vendredi 6 mars 2015

La ballade des misérables d'Anibal Malvar (novembre 2014)





L'avis d'Ondine

L'histoire se passe à Madrid, dans le quartier de Poblao, un secteur totalement abandonné par les autorités, un bidonville où s'entasse la communauté gitane. Personne ne se préoccupe des habitants de cet endroit. Un no mans'land où les gens survivent grâce à différents trafics et supportent leur quotidien misérable, dévastés par la drogue, l'alcool, le sexe, les vols et les maladies. Une vie de survie et de désespérance.

Seule la fourgonnette sanitaire de la Croix Rouge de la soeur Soledad s'y incruste pour y soigner les enfants, les malades et les junkies. Depuis des mois, des enfants gitans disparaissent sans que personne ne s'en inquiète. On ne retrouve aucun corps et aucune enquête n'a été diligentée par les autorités pour retrouver les petites victimes.

Mais voilà qu'Alma, la petite-fille de Perro, le patriarche de Poblao, disparaît à son tour. Perro est persuadé que Calcao, un simplet du bidonville, est coupable et il le tue. Malheureusement, Calcao était innocent et Perro est incarcéré pour meurtre. Avec ce crime, les autorités vont confier l'enquête de la disparition de la petite Alma à l'inspecteur O'Hara et à son équipier Ramos. L'inspecteur O'Hara est un policier intelligent, cynique, toxicomane, alcoolique et toujours limite dans ses procédures. Mais c'est un très bon enquêteur.

Il mène son enquête dans les bas-fonds madrilènes et auprès de familles aisées pour démêler cette affaire et comprendre pourquoi autant d'enfants gitans disparaissent sans qu'aucune enquête n'ait été
menée pour les retrouver et que nul ne s'en émeut. Il sera aidé dans ses recherches par sa petite amie Ximena, une jeune journaliste idéaliste.

Mais Perro ne fait pas confiance au gadjo et il demande à Tirao, un gitan solitaire, ancien junkie, voleur, de mener une enquête parallèle car il veut savoir ce qu'il est advenu de sa petite-fille. Il a confiance en Tirao. Ce dernier n'a-t-il pas vécu le même drame. Sa petite fille qu'il a eu avec Charita fait également partie des enfants disparus.

Ses deux enquêtes vont mener leurs protagonistes à être en danger en permanence. Quel a été le destin de ces nombreux enfants disparus ? La ballade des misérables est un roman noir, déstabilisant. Les personnages sont attachants de vérité et convaincants.

Anibal Malvar nous livre un récit brutal, dur, sombre, sans retenue, saupoudré d'ironie, de finesse, de douleur, d'amour, de désespoir et de survie. Un livre noir avec des personnages attachants et à la fois dérangeants, un univers sans concession, brutal.

Je ne connaissais pas l'auteur Anibal Malvar mais quelle découverte et quel choc. Sa façon de raconter peut surprendre, déranger voire choquer, mais très vite le lecteur est happé par son univers si particulier. On est littéralement projeté dans la réalité du bidonville et de ses habitants.

Un roman qui plonge le lecteur dans l'horreur, dans une réalité humaine terrifiante mais décrite avec une justesse désarmante. On ne peut sortir indemne d'un tel roman. Ce livre m'a bouleversée et bousculée. J'ai aimé tous les personnages détruits par la vie mais si attachants et si insolemment vrais.

Un grand coup de coeur pour ce livre dont les personnages vont rester longtemps en ma mémoire car je les ai aimé.

Ce livre, un cri d'un endroit oublié de Madrid, méconnu et qui réclame sa légitimité. Je le conseille à lire car voilà un roman brutal, si authentique avec une dureté et une sensibilité extrêmes. Un roman que je vais très certainement relire.

[346 pages / Asphalte / Tr. Hélène Serrano / 364 pages]


Merci à Babelio et aux éditions Asphalte pour cet envoi.

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