mardi 4 mars 2014

Yellow birds de Kevin Powers (février 2013)

Auteur : Kevin Powers

Edition : Stock

Pages : 264

Lors d'un entraînement militaire, Bartle, 21 ans, rencontre Murphy, 18 ans. Les deux deviennent vite inséparables, "Murph" voyant en lui un ami à tel point qu'il lui présentera sa mère à qui Bartle assurera ramener son fils vivant. Ils sont envoyés à Al Tafar, en Irak, une fois formés. Mais Murphy va y laisser sa peau...

Alternant entre ses souvenirs de l'époque et le moment où il est retourné aux Etats-Unis, Bartle réfléchit à ses actions, au poids de la guerre, au souvenir qu'il lui est imposé. Le poids de la vie, de la mort, le sens de la vie, tout est bouleversé. Souffrant du syndrome post-traumatique, il se sent perdu et hanté par la mort de Murphy, celle d'un gamin qu'il ne voulait pas prendre sous son aile, ne sachant pas même quel sera son propre avenir. Et se rendant compte que finalement, lui, aussi n'était qu'un gamin.

Ce qui saute aux yeux dès la première page, c'est la richesse du vocabulaire, la précision des mots. Cette alternance des deux phases (passé et présent) qui nous donnent des indices sur ce qu'il se passe au sein du soldat et également au sein de l'homme qu'il est.

La lente descente aux enfers de Murph, le blues et la lassitude de Bartle qui sort déphasé de son expérience. Bien sûr, il n'est pas le seul. Et pendant cette expérience, il était loin d'être un mauvais soldat. Un bon même, d'après le capitaine qui va l'encadrer. Mais à sa sortie, il n'est plus rien. Il n'est qu'un soldat. Peu importe ce qu'il a fait. Tuer des hommes et manquer de donner sa vie ne sont pas tout, ne font pas une carrière, ne donnent pas droit à quelconque privilège. On viendra bien vite lui rappeler. Alors que lui a déjà sa lourde croix à porter.

Le récit est vraiment parlant, les mots font mouche et très mal, et la lecture est délicieuse. Kevin Powers est un ancien soldat qui nous parle de son univers. Et avec grand talent, l'écriture est vraiment-VRAIMENT-belle et sobre. Si vous en avez la possibilité, dans une librairie, lisez juste la première page. Elle m'a envouté dès le premier instant. C'est fou. Cet ancien militaire a du talent.

A côté de cela, c'est un coup de poing, c'est pénétrer dans l'âme d'un homme qui doit tuer, qui doit vivre avec des morts autour. Des identités anonymes. Dans le fond, hormis la famille, tout le monde s'en fout, non? Comme on dit c'est de la chair à canon. Et si quelqu'un pouvait donner un sens, car à l'échelle d'un soldat, est-il si simple de pouvoir comprendre ce qu'il se passe alors qu'au final il n'est qu'un exécutant dont les ordres venus de plus haut restent mystérieux?

Jour après jour, elle tentait de nous supprimer, en vain. Non pas que notre sécurité fût prévue. Nous n'étions pas destinés à survivre. En vérité, nous n'avions pas de destin. La guerre prendrait ce qu'elle pourrait. Elle était patiente. Elle n'avait que faire des objectifs, des frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimé ou non. La guerre s'introduisit dans mes rêves cet été-là, et me révéla son seul et unique but : continuer, tout simplement continuer. Et je savais qu'elle irait jusqu'au bout.
Un roman à lire, intime, sur le poids de la guerre. Une sorte de chant du cygne, tout en sobriété, et avec un usage des mots d'une rare qualité.

3 commentaires:

  1. Ta chronique est très plaisante et me donne très envie de découvrir ce roman :D

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    1. Merci! Si tu peux le feuilleter en librairie, n'hésite pas :)

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  2. Je viens de l'emprunter à mon travail ! J'espère aimer autant que toi..

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