vendredi 26 juin 2015

Bilqiss de Saphia Azzeddine (mars 2015)





L'avis de Gaby


J'avais découvert en 2013 Saphia Azzeddine avec le superbe livre Confidences à Allah. Lorsque j'ai découvert par hasard ce nouveau titre, je n'ai pas réfléchi longtemps. Et je l'ai lu en une journée, preuve que je n'ai pas boudé mon plaisir.

Bilqiss est jugée pour avoir outrepasser ses droits de femme. Vous en comprendrez la raison plus tard, dans le récit. Elle sait qu'elle est insignifiante. Dès sa venue au monde, sa naissance n'a enthousiasmé personne. Une fille.... dans un monde où leurs droits sont réduits à peu de choses, évidemment que cette venue ne réjouit personne.

Bilqiss est dorénavat connue. Elle n'en demandait pas temps. Mais sa vie est devenue un spectacle. On trépigne d'impatience pour connaître le délibéré de son jugement. Et on se nourrit des échanges piquants entre elle et les différents intervenants, que ce soit les accusateurs de la partie adverse ou le juge.

Ne reniant pas sa foi et refusant de donner raison à ceux qui l'interpréterait à leur façon, Bilqiss répond et tient tête. Cela excite et exaspère les hommes. Le procès s'éternise.

Cet entêtement va quelque peu bouleverser le juge qui va remettre en question ses certitudes. Il va se sentir ébranlé.


"Vous priez encore Dieu ?
– Bien sûr. Pourquoi ne le ferais-je pas ?
– Eh bien, il me semble qu’Il vous a abandonnée ces derniers temps.
– Allah ne m’a jamais abandonnée, c’est nous qui L’avons semé."


C'est aussi l'immersion dans ce monde d'une journaliste américaine et blonde qui va couvrir le procès. Une autre voix dans cette histoire et le choc des cultures.

Roman piquant et passionnant, Saphia Azzeddine confronte les points de vue, les certitudes et les revendications. Comme dans le précédent roman que j'ai lu, la langue est maîtrisée et malicieuse, les réparties sont de haut vol.

Ses sujets de prédilection semblent être définitivement les femmes et la religion, deux domaines sur lesquels personne ne s'accorde. Et deux domaines qui me passionnent. Clairement, vous vous devez de vous y intéresser. C'est le genre de livre qui bouscule nos certitudes tout en nous faisant passer un excellent moment.



Le juge me demanda si j’avais quelque chose à répondre. Cette fois, oui, j’avais quelque chose à dire.
« Je suis bien d’accord avec vous, votre honneur, il faut tuer le mal à la source. Donc, si à mon tour j’accumule tous les interdits qu’une femme traîne avec elle à cause de ce que ça provoque dans le slip des hommes, alors oui, il faut tuer le mal à la source ! La source doit même être massacrée. Guillotinée. Décimée. Brisée. Broyée. Hachée. Tranchée. Exterminée. »
Les nigauds prirent quelques secondes avant d’identifier la source dont je parlais, puis d’un mouvement commun, probablement inconscient, ils croisèrent les uns après les autres leurs jambes pour mettre à l’abris leur très controversé pénis.


[216 pages / Stock / 18 € ]

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