vendredi 13 juin 2014

Moloka'I d'Alan Brennert (mai 2014)

► Alan Brennert / Charleston / 496 pages

☼  Hawai, 1892. Rachel Kalama, petite Hawaïenne de sept ans à l’esprit vif et malicieux, rêve de visiter des contrées lointaines à l’image de son père, qui officie dans la marine marchande. Jusqu’au jour où une tache rosâtre apparaît sur sa peau, et où ses rêves d’ailleurs s’envolent aussi sec. Arrachée à son foyer et à sa famille, Rachel est envoyée à Kalaupapa, campement de quarantaine installé sur l’île de Moloka’i. C’est là que sa vie doit se terminer – mais elle s’aperçoit qu’en réalité, elle ne fait que commencer.


Débordant de chaleur, d’humour, de compassion, et fort d’une galerie de personnages campés à merveille, ce chef-d’œuvre de narration nous parle d’un peuple qui, face à la terrible réalité de la mort, a choisi la vie.

Avec ses 500 pages, ce livre double son côté poids lourd, tant dans la forme que dans le fond. La facétieuse Rachel nous kidnappe dans son univers avec facilité, et on la suit avec une curiosité éveillée dans ses mésaventures qui souvent nous oppresse.

Rachel est une petite Hawaïenne de sept ans, qui vit avec sa mère Dorothy, sa grande soeur Sarah et ses deux grands frères. Les deux soeurs aiment se chipoter, dans une rivalité enfantine de leur âge. Leur père, Henry, est marin et s'ne va sur la mer pendant de longues périodes. Il veille sur la petite famille de loin, leur rapportant souvent des cadeaux, dont une poupée à Rachel à chacun de ses retours. 

Un jour, leur quotidien est bouleversé par l'annonce du départ de l'oncle Pono. Il a attrapé la lèpre. A cette époque, à la fin du XIXe siècle, les lépreux sont envoyés dans des camps de soin, à Kalaupapa, pour vérifier qu'ils souffrent bien de ce mal, et tenter d'être soigner. Pour les cas irréversibles, une destination ; l'île de Moloka'I.

Moloka'I est une île réelle, et a bien accueilli des lépreux. Une part sombre de cette histoire est que les marins, effrayés par la lèpre, jetaient les malades dans la mer à quelques mètres de l'île. Ceux-ci, déjà bien affaiblis, perdaient alors leurs derniers biens et mourraient avant d'atteindre les cotes. Pour les survivants, leur futur n'était pas plus enviable. Dépourvus de soins, ils mourraient affamés et affaiblis.

La lèpre est une sorte de virus assez semblable au Sida ou au staphylocoque doré (si je ne m'abuse), il affaiblit le corps et le moindre virus ou coup de froid devient alors fatal. De plus il ronge la peau ou les nerfs au fil du temps.

Revenons-en à Rachel. Son oncle Pono disparaît du paysage. A cette époque, la lèpre est honteuse et les familles sont calomniées lorsqu'un membre de la famille tombe malade. Personne ne sait comment elle se transmet, d'où la peur d'une population déjà en proie à une période d'instabilité politique avec des Etats-Unis qui tentent de s'imposer. Une période trouble donc.

Un jour, la mère de Rachel découvre une tache sur sa fille. Dorothy comprend bien vite qu'elle est en danger. Elle va tout faire pour la soigner et tenter de la préserver du regard des autres. Un combat de mère contre le reste du monde. Seulement tout ne se passe jamais comme on le veut. A cause d'une bêtise, elle est découverte. Rachel sera donc envoyée à Kalaupapa, comme son oncle...

Fin de mon résumé et début de votre lecture pour vous! Ce livre, encore une fois, m'a emmené dans un ailleurs historique et riche en rebondissements. La force des grands récits, c'est de nous instruire tout en nous happant dans un monde réel et passionnant. Et j'ai retrouvé tout ce que j'aime. Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j'adore particulièrement la non-fiction. Mais là, c'est du tout bon.

Rachel est passionnante à suivre et on prend plaisir à la voir grandir. On comprend le désarroi de cette enfant qui perd tous ses repères et qui ne comprend pas le silence de sa mère. On apprécie aussi la force de caractère de son père qui fait tout pour elle, la fidélité de Pono. Rachel se reconstruit dans un univers pas forcément accueillant mais sa vitalité et sa joie de vivre lui permettent de passer les difficultés.

Alan Brennert nous offre aussi un bel aperçu de cette part d'histoire méconnue. Comme le père Damien, qui se rendra sur l'île pour aider les âmes à s'apaiser. Ainsi, les religieux profitaient de la faiblesse de certains pour développer leur religion, imposant leurs règles de vie. Ils reniaient les croyances des Hawaïens et leur faisaient mener une vie stricte, dépourvue de rires et de joie. Alors que les malades arrivaient avec encore beaucoup d'énergie pour vivre de longues années, avec les religieux ils étaient considérés comme des gens déjà morts qui ne venaient que pour mourir. Ils devaient reconstruire leur village et leur quotidien. Mais il est aussi important de souligner que ces religieux étaient aussi les premiers à aller vers eux, alors que tout le monde leur tournait le dos.

Si Rachel est pétillante et que ses facéties nous font rire, la lecture est intense car on ne peut s'empêcher de se rappeler que l'univers est sombre, que la lèpre est une maladie qui se vit au quotidien, que des morts surviennent. Alan Brennert nous le rappelle par des détails historiques et nous donne toutes les clés pour comprendre la situation complexe de cette île coupée du monde à cette époque.

Une belle immersion historique et un regard vif et renouvelé sur une maladie dont on entend parler que dans les livres d'histoire. Si vous aimez les livres historiques et les personnages pleins d'entrain, ne passez pas à coté de ce livre magnifique. Une fois ouvert, je n'ai pas pu le lâcher une seconde. Et la fin m'a serré le coeur. A découvrir! A découvrir!





Découvrez également mes avis sur d'autres titres du même genre aux éditions Charleston

  

1 commentaire:

  1. j'ai beaucoup aimé!
    L'île des oubliés de Victoria Hislop est dans le même genre, et très bon également si tu ne connais pas :)

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