendre l'univers tentant à quelques jeunes mélancoliques influençables qui se contenteraient de ce récit. Surtout quand on voit comment s'est sortie Christiane, et comment elle est actuellement. Elle a été chanceuse car des hommes se sont prostitués pour elle. Car elle était jolie et donc des gens ont pu lui tendre la main. Elle était plus intelligente que la moyenne, elle a pu tourner de nombreuses situations à son avantage. Mais combien de personnes ont pu s'en tirer comme elle?

Je trouve cela dommage donc de valoriser uniquement ce témoignage qui nous montre quand même un parcours hors du commun, comparé à ceux d'autres.

Mais je ne remets absolument pas en cause sa vie. Christiane a tenté de s'en sortir avec une force de caractère surprenante pour son âge, allant même jusqu'à tenter de se désintoxiquer avec l'aide de sa mère, qui apprendra de ses erreurs comme elle le confiera. Quand je pense à son récit, j'ai encore des pics dans le coeur, tellement cela m'a ému. Je pense qu'on se remet difficilement d'un tel livre, qui marque à vie.

Si vous voulez lire un témoignage poignant et vrai, foncez. Pour ma part, j'ai été émue, touchée, énervée, admirative des efforts. Mais je sais aussi que ce n'est qu'un parcours de droguée, qu'il y en a encore beaucoup d'autres. Et que cela continuera à augmenter encore et encore... Et cela me fait beaucoup de peine. Avec une éternelle question qui tourne en boucle dans la tête "pourquoi?".

PS : saviez-vous que dorénavant les gens volaient des hortensias pour les fumer???

J'ai besoin d'être tout le temps un peu partie, un peu dans les vapes. Et j'en ai envie, pour échapper à toute cette merde, merde à l'école et merde à la maison.

Monter, pour moi, c'est une démonstration de force et de pouvoir. Mon cheval est plus fort que moi, mais il se plie à ma volonté.

Je venais de m'enfermer dans un w-c. pour me piquer, et tout à coup je vois un type sauter par-dessus la cloison, littéralement me tomber dessus. Manu-le-Filou. On m'avait bien raconté que c'était son truc : se planquer dans les toilettes pour dames, attendre qu'une fille vienne se piquer. Sachant qu'il n'hésite pas à frapper, je lui donne tout de suite ma dose et ma seringue. Il sort, se plante devant un miroir, et se pique. Dans le cou. Ce mec-là n'a plus peur de rien, et c'est le seul endroit de tout son corps où il peut encore enfoncer une aiguille. Il saigne comme un cochon. Je crois qu'il s'est envoyé le shoot dans l'artère. Il s'en fout. Il me dit : "Merci" et disparaît.

Le seul sentiment que j'éprouve encore pour ma mère, c'est de la pitié. Je la plains quand je la vois rentrer du boulot, stressée, énervée, épuisée, et se jeter sur les travaux ménagers. Mais je me dis que c'est de leur faute, aux vieux, s'ils mènent cette vie de cons.

3 commentaires:

  1. Je l'ai lu il y a très longtemps alors que je sortais de l'adolescence et ce livre m'avait énormément marquée (et le film également). J'ai lu récemment dans le journal que Christiane avait sorti un nouveau livre sur sa vie.

    RépondreSupprimer
  2. Je l'ai lu aussi il y a longtemps et il est certain qu'on n'en sort pas indifférent.. J'ai également vu l'adaptation au cinéma que je n'ai pas aimé du tout car le film m'a mis vraiment très mal à l'aise..

    RépondreSupprimer
  3. Ta critique est très intéressante! Une amie l'a dans sa bibli, je l'emprunterai je pense pour voir si je retrouve ces deux aspects à ma lecture! Tu te réinscris au challenge en 2014?? ça te fais déjà un titre!!! ;-)

    RépondreSupprimer

Profitons de notre liberté d'expression