mercredi 5 mars 2014

Des souris et des hommes de John Steinbeck (février 1972)

Auteur : John Steinbeck

Edition : Folio

Pages : 180

Lennie et George sont deux vagabonds qui voyagent en Amérique du Nord à la recherche de travaux de ferme. Lennie est un grand gaillard un peu simplet peu conscient de sa force, tandis que George est petit et vif. Ce dernier a pris l'autre sous son aile et refuse de l'abandonner. Les deux rêvent de s'acheter une ferme dans laquelle s'installer. Mais Lennie a la fâcheuse tendance à s'aggriper aux choses qu'il aime et à ne pas contrôler sa force, mettant le duo dans de nombreuses situations peu avantageuses.


(Avant toute chose, mon avis n'est pas une analyse, c'est une impression ressentie à l'instant T.)

J'en attendais beaucoup. Tout le monde en fait l'éloge, c'est un grand classique, qui a touché beaucoup de monde. Je vous le mets dans le mille. Je suis passée à côté. Cela ne m'arrive pas souvent, surtout concernant les classiques, mais même en faisant des recherches, je ne comprends pas ce qui lui vaut autant d'attention. Je l'ai refermé en me disant "Oui, mais bon."

Cela parle de grandes thématiques comme l'amitié, la singularité, la solitude, la difficulté de vivre. Amitié, car oui la relation entre les deux hommes est forte et belle. Surtout à cette époque. George est itinérant, pauvre, Lennie est une charge pourtant, mais les deux se soutiennent. Singularité du fait de la particularité de George. Solitude car les deux hommes sont seuls au monde et sans attache. Difficulté de vivre, car du jour au lendemain ils peuvent se retrouver sans rien.

Le récit fait la part belle aux conditions de travail de ces hommes et de leurs tâches à faire dans les fermes. L'Amérique pauvre, l'agriculture, la camaraderie masculine, la condition humaine, la situation des noirs. Bref tous ces éléments.

Je le concède, la fin est belle, la fin est choc, la fin est rude. L'écriture est efficace, John Steinbeck va directement à l'essentiel, pas de superflu. Donc oui j'ai aimé ma lecture. Mais après réflexion, je trouve que ce récit a mal vieilli. 

En 1937, je comprends que la situation soit autre pour les gens un peu retardés, pour les personnes de couleur, pour ceux qui n'ont pas d'attache et vivent au jour le jour. Mais on est en 2014, pour moi ce genre de situation ne devrait même plus exister, or ce n'est pas le cas et j'en suis parfaitement consciente. En fait, considérer ce livre comme un chef d'oeuvre serait comme refuser de prendre en compte toutes les avancées sociales qui se sont faites, et les combats qu'on doit mener. Or, la situation actuelle est complexe, et accepter d'être émue par ce livre reviendrait à dire qu'on n'a pas pris conscience de ce qu'il se passe autour de nous. Quand je pense à ce bouquin, je me dis qu'il est à destination de gens qu'il faut réveiller, qu'il faut informer et sensibiliser. Et en 1937, c'était nécessaire. Alors qu'en 2014, celui qui est encore ignorant de ces choses est un con. Aucune excuse puisque les moyens de s'informer sont multiples et que tout le monde possède un minimum d'éducation et de réflexion.

L'autre raison est qu'on a fait d'autres récits parlant des différences, d'autres récits sur l'amitié, et sur la condition humaine. Avec des textes souvent larmoyants, dont le but est de faire pleurer (je n'en citerai pas), d'autres descriptifs pour nous rendre l'atmosphère tendue, stressante. Finalement le livre Des souris et des hommes est à la rencontre de tous ces éléments qu'utilisent les auteurs pour nous accrocher. John Steinbeck ne veut pas nous faire pleurer, nous parler à l'âme et au coeur (je n'aime pas ces procédés qui font que si on pleure, le livre est un coup de coeur). John Steinbeck nous parle franchement, avec simplicité. Et c'est peut-être pour cela qu'il ne m'a pas touché. Depuis une dizaine d'années, la mode est à l'exagération, à l'outrance. Et à côté, on ne peut plus apprécier la finesse des choses, la simplicité des actes. C'est triste.

Je suppose que pour un lecteur lambda, il fera son office, mais pour la lectrice que je suis (et en aucun cas je me lance des fleurs) qui s'informe, lit régulièrement des livres non-fictions et qui se sent concernée par les inégalités, il n'a rien apporté de plus. Je suis en demande de plus de matière. Par contre je le conseillerai bien volontiers à un petit lecteur ou à un individu vivant dans sa bulle, qui sauront mieux apprécier le récit.

1 commentaire:

  1. Je l'ai lu il y a très longtemps donc j'en garde un souvenir fugace mais j'avais aimé. Et pour en revenir à Steinbeck, pour moi qui viens de lire À l'est d'Éden, c'est ce que j'aime chez lui, cette façon de raconter les choses simplement, sans esbroufe.

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