mercredi 10 septembre 2014

Paradis (avant liquidation) de Julien Blanc-Gras (mai 2014)

Julien Blanc-Gras / Le livre de poche / 192 pages

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☼ Résumé :

II y a des pays en voie de développement et des espèces en voie de disparition. La république des Kiribati est un pays en voie de disparition. Perdu au milieu de l'océan Pacifique, ce petit paradis semble promis à l'engloutissement par le réchauffement climatique. J'ai organisé ma vie autour d'une ambition saugrenue, le quadrillage méthodique de la planète. Moteur : toujours voir un pays en plus. Ce qui se profile ici, c'est un pays en moins. Je dois m'y rendre avant qu'il ne soit rayé de la carte. J.B.-G.

☼ Mon avis :

Dans le cadre du camion qui livre, j'ai pu recevoir un livre estival pour vous le chroniquer. Mon choix s'est porté sur le dernier livre de Julien Blanc-Gras, sorti en poche, Paradis (avant liquidation). Je connaissais cet auteur de réputation puisque son livre Touriste avait fait pas mal de bruit.

Pour ce roman, l'auteur, journaliste et écrivain, s'est rendu aux îles Kiribatis, suite à la lecture d'une dépêche AFP annonçant la disparition prochaine de cette île et la volonté du souverain de déplacer sa population sur un autre territoire.

L'écologie m'intéressant, la géopolitique aussi, et sachant que Julien Blanc-Gras sait manier l'écriture avec pas mal d'acidité et d'humour, ce choix était donc tout indiqué.

Julien Blanc-Gras, 36 ans, débarque donc, pendant l'automne 2011, sur cette île. Il y découvre une population pauvre, un pays sale et pas mal en retard et aussi une montée des eaux inéluctable.

Julien (je fais sauter le nom, si vous êtes de passage, ne m'en tenez pas rigueur) va à la rencontre des autochtones et est surpris de voir à quel point ce pays est déconnecté. Peu d'internet, de télé, de radio. Autant dire que Merci pour ce moment a peu de chance d'être placé dans le top des ventes, car ils n'ont même pas de produits de façon régulière (les denrées sont importées, même celles produites sur l'île...). Par contre, par on ne sait quel mystère, René la Taupe est quand même connu (les pauvres, vivre loin de tout ne permet pas de bénéficier du meilleur).

En quelques lignes, et car vous devez lire ce livre instructif et rédigé de façon bien sympathique, ce pays coule par sa faute et par la faute du monde. Certes, peut-être que s'ils étaient plus informés et aidés, ils pourraient développer des moyens pour se protéger et repousser l'échéance, mais alors ils auraient eux-même entretenus leur propre tragédie en participant à la construction de leur funeste destinée.

Julien ne se contente pas de faire le touriste et de parler au quidam, chacune de ses anecdotes apporte un éclairage, met en lumière une facette de la problématique ou nous rapproche du quotidien des I-Kiribati. Et c'est cela qui est génial, il nous emmène avec lui dans son sac de voyage, il nous rapporte l'essentiel et le futile, mais ce qui permet de dessiner le paysage.


Au départ, j'ai eu du mal avec son humour et sa façon d'écrire, on visualise trop bien sa personnalité et je redoutais de lire le récit d'un occidental prétentieux qui va faire oeuvre de charité. Mais la façon qu'il a de mettre en évidence les contradictions de ce pays ainsi que les siennes permettent de passer au delà et de prendre un réel plaisir à la lecture.

Julien n'est pas complexé. Il se qualifie lui-même comme un géonévropathe. Il veut visiter un maximum de pays, qu'importe que ce soit de façon courte. Certains pourraient trouver cela risible, puisque cela ne permet pas l'immersion, mais c'est un choix qu'il assume (et qui me donne envie de lire Touriste). De même, il est conscient de sa propre empreinte écologique.

Julien sait aussi que son roman ne bouleversera pas le monde, ne changera pas la destinée de ce peuple. Peut-être pas, certes, mais même nous, qui mangeons bio et voyons à petite petite échelle, cela permet de nous rappeler que nous ne vivons pas forcément plus heureux puisqu'on est sans cesse en train d'être stimulés par des activités de loisirs, accro à nos téléphones et à nos séries. Sommes nous capables de sortir sans consommer? De même, si sur les îles Kiribati, ils marchent sans chaussures et vivent sans argent, l'homme mange (presque) à sa faim. Mais dans nos pays, des gens meurent de faim et de froid. 

Un petit livre sympathique, instructif, avec un franc parler et un humour quelques fois un peu acide, mais pas désagréable. J'ai ri à la lecture de nombreux passages et je l'ai déjà recommandé. Si vous n'avez pas beaucoup de temps, car pris dans vos activités professionnelles, vous pouvez tenter le coup : le bouquin est composé de petits chapitres permettant de rythmer la lecture en fonction de notre temps.

Et puis, cela vaut le coup de se pencher sur cette contrée inconnue, qui va bientôt disparaître des cartes. Pour se rappeler qu'on n'est pas seuls sur terre. Qu'on est responsable de sa vie et qu'on influence celle des autres.

Merci au Livre de poche pour l'envoi de ce livre.






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1 commentaire:

  1. Je ne connais pas du tout cet auteur. Étant une passionnée de voyage et intéressée par la géopolitique, je pense qu'il m'intéressera!

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