jeudi 6 novembre 2014

Rhinocéros d'Eugène Ionesco (mai 1972)


 Mon avis

En terrasse, Jean et Béranger voient débarquer un rhinocéros en ville. Tout le monde s'effraie et n'ose y croire. Comment un tel animal peut-il oser se montrer? Les faits sont rapidement déformés. A-t-on vu un rhinocéros? Est-ce vrai ou une psychose collective? Peu à peu, autour de Beranger, les incidents se multiplient. Alors que l'apparition de l'animal n'est pas cru de la plupart de son entourage, les métamorphoses se multiplient. Au point que Jean, son proche et intelligent ami, le devient aussi.



Ondine m'avait parlé brièvement de ce livre il y a quelques années. J'ai toujours voulu le lire et en ai profité puisque l'ayant acquis d'occasion. Cette pièce de théâtre est courte et efficace, et doit vraiment se révéler lorsqu'elle est montée sur scène. Même lue, elle sait provoquer le lecteur et l'entraîner dans sa spirale de réflexions.

Dans cette histoire, Ionesco fait allusion au totalitarisme. Tout d'abord les incidents (symbolisés par les apparitions de quelques rhinocéros) choquent la population. Stupeur et tremblement, comment cela est-ce possible? A tel point que tout le monde doute, que les gens affabulent, inventent et crient au grand méchant loup. Alors que la médiatisation croît, le phénomène rhinocéros touche et contamine des gens. Il commence par embarquer les gens que Jean côtoie peu. Mais l'entourage proche se laisse séduire à tel point que le phénomène se propage et que tout le monde plonge joyeusement dans la mêlée. La principale réflexion devenant : si les autres le font, c'est que cela ne doit pas être si mal, et au pire j'en ressortirai.

Alors, évidemment, je vous résume grossièrement l'idée. La démarche de Ionesco est plus fine et constructive que je vous présente et, surtout, l'idée est bien menée.

Je vous invite vraiment à découvrir cet ouvrage. Il complète assez bien la série des ouvrages fantastiques dédiés au totalitarisme, que ce soit 1984, Le meilleur des mondes et La ferme des animaux (et d'autres ouvrages que j'oublie de citer). Ce document a d'ailleurs été rédigé en 1959, soit 15 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une oeuvre qui peut faire office de bouclier contre certaines pensées qui se propagent et la tendance massive à y adhérer en considérant qu'elles ne sont pas dangereuses car populaires.

Résumé

"Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat." Tout langage stéréotypé devient aberrant. C'est ce que Ionesco démontre dans Rhinocéros, pièce qui a tout d'abord vu le jour sous la forme d'une nouvelle. Partisan d'un théâtre total, il porte l'absurde à son paroxysme en l'incarnant matériellement.

Allégorie des idéologies de masse, le rhinocéros, cruel et dévastateur, ne se déplace qu'en groupe et gagne du terrain à une vitesse vertigineuse. Seul et sans trop savoir pourquoi, Bérenger résiste à la mutation. Il résiste pour notre plus grande délectation, car sa lutte désespérée donne lieu à des caricatures savoureuses, à des variations de tons et de genres audacieuses et anticonformistes. La sclérose intellectuelle, l'incommunicabilité et la perversion du langage engendrent des situations tellement tragiques qu'elles en deviennent comiques, tellement grotesques qu'elles ne peuvent être que dramatiques.

On a dit du théâtre de Ionesco qu'il était engagé ; il l'est, en faveur de l'individu, menacé de marginalisation quand, malgré ses faiblesses, il parvient à résister aux tentations avilissantes qu'il a lui-même fait naître. --Sana Tang-Léopold Wauters -




2 commentaires:

  1. Je n'ai jamais lu Ionesco mais j'ai prévu de lire prochainement, dans le cadre d'un challenge Babelio, La leçon et La cantatrice chauve. Ton article me conforte dans ce choix et m'invite à lire d'avantages de livres de cet auteur. Merci :)

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  2. Je ne suis pas ûre qu'il me plairait. J'avais dejà lu des passages au lycée et je n'avais pas vraiment accroché...

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