lundi 21 septembre 2015

Syngué Sabour, pierre de patience d'Atiq Rahimi (mars 2010)



L'avis de Gaby

En Afghanistan, une femme veille son mari jour et nuit. Jour après jour, elle récite des prières et appelle son dieu pour soulager son époux. Sa vie se concentre sur lui, comme lorsqu'il était vivant. Sauf que maintenant, il est bien là et pourtant si loin, inconscient à son environnement. La femme, torturée, se soulagera peu à peu, trouvant en cet homme emmuré sa syngué sabour.

Ce livre ne m'est pas inconnu puisque je viens d'en faire une relecture. Et encore une fois, son histoire m'a subjuguée tellement elle est bien ficelée, prenante et poignante.

Tout au long du récit, on est coincée dans cette pièce où se trouve le corps. Avec ses rideaux aux oiseaux migrateurs qui gonflent lorsque le vent les enfle. Témoin invisible, on assiste à la détresse de cette femme qui se sent seule et démunie, sans soutien. On lui ordonne de prier un dieu, mais pour quelle raison doit-elle le faire? Mariée depuis dix ans, elle connaît finalement peu l'homme qui a donné sa vie pour une cause qu'elle ne comprend pas.

Syngué sabour parle du quotidien de cette femme, de sa souffrance de ne pas exister et de subir, de cette frontière entre la folie et le désespoir, de son enfermement dans un corps de femme qu'elle ne peut utiliser comme elle l'entend. Au départ craintive, elle s'épanchera afin de se libérer de ses tensions puis en viendra à prendre des initiatives, cherchant une issue à un quotidien qui semble sans fin.

Un beau récit sur la condition féminine en Afghanistan.

[137 pages / Gallimard / 6,40 €]

dimanche 20 septembre 2015

Challenge Vidage de PAL, un mois après




Je vous en parlais le mois dernier : j'ai créé un mini challenge pour diminuer ma PAL en douceur et sans frustration. Histoire de l'ouvrir aux autres, j'en ai même parlé sur Livraddict.

Et pour le moment, je dois bien reconnaître que cela marche plutôt bien puisqu'au total j'ai lu 4 livres de ma PAL !

Et je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin : ma PAL d'automne est déjà prévue et 5 autres livres sont sur la sellette. Avec un peu de chance, j'atteindrai les 150 livres dans ma PAL d'ici fin 2015. Comme quoi, rien n'est impossible !

-Jane Eyre (PAL)
-La déesse des petites victoires
-Le tigre blanc (PAL)
-La fabrique du monde
-Syngué sabour (PAL)
-Check-point
-Sur la route (PAL) En cours

samedi 19 septembre 2015

La fabrique du monde de Sophie Van der Linden (août 2014)



L'avis de Gaby


Mei est une jeune ouvrière de 17 ans qui travaille dans une fabrique de textile. Son quotidien dépend des commandes de son usine. Mécaniquement, elle produit les vêtements, imaginant une autre vie.

Sophie Van der Linden a signé un roman dont le nombre peu significatif de page ne témoigne en aucun cas d'une pauvreté dans l'intrigue. L'auteure nous plonge avec virtuose dans le quotidien de ses abeilles qui produisent pour les consommateurs d'ici et d'ailleurs, de ces petits papillons dont on brise les ailes pour satisfaire de plus grands.

Il ne tient qu'à vous de lire ce récit. Pour ma part, il m'a touché. Il parle d'un fait de société contemporain et de ses vies emprisonnées par le capitalisme et les actions de millions de gens. De ces âmes qu'on ignore et qui, pourtant, sont indispensables à notre quotidien. 

J'ai tout aimé dans ce livre. Sa thématique, son fil rouge, sa chute, les fondations des personnages, et encore plus la plume de Sophie Van der Linden. Elle répond tout à fait à mes attentes et c'est donc avec délice que j'ai tourné les pages de ce petit livre qui en a gros dans le ventre. Sensibilité, réalisme, précision... 

Une oeuvre magnifique et un coup de coeur pour moi. Cette auteure a du talent. Elle fait dorénavant partie de ces personnes dont il faut suivre les sorties.

Onze heures du soir, collation de nuit. On est tous comme des morts-vivants. Même pas le courage de parler de Lin. Et arrivent ces interminables heures nocturnes. Ce ne sont d'ailleurs plus des heures ni des minutes, c'est un temps arrêté, mou, de souffrance, dans lequel on s'englue. Dix fois, cent fois, écarquiller les yeux pour chasser le flou, battre des paupières et, sans être vue, arrêter un instant pour se frotter les yeux, les tempes, retrouver un semblant de lucidité. Les néons clignotent. Par moments, je crains de devenir aveugle avant le jour. Les machines continuent de vrombir avec régularité, mais c'est le seul bruit discernable, plus de cris des contremaîtres, plus d'ordres lancés à tue-tête, plus de haut-parleurs, il y a comme un silence, en dépit du bruit sourd des moteurs. J'ai atrocement mal à la nuque. Les points douloureux sont de plus en plus précis. Je change de position, sans cesse, tente de me redresser mais ne tiens pas. Je m'empêche constamment de tout faire valser, de fondre en larmes comme un enfant qui croit encore que pleurer de rage changera les choses, pourra les arrêter. Je souffle, je souffle, tenir. La fatigue, commence à me submerger, la douleur devient si aiguë qu'elle en est insupportable... Mais c'est le chant du premier oiseau du matin. S'accrocher, se réveiller, se secouer. Le tas de tissus de la découpe a considérablement diminué. On est en train de coudre nos dernières pièces, les dernières, toutes dernières...
La rapidité, la violence et l'audace de mon geste ont, pour une seconde à peine, fait cesser les machines. Je sens en moi une agressivité jamais connue.
Yeux exorbités, visage tendu. Mais, comme je prends soudain conscience de la situation, c'est lentement, presque doucement, que je lui dis : "S'il vous plaît, monsieur le contremaître, sauf votre respect, laissez-moi travailler, je vous assure que je vais me reprendre, ça va très bien se passer, comme d'habitude."
Désarçonné, il ouvre la bouche, n'en sort aucun son, me foudroie du regard et tourne les talons. Personne ne se risque à le regarder et encore moins à me regarder, moi. Je me remets au travail. Je tremble un peu, mais j'arrive à me contenir. En risquant un regard, je me rends compte qu'il s'est retranché dans le fond de la salle. Il a un air tendu, mais reste dans la même allée à faire les cent pas.
Cet énervement et cette peur mêlés m'ont donné un de ces coups de fouet ! Alors j'avance vite et enchaîne les coutures à un rythme soutenu.
Wang n'a toujours pas bougé de son coin. Mes mains reprennent leurs droits et je souris intérieurement. Car ce qui vient réellement de se passer a failli m'échapper : il a définitivement perdu la face. Cet homme est un lâche et, par un coup du hasard, je viens de le dévoiler. Il est fini.

[144 pages / Folio / 5,80 €]

vendredi 18 septembre 2015

Bilan livresque #35 Août 2015




Le mois d'août s'est révélé plus actif que le précédent. Nous avons pris plus le temps de mettre en ligne nos lectures ! Ondine a ainsi lu 10 titres, et j'en ai chroniqué 6 ! De quoi vous donner envie de vous plonger dans de beaux récits !

                

jeudi 17 septembre 2015

Le tigre blanc d'Aravind Adiga (septembre 2008)




L'avis de Gaby

Livre préféré d'Iluze qui en vantait les mérites, Le tigre blanc m'intéressait beaucoup puisqu'il était question d'Inde et d'un homme intelligent. Je ne savais pas vraiment où j'allais mettre les pieds, encore moins que ce soit une sorte de récit sous forme épistolaire. En effet, Ashok Sharma, un jeune chef d'entreprise de Bengalore, écrit des lettres au premier ministre chinois qui prévoit de se rendre dans sa ville.

Ashok vient d'une famille pauvre vivant dans un village. Sa grand-mère a une grande emprise sur sa famille, et le jeune homme voit sa mère mourir sans que quiconque ne s'en soucie. Ashok n'a pas de nom, son instituteur lui en trouvera un. Sa grande intelligence le fera se démarquer et surnommé le tigre blanc. Bien vite il voudra fuir la condition dans laquelle il vit. Il a devant ses yeux un modèle : un  chauffeur de bus qui, tout au long du roman, verra sa position évoluer en fonction de son importance et de sa proximité avec les politiciens et grands locaux.

Ashok va décrire dans ses lettres son quotidien, l'univers corrompu, sa hargne de la réussite et son ressentiment face à la cage à poule dans laquelle il vit (ou le fameux effet 'plafond de verre'?). Il s'adapte à son environnement, volontaire à vouloir sortir de sa condition et entraîné par d'autres chauffeurs. Il explique ses ressentiments, sa rancoeur et sa colère, mais aussi les sacrifices qu'il réalise pour se forger une nouvelle vie.

Le tigre blanc est un roman sombre, dur, qui montre une facette très sinistre de la société ancienne indienne, où l'importance des clans et des liens familiaux régissent le devenir d'un individu qui ne peut survivre en tout individualisme et doit se plier au groupe.

Ashok s'efforcera tout au long du roman de vivre pour lui, de devenir un, et en côtoyant les autres il apprendra qu'il faut pourtant jouer dans la cour de jeu des autres et se soumettre aux diktats de la société en vigueur. L'un de ses mérites sera pourtant de ne jamais cesser de croire en ses rêves.

Un récit intéressant qui nous plonge dans l'intimité indienne de la société. Une très belle lecture passionnante et rude. Ne passez pas à côté !

[318 pages / 10-18 / 8,40 €]

mercredi 16 septembre 2015

mardi 15 septembre 2015

Check-Point de Jean-Christophe Rufin (avril 2015)



L'avis de Gaby


Maud est une humanitaire au service d'une ONG lyonnaise. Avec quatre autres hommes, elle est envoyée en Bosnie-Herzégovine pour apporter des aides matérielles à des civils pendant l'hiver 1995.

Au contact des quatre autres protagonistes, sa vision du monde et de son action va évoluer. Ainsi, elle qui voulait garder de la distance et se cache derrière des lunettes épaisses pour effacer toute trace de féminité, va voir son coeur s'enflammer. Pour une cause ou pour une homme? 

L'expédition ne sera d'autant pas facile puisque chacun ne semble pas jouer franc jeu. Coincée entre deux anciens soldats, un mystérieux individu et un jeune chef de mission, Maud devra apprendre à supporter les uns et les autres et mener à bien le projet.

Troisième roman de Jean-Christophe Rufin que je lis, Check-Point s'est révélée une excellente lecture. L'auteur nous embarque dans le quotidien d'humanitaires qui partent pour sauver des malheureux et se voient obligés de s'interroger sur l'efficacité et l'utilité de leur mission, ainsi que sur l'importance de répondre à un "cahier des charges" afin de ne pas mettre en position délicate le pays d'où ils viennent. Car même si ce ne sont que des contractuels animés par une soif de venir en aide aux plus démunis, ils n'en restent pas moins des représentants d'un pays qui veut garder sa distance dans le conflit.

Tour à tour, on plonge dans les âmes de Lionel, Maude, Marc, Alex et Vauthier. Le premier est un jeunot qui devra reconsidérer sa place dans le monde alors que Marc et Alex sont des anciens militaires et que Vauthier annonce des motivations assez ambiguës.

Dans ce huis clos, on découvre ce qui se cache au plus profond d'eux au fil des pages, lorsque les indices se dévoilent en fonction des événements. On vit avec eux les interrogations que suscite une plongée dans l'inconnu avec des individus jamais côtoyés auparavant.

Jean-Christophe Rufin soulève de nombreuses questions sur la position humanitaire que peuvent tenir les professionnels, et il aborde le sujet de façon humaine. Cet auteur arrive toujours à parler de thématiques de société importantes et intéressantes avec une approche sensible et intelligente. Et dans ce roman, son talent se révèle encore.

Une très belle lecture qui nous emmène dans la guerre d'Ex-Yougoslavie qui nous instruit tout en nous faisant vivre de façon réaliste une situation concrète. Bien joué, M. Rufin!

[400 pages / Gallimard / 21 €]




lundi 14 septembre 2015

Je suis une légende de Richard Matheson (mai 2001)




L'avis de Gaby

Robert Neuville est seul contre tous. Il vit dans une maison et lutte jour après jour contre des êtres qui lui veulent sa peau. On ne sait pas véritablement si ce sont des zombies, sans âme et dont le corps s'effrite au gré du temps, mais ce sont bien des êtres différents. Robert Neuville n'a pas croisé d'âme bien vivante comme lui depuis longtemps. L'espèce humaine est-elle en train de s'éteindre?

Je pensais me plonger dans un roman dans lequel le héros se bat contre des zombies mais en vérité on suit le quotidien d'un homme qui ne comprend pas bien ce qu'il doit affronter. A plusieurs reprises, je me suis même demandé si ce n'était pas des vampires puisqu'ils semblaient animés d'une conscience et qu'ils s'adressaient en parole au protagoniste principal, et qu'ils redoutaient la croix et l'eau bénite.

Le roman se lit bien, assez factuel, et l'auteur laisse des indices sur le passé de l'inconnu tout en levant peu à peu le voile sur son environnement actuel.  On retrouve ici le cas du survivant qui s'interroge sur l'origine de l'épidémie et les raisons des faiblesses de ses adversaires, ainsi que la description de son quotidien.

N'ayant pas vu le film, il m'est impossible de faire une comparaison. D'après les avis, les deux oeuvres sont assez différentes. En définitive, un classique de science fiction post-apocalyptique qui se lit bien, possède une belle chute et dont le dépaysement n'est pas à nier. 

[240 pages / Folio / 7 €]

dimanche 13 septembre 2015

Ma PAL d'automne 2015




L'Automne et ses feuilles mortes arrivent. Pas chez moi apparemment puisqu'en Australie on rentre dans le printemps ! Mais qu'importe, il est temps de prévoir quelques lectures !

Pour la composer, je me suis appuyée sur mon challenge Vidage de PAL que je suis fidèlement (si, si, si!) Je prévois (large) de lire 10 livres. J'ai donc sélectionné 5 titres de ma PAL et 5 futures acquisitions ou ebooks.


Issus de ma PAL    

En ebook et achats prévus