mardi 7 avril 2015

Dans la peau d'une djihadiste d'Anna Erelle (janvier 2015)





L'avis de Gaby

Pigiste pour des médias nationaux, Anna Erelle, la trentaine, s'intéresse à l'embrigadement des jeunes par les djihadistes. On est au printemps 2014, deux mois avant la prise de Mossoul, deuxième ville d'Irak, par l'Etat islamique et l'autoproclamation d'un califat par son leader Abou Bakr al-Baghdadi. Anna Erelle possède un compte Facebook avec la photo de Jasmine du dessin animé de Disney en profil et comme couverture un slogan de propagande. Elle avait suivi l'affaire Merah et est de retour à Paris.

Un jour, elle publie sur son mur la vidéo d'Abou Bilel. Quelques temps plus tard, elle reçoit une notification de la part de ce dernier. Il va insister pour lui parler sur Skype. Anna va prendre le costume d'une jeune de 18 ans, Mélanie. Naïve, elle s'est convertie seule dans sa chambre et rêve d'évasion. La journaliste va échanger avec Abou Bilel en tenant des propos simples et illustrés de smileys et de mots fréquemment utilisés par la jeunesse. En réalité, elle fusionne en elle différentes facettes de jeunes partis faire le djihad dont elle a rencontré plusieurs mois plus tôt les familles ou avec qui elle a échangé. Mélanie passera par les phases de réflexions qu'ont traversé les adolescents avant de se rendre en Syrie.

Anna Erelle fait preuve d'un grand courage, d'une belle maîtrise d'elle-même et d'un calme certain alors que jour après jour elle doit se transformer en Mélanie. Un rôle qu'elle doit tenir face à son ami photographe, tout en réussissant à réintégrer sa personnalité après l'échange. Un travail de comédien qui met les nerfs à vif et qui doit se garder de toute erreur. La journaliste nous fait aussi partager son travail de journaliste, et ses appréhensions en tant que femme et petite amie. On plonge dans son quotidien professionnel et privé et on la suit avec intensité jusqu'au bout. Il devient difficile de lâcher le roman. On y découvre aussi les problèmes juridiques que peuvent engendrer certains récits et les relations avec la hiérarchie.

Les propos tenus par Abou Bilel sont autant d'attaques contre le capitalisme que celui d'un homme qui demeure attaché aux marques. Il demande à Mélanie de lui ramener certains produits. Anna est aussi mal à l'aise lorsqu'elle semble surprendre les regards parfois gourmands de l'individu en face d'elle lorsqu'elle évoque son âge. Le discours est vantard, odieux et contradictoire. L'homme est ravi de lui-même et de ses actes.

Avec ce livre, on découvre les techniques de séduction et les promesses utilisées pour inciter les jeunes à sauter le pas. Ils sont mis en confiance, parfois bousculés et peu à peu convaincus face aux belles promesses. Les techniques développées sont simples mais rodées : changer fréquemment de puce, tromper son environnement, si possible amener d'autres amis avec.

Ce livre recoupe d'autres informations déjà connues dans d'autres romans, comme celui des Français jihadistes de David Thomson que j'ai lu récemment. Ce dernier sera d'ailleurs un précieux allié pour Anna Erelle lorsque Abou Bilel se fera passer pour mort, en la tenant informée.

Livre publié sous pseudonyme afin de protéger l'auteure, Dans la peau d'une djihadiste est un témoignage intéressant sur le djihadisme, ses réseaux et ses techniques. Il donne des indices sur ce phénomène et l'embrigadement des jeunes, et il laisse sans voix. Un livre que je recommande à tous ceux qui désirent comprendre le départ de ces jeunes.

[Robert Laffont / 262 pages / 18 euros]

2 commentaires:

  1. Ce livre a l'air vraiment intéressant !

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  2. Je l'ai lu et ma chronique est d'ailleurs sur le blog! Je partage ton avis et salue le courage d'Anna !

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