mardi 4 mars 2014

Avenue des géants de Marc Dugain (août 2013)

Auteur : Marc Dugain

Edition : Gallimard/Folio

Pages : 432 (format poche)

Al Kenner, un grand garçon de près de 2,20 mètres avec un QI supérieur à celui d'Einstein assassine ses grands-parents. Emprisonné pour ce fait, il tente de combattre le mal qui l'habite.


Je ne vous en dirais pas plus pour vous laisser découvrir ce livre plus en détail. Mais sachez que cette histoire est inspirée d'un fait réel, et d'un homme en particulier : Ed Kemper.


Dans ce roman, plutôt singulier, on se retrouve à naviguer entre deux eaux. Sur les 100 premières pages, on rit pas mal en lisant les réflexions d'Al Kenner. Ce gamin froussard, très sec par instant, a une vision de la vie cynique et ses pensées font souvent mouche. Il porte un regard lucide et sombre sur le monde, comme s'il n'avait plus la fraîcheur de son âge, le genre de mec qui a vécu mille vies mais qui n'en a rien exploré. On découvre très vite que ce gamin a eu une vie compliquée. Mais comment en est-il arrivé à passer à l'acte? Avec un grand manque d'empathie, beaucoup de dureté et avec une certaine sécheresse de coeur, j'aimerai presque dire quelque part autiste car incapable de se fondre dans le monde qu'il entoure, il va raconter son histoire.

En fait la narration se passe en deux temps. Présenté à la troisième personne, c'est le temps présent. Lorsqu'Al parle de lui à la première, il remonte les faits, nous prends la main et nous plonge dans ses souvenirs. C'est un pli à prendre qui se fait naturellement.

Concernant la seconde partie du roman, on découvre un Al Kenner encore plus torturé, sombre, insaisissable. On comprend vite que quelque chose nous manque. Si au départ on se marrait pas mal en le découvrant, par la suite on n'a qu'une envie : espérer ne pas lui ressembler.

Marc Dugain, que je découvre grâce à ce roman, arrive à manipuler le lecteur. C'est du moins mon avis. Il nous emmène en toute confiance dans un terrain sûr. On se dit "Chouette, un bon petit gars, suivons-le". Et une fois que l'identification se fait quelque peu, il nous retire nos repères, s'attaque à nos défenses, et semble nous montrer quelque chose du doigt en insistant avec un "Regarde!"

Lire ce livre, c'est pénétrer dans le psyché d'un homme qu'on a du mal à cerner. C'est aussi avoir les clés pour comprendre son parcours, mais également se demander si vraiment un acte commis doit être forcément lié au passé ou peut se faire en toute autonomie. Après lecture je me le demande : un homme à peu près "sain d'esprit" peut-il commettre l'irréparable et voir justifier son acte à cause de son passé? Bien sûr, je ne généralise pas mais le livre remet en question certains raisonnements qu'on pourrait avoir vis-à-vis de notre conception de la justice.

Un bon roman qui va vous faire douter, vous surprendre. Une bonne expérience et une intéressante histoire de vie. J'ai hâte de découvrir un autre titre de cet auteur!

2 commentaires:

  1. Ton avis donne bien envie. Et j'aime le côté tiré d'une histoire vraie.

    RépondreSupprimer
  2. Tu as raison, c'est une belle expérience !

    RépondreSupprimer

Profitons de notre liberté d'expression