jeudi 16 octobre 2014

La porteuse de mots d'Anne Pouget (septembre 2014) : un bon roman historique sur l'imprimerie

Mon avis

"A l'eau! A l'eau!" lance Pernelle en s'avançant parmi les badauds de Paris. On est à l'aube du XVIe siècle, Paris est peuplé de paysans et d'artisans. Les mères de famille balancent le contenu de leur pot de nuit par les fenêtre, prévenant les gens avant d'agir ou voulant juste faire taire quelque indigent. Pernelle, la demoiselle, y échappe toujours. La rue est sa vie, son quotidien, son moyen de subsistance.

Pernelle vit avec ses parents et son frère. Elle a une habitude : demander une lettre à chacun de ses clients. Petit à petit, elle apprend l'alphabet. Un jour, elle croise Enzo. Le jeune italien accepte de lui apprendre à lire. Là voilà lancée dans une grande aventure. Celle des mots et du possible.

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Ce roman est une plongée dans le vieux Paris et le monde de l'imprimerie. En suivant la petite Pernelle, j'ai découvert des habitudes de vie qui m'étaient totalement inconnues. Je connaissais de nom les grenouilles (job du père) et les déchireurs de nerfs (job du frère) mais il me manquait la fonction concrète de ces métiers. 

Par le biais de Pernelle, Anne Pouget remonte aux sources de l'édition et des premiers ouvrages : comme l'origine de l'italique (c'est tellement simple à deviner) ou la création des formats poche. Elle intègre au récit des personnalités, comme Erasme (dont l'UE s'est inspirée pour nommer les échanges universitaires entre les pays membres), Barthélémy de Chassanée (avocat bien réel et spécialiste des procès d'animaux) ou encore Aldo Manuzio.

Ce roman historique s'adresse autant à la jeunesse qu'aux adultes. Les informations ayant trait à l'époque ne sont pas indigestes ni superficielles. Ils contentent le lecteur venu chercher une bonne histoire et découvrir l'époque avec rigueur et pédagogie. Le récit est donc une bonne mise en bouche pour la personne qui s'intéresserait au XVIe siècle et ne saurait comment débuter sa quête de savoir. Et par conséquent, un bon roman pour un autre qui chercherait juste à se distraire dans un cadre réaliste.

J'ai apprécié l'évolution des personnages, qui se fait de façon imperceptible. C'est en refermant le livre qu'on s'aperçoit du chemin parcouru. Fillette de treize ans assez innocente, elle devient une jeune demoiselle persévérante et charmante en fin de roman.

L'auteur a également eu la bonne idée d'ajouter un petit dossier pour compléter les informations délivrées dans le roman et nous en apprendre davantage sur les éléments historiques précédemment cités dans cette chronique.

Alors certes, l'écriture est classique. Je la qualifierai presque d'académique car Anne Pouget arrive à se mettre en retrait et à nous laisser nous concentrer sur le récit. J'ajouterai qu'il est également efficace. Je n'ai pas senti de lourdeur ni de lenteur. Tout le roman se lit avec le même intérêt, sans qu'aucun passage obscur ou pénible ne trouble l'aventure.

Un roman que je recommande. Il saura plaire aux enfants et adolescents curieux, et susciter le désir de se plonger dans les cours d'histoire. Il s'adresse également aux adultes en manque de distraction agréable et pas gnangnan (comprenez pas de cupcake, de princesses et de prince) . Point de chichi chez Pernelle. 

[Casterman / 197 pages / 12 euros]

Autre avis chez La croisée des chemins (garanti sans spoilers)

PS : ma chronique fait l'impasse volontairement sur certains éléments. Je vous recommande de vous aventurer dans ce récit sans lire d'autres avis plus complets que le mien, au risque de vous ôter tout le goût de la surprise. Vous reviendrez m'en dire des nouvelles. 

Résumé

«A l'eau ! A l'eau ! Qui veut de ma bonne eau ?» Du matin au soir, Pernelle arpente les rues de Paris. Sur ses épaules, deux lourds seaux remplis de l'eau qu'elle propose aux passants. Dans sa poche, un papier froissé couvert de mots qu'elle s'acharne à déchiffrer. Car la petite porteuse d'eau caresse un rêve secret : apprendre à lire. Ce n'est qu'un espoir inaccessible... jusqu'au jour où elle fait la connaissance d'Enzo, un jeune étudiant italien prêt à lui donner des leçons. C'est la première étape d'une succession d'événements incroyables qui mèneront Pernelle bien au-delà de ses rêves.


Merci aux éditions Casterman pour cet envoi.

3 commentaires:

  1. J'ai tiqué une ou deux fois sur le langage châtié de la demoiselle que je trouvais un poil trop soutenu pour son âge et sa condition sociale, mais je pense que je deviens très pointilleuse à force de lire ce genre de romans. Je reconnais que le texte dans son ensemble est très bon et se classe sans souci dans les ouvrages jeunesse de qualité, je ne me suis pas non plus ennuyée dessus du tout et j'ai même appris pas mal de choses. L'auteur est très douée pour nous immerger dans une époque, une atmosphère.

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    1. Peut-être a-t-elle été influencée par la Cour de justice? J'ai également appris beaucoup de choses, notamment sur l'imprimerie et Venise (je m'y suis rendue cette année *nostalgie*) Merci pour ton commentaire.

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  2. J'ai adoré! J'aime ce que fait cet auteur alors je ne sais pas si je suis objective mais j'ai trouvé ce texte formidable!

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