mardi 17 février 2015

Moi, Christiane F, la vie malgré tout (octobre 2013)





L'an passé, à la même époque, j'avais lu d'une traite l'histoire de Christiane F., cette jeune enfant tombée très tôt dans la drogue. Un témoignage choc et bouleversant qui m'avait émue, comme tant de gens. Cette année, en voyant qu'une autre blogueuse lisait ce récit, j'ai ressenti l'envie de replonger dans sa vie et de découvrir comme avait évolué l'adolescente. Dès, les premières pages, on rentre dans le feu de l'action.

Christiane F. se confie au lecteur et se met à nu comme dans le précédent roman. Elle nous parle de sa vie, de ses cures de méthadone, de ses amours, de ses difficultés. Elle a mis au monde un fils et elle veut montrer qu'elle est une mère à la hauteur, comme n'importe quelle maman. Et puis surtout, elle se sent piégée.

Depuis la publication du premier roman, rédigé avec l'appui des deux journalistes, la vie de Christiane n'a plus été la même. A vie, elle est dorénavant fichée comme la droguée du zoo. Soit elle est fuie, soit elle est considérée comme une people qui dérive et dont tout le monde veut une photo avant le naufrage, soit comme une droguée avec qui on partage les bons plans. L'anonymat de Christiane est mort et enterré, sa jolie frimousse n'a certainement pas aidé à plonger dans le silence : il faut dire que la drogue met du temps à marquer.

Quitter ce milieu a été difficile, ses parents n'ont pas apprécié d'être placardés comme des personnes violentes ou je-m'en-foutistes, et sa famille semble toujours douter de sa sincérité. Ce sont sûrement l'accumulation de tous ces éléments qui ont conditionné la jeune femme à replonger à de multiples reprises.

Comme pour le premier roman, sa vie est addictive. On découvre un milieu tellement sombre, tortueux et aussi glauque. La journaliste, qui apportera son éclairage en fin de roman, expliquera sa démarche et permettra d'avoir une vision extérieure de Christiane. Même si parfois on doute et on ne comprend pas. Par exemple, quand Christiane F. dit ne plus se droguer mais fait entrer de l'héroïne en prison. Puis quand elle affirme ressortir de prison "sobre" et finalement faire une crise de manque en plein avion. Par moments, le fil se perd, on ne sait plus trop qui croire. On a l'impression à de nombreuses reprises de partager sa vie tellement elle s'épanche sur ses difficultés d'être maman parce que tous les paparazzis et journalistes la poursuivent sans relâche pour la piéger et publier son moindre faux pas. Plus étrange encore, ses inquiétudes face à des individus qui la persécutent.

Christiane F. se dit persécutée et je ne remets pas son témoignage en cause. Des hommes "en costumes et avec des mallettes" vont et viennent, pénètrent dans son appartement en son absence et lui signifient qu'ils sont venus, les voisins deviennent soudainement méfiants et absents. La cinquantenaire pense que c'est la police ou la faute de sa mère. Et ce sont dans ces moments-là qu'on réalise qu'on n'a pas les mêmes repères qu'elle. Un agent de surveillance est plus probablement discret et ne se balade pas au quotidien en costume, au risque de se faire repérer. Selon moi, ce serait plus le milieu de la drogue qui souhaiterait la rendre folle puisqu'elle a fréquenté un enfant adoptif d'un parrain de la mafia.

Au final, c'est un récit désarmant, sinistre et prolixe en informations sur l'univers de la drogue. J'ai ainsi découvert le Hippie trail et le magic bus, des sortes de convoi de voyages pour personnes motivées à parcourir la route de la drogue. Et l'élément le plus glauque : Platzspitz à Zurich, un parc ouvert au coeur de la ville où des milliers de gens se piquaient dans les années 80. Ondine s'était rendue dans la ville il y a plusieurs décennies et m'a confirmée son existence : à l'époque on déconseillait de passer par là. 


Définitivement, ce livre me convainc que la drogue est un fléau et un danger. Je ne pointe pas du doigt les victimes qui peuvent sombrer pour différentes raisons mais cet univers me bouleverse. Alors que certains en sont réduits à travailler pour vivre, eux marchent à vivre pour se droguer. Christiane F. parle de visages qui touchent, de portraits qui font mal au coeur. Paradoxalement, alors qu'on sait qu'elle est au plus mal et que sa santé peut flancher à chaque instant, elle semble heureuse. Dans son récit, alors qu'elle nous raconte le pire, on arrive encore à y voir un côté "aventureux" et "sexy" parce que la vie l'a épargnée et; peut-être aussi, car elle n'est pas défaitiste et assume ses choix. Il faut dire aussi qu'elle ne connaît rien d'autre. Elle n'a pas grandit dans un univers normé comme le notre. Et surtout, elle a survécu alors que tant d'autres sont restés au bord du chemin.

Véritable plongée dans les enfers, ce livre vaut le détour pour toutes les informations et la qualité du témoignage. Je vous l'avoue quand même : côté romans sur les drogues, pour le moment j'ai eu ma dose...

[294 pages / Flammarion / 19,90 € / avec Sonja Vukovic]

3 commentaires:

  1. Il faudrait que je lise le premier témoignage. Il doit être dans ma PAL. Mais effectivement, pour avoir lu d'autres titres comme "L'herbe bleue", ce sont des lectures toujours bouleversantes.

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  2. Le premier livre (lu quand j'avais 16 ans il y a 35 ans) m'avait marquée à l'époque (comme le film). J'ai vu que cette suite était sortie et je me suis dit que ça m'intéresserait de savoir ce que Christiane F était devenue. Mais en réfléchissant, je n'ai plus trop envie de ce genre de lectures un peu glauques. En tout cas, tu en parles très bien, merci pour cette chronique détaillée.

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  3. Je ne savais pas qu'une suite avait été publiée. Je garde un souvenir un peu "trauma" de cette lecture faite à mon adolescence, et j'avoue ne pas avoir envie de me replonger dans cet univers aujourd'hui ! Mais tu as raison, la drogue est un véritable fléau ^^

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