jeudi 22 mai 2014

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee (1960)

Auteure : Harper Lee

Edition : Le livre de poche

Pages : 448

Scout vit avec son frère Jem et son père Atticus, avocat, à Maycomb en Alambama. Les deux gamins, qui ont moins de dix ans, se lient d'amitié avec Dill, un enfant qui vient chaque été. Ils inventent de nombreux procédés pour faire sortir leur voisin Boo de sa maison, que personne ne connaît. Un jour Atticus est commis d'office pour défendre un homme noir. Scout et Jem apprendront alors que le monde du droit dans lequel ils baignent est bien différent de la conception que les adultes en ont.


Ce livre, publié en 1960, et se déroulant en 1930, se passe pendant la période ségrégationniste. L'Etat d'Alabama a été l'un des derniers à reconnaître les mêmes droits aux gens de couleur (n'hésitez pas à lire le livre Sweet sixteen d'Annelise Heurtier pour en découvrir la violence entre jeunes). Il a reçu le prix Pulitzer un an après sa sortie. Cette récompense représente un gage de qualité à mes yeux. Je n'ai jamais été déçue par mes lectures (La route de Mc Carthy, L'attrape coeur de Salinger, Le vieil homme et la mer d'Hemingway, Maus de Spiegelman)

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est donc l'histoire de la famille Finch, racontée par la petite Scout qui a huit ans au début du récit. Scout est une enfant éveillée, qui a appris à lire en sortant du berceau. Elle se pose beaucoup de questions, est un sacré garçon manqué et adore son frère Jem, de quatre ans plus âgé. Les deux adorent la lecture et débordent d'imagination. Ils sont encadrés par leur père qu'ils n'appellent pas "Papa" mais "Atticus". Atticus est un homme droit, très mesuré et qui prend à coeur de bien élever ses enfants. La présentation de la famille est charmante dans le livre. Bien que la mère soit absente (morte deux ans après la naissance de Scout), les trois se soutiennent et se vouent une fidélité indéfectible. 

La famille Finch est installée depuis de très nombreuses années à Maycomb. Tout le monde se connait, car les familles sont mariées entre elles ou sont implantées depuis la création de la ville. Scout, qui est une demoiselle, doit donc évoluer comme une personne de son grade, et elle récolte de nombreux regards désapprobateurs. Pourtant c'est une personnalité très affectueuse.

Sans s'en apercevoir vraiment consciemment, on va suivre toute la petite famille sur trois ans. Harper Lee arrive avec talent à faire évoluer chaque personnage tout en nous faisant découvrir la ville. Peu à peu, on fait connaissance avec les habitants, leurs coutumes, comme si on s'installait parmi eux. On s'aperçoit que cette communauté vit de façon très refermée et plutôt coupée du monde. Et en repensant au début du récit, on se rendra compte le chemin parcouru par Scout et Jem, qui grandiront et découvriront le monde injuste qui les entoure et dont ils prennent conscience. La méfiance de l'autre et l'hypocrisie, mais aussi les solides amitiés, le roman aborde de nombreux éléments dont la différence.

Ainsi, le voisin différent des autres et enfermé sans que quiconque ne lève la main alors que tout le monde est informé de la situation, mais dont personne ne se soucie car c'est une histoire de famille. Ou cet homme qui est accusé de viol et dont on veut la peau à cause de sa couleur. La justice est-elle la même pour tous? Il sera aussi question de la montée du nazisme (l'histoire se déroule dans les années trente) et des interrogations que suscitent les réactions des gens. Comment peut-on être horrifié de l'horreur du racisme et de la haine de l'autre alors qu'on n'est pas plus juste (dans une moindre mesure, of course) chez soi? Est-ce de l'hypocrisie? Pourquoi existe-il plusieurs échelles de valeur? Mais aussi peut-on dire que de tels gens sont "gentils" s'ils ne tolèrent pas la différence?



De nombreuses personnes s'accordent à dire qu'en réalité Scout est Harper Lee, car de nombreux éléments sont communs aux deux femmes : la ville, le père juriste, le frère âgé de quatre ans de plus, une mère absente. Harper Lee était aussi l'amie de Truman Capote, qui s'appropria un temps son oeuvre.

Concernant le titre, je l'ai toujours trouvé intriguant, attractif. "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur"... en réalité il aurait plusieurs sens que vous pouvez découvrir dans la postface d'Isabelle Hausser. Un élément m'a surprise et choquée. Il paraîtrait que Truman Capote ait expliqué par provocation, lors qu'ils étaient partis se baigner entre amis, qu'il était péché de tuer un oiseau moqueur "parce que ces animaux mangeaient les yeux des bébés de couleur. Rendus aveugles, ceux-ci ne pouvaient plus trouver le sein de leur mère et mouraient de faim. C'était donc un péché de tuer les oiseaux moqueurs car ceux-ci contribuaient à la diminution de la population de couleur". Pour beaucoup d'autres, tuer cet oiseau l'est aussi car il serait créateur du langage. En fait, cet animal a la faculté de reproduire des sons.

« - Je préfèrerais que vous ne tiriez que sur des boîtes de conserve, dans le jardin, mais je sais que vous allez vous en prendre aux oiseaux. Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mais souvenez-vous que c'est un péché que de tuer un oiseau moqueur.
Ce fut la seule fois où j'entendis Atticus dire qu'une chose était un péché et j'en parlai à Miss Maudie.

- Ton père a raison, dit-elle. Les moqueurs ne font rien d'autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans les jardins des gens, ils ne font pas leurs nids dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur cœur. Voilà pourquoi c'est un péché de tuer un oiseau moqueur. »
Le récit n'a certainement pas la même force en fonction de la période de notre vie au moment où on le lit. Je l'aurai certainement plus apprécié si je l'avais lu plus jeune. C'est un roman d'apprentissage de la même valeur, à mes yeux, que L'attrape-coeur de Salinger. Les personnages sont jeunes, questionnent le monde, testent les limites avec l'innocence de la jeunesse. J'ai eu dû mal à reprendre un livre, déçue qu'il n'y ait pas de suite et que l'auteure, Harper Lee, n'ait pas produit d'autres textes (elle ne supporte pas l'idée de faire moins bien que ce livre). Cela s'est révélé un petit déchirement de quitter Jem, Scout et Atticus, personnages auxquels je me suis fortement attachée.

Un roman bijou, un de ceux que je n'hésiterai pas à emporter avec moi si le désir de le relire me prend, et peu importe que cela l'abîme. A la lecture, j'ai ressenti de l'émotion, et une certaine tendresse pour les jeunes années que j'ai vécu et auxquelles j'ai pu repenser en lisant les histoires de Scout. Franchement, si vous ne connaissez pas, il faut réparer ce tort!

4 commentaires:

  1. J'ai très envie de le lire et je n'en vois que des bonnes chroniques.

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  2. Je l'ai bien aimé aussi, même si je ne pense pas être autant rentrée dans l'histoire que toi.

    Tes explications sur le titre sont intéressantes !

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  3. Ça avait été le livre que j'avais préféré l'année où je l'ai lu (en 2010 il me semble). J'avais beaucoup aimé Scout et surtout Atticus Finch, un père et un homme vraiment exceptionnel dans le contexte de l'époque. Je suis très fan des romans se déroulant dans le sud des États-Unis de cette époque (comme Beignets de tomates vertes) et il ne m'avait absolument pas déçue.

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  4. j'adore ce livre, un de mes préférés !

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