vendredi 20 juin 2014

Rien n'est trop beau de Rona Jaffe (août 2012)

► Rona Jaffe / Le livre de poche / 672 pages

☼ Résumé : 

Lorsqu'il fut publié en 1958, Rien n'est trop beau provoqua l'engouement de millions de lectrices américaines. Elles s'identifièrent à ces jeunes secrétaires venues d'horizons différents, employées dans une grande maison d'édition new-yorkaise, dont les rêves et les doutes reflétaient ceux de toute une génération de femmes.

Si la ville semble leur offrir d'infinies possibilités professionnelles et amoureuses, chacune, l'ambitieuse, la naïve, la rêveuse doit se battre avec ses armes pour se faire une place dans un monde d'hommes.


☼ Mon avis :

Intéressée par le statut de la femme, je me suis tournée vers cette lecture car ses promesses sont plus qu'alléchantes : décrire le quotidien d'une femme des années 50. Rona Jaffe a ainsi rencontré plusieurs personnes pour rédiger cette fiction s'appuyant sur de nombreux témoignages et qui tente de dessiner leur quotidien lors de l'après-guerre.

Tout au long du récit, on va suivre quatre jeune femmes, qui débarquent seules à New-York pour diverses raisons. Caroline Blender, qui va commencer comme secrétaire dans une maison d'édition. Abandonnée par son grand amour, elle veut mettre toute son énergie dans sa carrière. Barbara Lemont qui travaille pour "Femmes d'Amérique". Elle subvient seule aux besoins de sa fille et de sa mère. April Morrison, rêveuse beauté qui veut s'installer et briller. Et Gregg Adams, artiste passionnée qui veut faire carrière et, en attendant, travaille comme secrétaire.

J'ai apprécié de suivre Caroline, dont j'ai beaucoup aimé la personnalité de battante et qui me fait penser à ma cousine (même le prénom est le même). Barbara Lemont également est un personnage qui m'a plu. Les deux autres aussi sont bien construites, et possèdent des fondations solides, les impliquant avec justesse dans le roman.

L'emploi va être au coeur de leur vie et de ce roman, puisque c'est à partir de leur entreprise qu'elles vont se croiser, se rencontrer, évoluer, modifier les habitudes de leur vie.

Pendant les années 50, les femmes ont acquis une certaine indépendance. Droit de vote, autonomie vis à vis de leur mari, possibilité de travailler. Mais une femme célibataire ne voit sa vie se consacrer que sur une seule chose : le mariage. Il semble que l'homme soit l'épicentre de leur vie. Evidemment, l'amour est au cœur de chaque destinée, mais ici se trouve la situation maritale. De plus, une femme ne peut pas encore profiter librement de ses pulsions sexuelles, et, situation plus ambiguë encore, le coucher pour réussir semble plus que jamais être au coeur des intérêts des patrons qui voient leurs entreprises se remplir de jeunes filles ambitieuses.

Ce livre est donc conforme à tout cela, à cette situation difficile, à la construction de la femme comme individu autonome et non pas complément d'un foyer. Rona Jaffe a fait preuve d'une certaine rigueur car il transparaît un certain réalisme. Ce texte me fait d'ailleurs penser à Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka par certains côtés.

C'est donc un récit documenté mais aussi une sorte de chick-lit puisque les femmes vont sans cesse se trouver confronter aux hommes. Et comme elles n'ont pas internet, elles n'ont pas d'éducation sentimentale, elles découvrent cette nouvelle liberté, elles se révèlent très naïves et fragiles. On dirait niaises à notre époque, mais il faut se remettre à leur niveau. Elles ont été bercées de récits romantiques et formatées pour être maman et épouse, sans qu'on leur montre une fenêtre en tendant un doigt et qu'on leur dise : "tu vois cette montagne? Tu peux être en haut!".

Cette naïveté et fraîcheur, si elles sont attendrissantes au début, deviennent rapidement pesantes. Peut-être est-ce car j'ai passé ma période chick-lit (je ne supporte plus ces romans qui montrent des femmes pseudo libres qui vont de toute façon finir sous l'aile protectrice d'un riche homme), j'ai vraiment peiné à finir ce roman de plus de 600 pages. Les réactions sont ingénues, et on a envie de les secouer. 

Seulement quand on se met à leur place, on est bloquée comme elles. Elles ont tout quitté pour tenter leur chance, sont dans une des capitales les plus énergiques du monde à cette époque, que peuvent-elles espérer de plus? Pas grand chose, hélas. Leur vie semble bloquée à tous les niveaux, quand bien même elles prendraient tous les risques. Car il faut laisser le temps au temps, que la femme s'impose et que les technologies évoluent comme les mentalités.

Se reposant trop sur les données qu'elle a recueilli, Rona Jaffe nous a reconstitué un univers conforme et parfaitement cohérent, mais sans malice et sans piment. On assiste au déroulement de leur vie, qui nous semble d'une banalité extrême et ennuyante puisque nos vies sont, à côté, tellement plus stimulées. Ces femmes se confrontent pourtant au lutte de pouvoir, au classicisme du parcours d'une femme de cette époque (mariage, enfant...), à l'avortement, à la drague, au dépucelage. Le style est pourtant correct. Mais cette lecture fatigue par sa longueur.

Dans ce roman, tout est décrit avec grande précision. Vous suivez pas à pas le quotidien de ces femmes des années 50. Avec rigueur, Rona Jaffe nous rapporte tous les bouleversements qui transforment leur vie. On a ainsi une vision précise et globale de leur vie, afin de mieux comprendre les enjeux et les difficultés qu'elles rencontrent, comme les préjugés. Un choix d'écriture qui ne plait pas forcément à tout le monde car cela induit, à mon sens, quelques longueurs.

Peut-être que, pour moi, ce qui a péché dans ce récit est l'histoire en elle-même. Sous forme de roman, être dactylo n'a jamais été un boulot passionnant, être secrétaire non plus. Si humainement et dans la vie courante, c'est enrichissant, dans un roman on y décrit seulement les phases où elles tapent à la machine et font leur boulot. Si on retire les personnalités ambitieuses ou au parcours de vie chaotique, on nous présente souvent des femmes qui ont choisi ce poste pour aider un foyer au niveau financier et avoir le temps de se consacrer à sa famille. Et qui vivent donc dans une bulle. Un quotidien qui ne fait pas forcément rêver tout le monde, et dont je fais partie. - Je tiens à souligner que je parle bien ici de fiction et de roman -

Bilan mi figue mi raisin. Un bon livre proposant une approche sociologique intéressante et dont on sent les solides fondations. Une immersion très précise et détaillée dans la vie d'une femme des années cinquante. Mais un récit qui a mal vieilli car nos vies ne sont plus conformes à celles-ci. Comme un parfum désuet de vieille rose qui se libérerait à l'ouverture d'un vieux placard. Un livre qui n'est pas pénible, mais qui peut lasser. J'ai d'ailleurs mis un peu plus d'un mois à le lire, en le mettant en pause très régulièrement.

Si je devais le comparer, ce serait à un Sex and the city des années 50. Si vous aimez ce type de littérature, foncez, vous allez adorer! 

5 commentaires:

  1. J'avais bien aimé pour ma part, j'avais trouvé cette chronique de moeurs d'une autre époque bien faite :)

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    1. J'ai aussi noté la qualité du récit, mais c'est la platitude qui m'a un peu lassée :)

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  2. Aaaah, enfin quelqu'un qui comme moi a eu du mal à le terminer ce roman ! J'avoue m'être un peu ennuyée et avoir eu du mal avec la naïveté répétitive des demoiselles !

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  3. J'avais bien aimé :-) Je trouve que c'est une bonne description des années 50.

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  4. j'ai bien aimé cette découverte

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