jeudi 19 février 2015

La nuit des temps de René Barjavel (janvier 1988)





L'avis de Gaby

Tout d'abord, je remercie ma cousine qui me l'a si gentiment offert tout en me le recommandant avec cette même générosité. La nuit des temps de Barjavel lui a laissé un souvenir impérissable et je me devais de lire ce livre qu'elle a tant aimé. Cette lecture a aussi été motivée par les retours extrêmement positifs de certaines blogueuses concernant cet auteur. Pour beaucoup, cet homme est un auteur incontournable comme le livre.

Cette chronique ne va malheureusement pas leur donner raison. Et pour cause : j'ai moyennement voire très peu apprécié cette lecture. Pourtant, rien ne prédisait une telle déception au point de me faire survoler les cent dernières pages. Il y a quelques mois, j'ai commencé Les dames à la licorne et j'avais plutôt bien aimé. D'où ma surprise en découvrant La nuit des temps....

On suit une bande de scientifiques en Antarctique qui découvrent une structure curieuse enfouie dans la Terre. A l'intérieur se trouvent "Adam"et "Eve", rescapée d'une guerre nucléaire il y a plus de 900 000 ans.

Voilà en gros le speech, histoire de ne pas trop gâcher la surprise. Je m'y suis aventuré sans même savoir ce qu'il en était et le début fut très plaisant. En effet, Barjavel a une plume peu commune. Elle n'est pas chantante ni lyrique, ni trop pédante. Plutôt actuelle avec du rythme. On est rapidement plongé dans l'univers passionnant des scientifiques. Franchement, j'étais charmée.

Mais alors la suite.... je me suis retrouvée dans un récit de science-fiction super kitsch avec des scènes de romances super niaises. Les passages sur le sexe sont papillons, régions vallonnées et septième ciel avec du rose guimauve et de la poésie fade et pompeuse. Quant à l'histoire d'Elea et de Païkan, même si j'ai apprécié le retournement de situation, elle est très grossière. Ajouté à cela le béguin de Simon, et on a un récit avec des fils très gros. 

Ma déception a été initiée par l'idée que je me faisais du livre. J'imaginais un récit qui prenait racine pendant la préhistoire avec des données scientifiques et un style classique. En réalité, on est face à un roman très en phase avec son époque. Il symbolise très bien les années 60 avec les interrogations de l'époque comme l'environnement, les pays développés et en voie de développement, la guerre froide et la confrontation des puissances, les luttes estudiantines et de classe, les histoires de races (désolée, mais c'est dans le récit) et de religion, et évidemment la femme.

J'imagine bien Barjavel en train de taper à la machine, de regarder les journaux et de suivre les années De Gaulle, vêtu d'une chemise colorée avec une pipe au bec. Tout dans ce roman est témoignage de cette époque, même sa loufoquerie et son style. Il aurait encore plus forcé le trait et grossi l'histoire, on aurait basculé dans l'univers psychédélique... 

Je vous passe le passage mièvre sur les femmes (forcément les plus importantes sont  les plus belles, nues si possible). Il faut dire que l'auteur vivait aux moments où le statut de la femme en France évoluait avec la plus vive énergie. Maintenant on mettrait plus facilement un fouet entre les mains d'une porteuse d'un vagin plutôt qu'un papillon sur son épaule. 

Et je ne m'arrêterai pas non plus sur l'image qu'il semble avoir des masses. Il mentionne dès fois M. X ou la famille Z. regardant la télé, afin de questionner la position des médias. Le trait est parfois si poussé qu'on frôle le cliché du bovin.

Vous l'aurez compris, je suis passée totalement à côté de l'oeuvre. Barjavel nous promet une critique sociale intéressante mais il fait tellement flèche de tout bois qu'il m'a perdue dans ses idées. Ce roman est excessif, exagéré, multicolore, non-conventionnel, kitsch, extrême, niais, engagé. Je ne le qualifierai pas de nul. Soit il a mal vieilli, soit il est trop marqué par son époque pour me plaire. Je vous recommande de tester pour voir. La personnalité et le style de cet auteur semblent diviser les foules : on aime ou pas.

[380 pages / Pocket ]

9 commentaires:

  1. Comme tu dis.. tu es passé à côté. . Mais il est difficile de se remettre dans le contexte d'une époque. .c'est sûr que par rapport aix livres actuels. ..c'est niais^^ je l'ai lu il y a des années et ai adoré mais je pense que comme pour ta cousine on ne devait pas avoir lu tous les livres qu'on a lu depuis. Pas sûre que mon amour pour se livre reste intact en cas de re lecture actuellement^^

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  2. Dans mes bras, Gaby ! :) Je l'ai lu en 2010 et j'ai pensé exactement pareil que toi ! Ce fut d'ailleurs l'un de mes plus beaux flops de cette année-là. C'est daté à mort, vieillot, l'histoire d'amour entre Elea et Païkan est bête et surtout il me semble qu'on parle aussi d'amour entre Simon et Elea dans le résumé alors que pour moi c'était juste un film que le mec se faisait. Et puis l'image de la femme, oh mon dieu ! Après j'ai lu Ravage qui était un peu mieux mais dans lequel la femme est toujours bonne à pondre ou à être une cocotte.

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  3. De mon côté, j'ai beaucoup aimé ce roman, lu il y a tout juste 5 ans (mon avis serait peut-être différent, si je le découvrais aujourd'hui). Autant je n'ai vraiment pas accroché à l'histoire Paikan / Elea et l'image donnée de la femme, autant j'ai absolument adoré cette chronique des années 1960s et toutes les interrogations qu'elle soulève : la guerre froide, les débuts de la bioéthique... C'est quelque chose qui m'avait vraiment interpellée parce que cela correspondait à des questions et des réflexions que je pouvais avoir à l'époque. Je ne suis pas sûre que je réagirai de la même façon aujourd'hui, avec le recul et quelques années de maturité en plus.

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  4. Pas encore lu celui-ci mais il faudrait que je le découvre. On m'a dit que c'était celui qu'il fallait lire. Aujourd'hui, je n'ai découvert que "L'enchanteur" et j'ai moyennement été convaincue (euphémisme pour dire que je n'en garde pas un très grand souvenir).

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  5. Très contente de lire ton avis sur ce roman, que j'ai pour ma part trouvé extrêmement mauvais. Je l'ai lu il y a une quinzaine d'années (je devais avoir environ dix-huit ans), et je n'ai jamais compris l'engouement qu'il suscitait, tant il m'a semblé mièvre, niais et daté, dans le fond comme dans la forme. Les personnages sont creux et insipides, les ficelles énormes, et les questions de sociétés soulevées par l'intrigue sont amenées de façon bien trop bébête et superficielle pour être intéressantes. Non, vraiment, je ne vois pas ce que tant de gens lui trouvent !

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  6. À lire cette chronique et vos commentaires, je me sens moins seul. J'ai moi-même été très déçu par ce truc Et je ne comprends vraiment pas comment on peut le trouver génial.

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  7. Je l'ai lu au lycée et pour être honnête je ne me souviens plus très bien à quel point j'avais aimé ou non. J'avais lu plusieurs Barjavel à la suite, dont Ravage aussi, et je ne me souviens pas de tous les détails - sauf que je n'avais pas détesté dans l'ensemble et pourquoi il est considéré comme un "classique"/à lire, entre autres à cause de son style particulier.

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  8. Comme tu le sais, je suis une immense fan de Barjavel. Je l'ai découvert avec La Nuit des temps, quand j'avais adoré à 15/16 ans et que j'ai relu depuis plusieurs fois, peut-être pas avec la même passion mais toujours avec intérêt.
    Je comprends toutes les critiques et arguments que tu apportes (et qui sont soulevés en commentaire) mais pour moi Barjavel, c'est viscéral. ça touche à l'émotif et ça me parle énormément. Mais je comprends tout à fait que si on n'est pas touché, forcément, ça passe pas.
    Beaucoup de ses autres romans sont à classer en SF, d'autres sont plus proches de l'essai, il y en a qui se rapprochent du merveilleux médiéval (L'Enchanteur, Les Dames à la licorne) mais si tu as eu du mal avec ses idées, je pense qu'aucun, dans aucun thème, ne te plaira.
    Comme tu le dis, Barja on aime ou pas et si c'est pas, vaut mieux pas se forcer et se tourner vers un autre auteur. ^^

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  9. Je l'ai lu à 15 ans au début des années 80, et je l'avais adoré, mais aujourd'hui je n'ose pas le relire ! Sa vision traditionnelle des femmes vient de loin puisque "Ravage" a été publié au début des années 40 et est idéologiquement parfaitement en phase avec le pétainisme, jusque dans des petits détails inutiles pour l'intrigue (par exemple le héros s'appelle François Deschamps et sa fiancée, qui est vierge, Blanche). Cela dit il sait construire et mener une intrigue très prenante ("Ravage" est assez impressionnant). En fait je trouve très intéressant de constater chez lui de façon flagrante que les fantasmes réactionnaires des auteurs s'expriment très facilement sous le couvert de la science-fiction. C'est ce que Norman Spinrad avait voulu démontrer (et faire enfin cesser si possible en provoquant une prise de conscience) en écrivant "Rêve de fer", roman très original mais qui met mal à l'aise le lecteur.

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