jeudi 29 octobre 2015

Dawa de Julien Suaudeau (juin 2015)




L'avis d'Ondine

Dans ce polar on croise des jeunes de la banlieue d’Aulnay, de ceux que l’on imagine connaître mais qui vivent dans leur milieu hostile et pourtant si familier pour eux qui y ont grandi. 

Il y a Momo qui après avoir trafiqué pour le Tchétchène, a décidé de se consacrer à sa passion, la boxe. Il rêve de devenir un champion. Il est amoureux de Sybille, une jeune étudiante, bourgeoise qui vient des beaux quartiers parisiens mais qui veut se frotter à l’autre univers, celui des petits délinquants, des gens de la banlieue. Il y a Soul, le copain d’enfance et du toujours à jamais de Momo, un peu amoureux transi de Sybille, en perdition dans sa vie. Il s’est laissé convaincre par un professeur de langue arabe d’intégrer un groupe terroriste. Il y a Franck un flic, divorcé, un fin limier et surtout un vrai flic de terrain qui infiltre les banlieues pour mener ses enquêtes au plus proche des suspects. Il y a Assan, ce professeur d’université, qui a perdu ses repères dans un milieu familial hanté par le passé, un père assassin et atteint de la maladie d’Alzheimer et un frère terroriste mort. Il y a Paoli, cet ancien flic corse qui travaille dans les plus hautes instances mais qui est hanté par l’assassinat de ses parents en Algérie et qui ne vit que pour se venger. Il y a Hélène qui est promise à une grande carrière politique mais qui ne peut se résoudre à abandonner son honnêteté et son charisme pour arriver à ses fins.

Et d’autres…

Une panoplie de personnages qui sont issus de la banlieue d’Aulnay ou qui font partis de toutes les classes sociales, des plus hautes instances politiques, policières et musulmanes françaises. Une analyse pertinente sur notre société actuelle avec nos réalités quotidiennes de vie, de survie, de magouilles, de conflits, de tricheries, de manipulations, de désespoir et de quête du meilleur.

Un premier roman pour l’auteur Julien Suaudeau et un auteur prometteur et tellement contemporain. Un roman dense, très dense, trop peut-être car on peut s’y perdre. Mais un livre écrit avec une grande  intelligence et une analyse pertinente, juste et étonnant. Une claque pour le lecteur et rien n’est à jeter.

On se laisse prendre par cet univers noir et sans espoir qui raconte sans concession et avec un réalisme extrême qui laisse sans voix une réalité sociétale que l’on ne veut pas voir mais qui est tellement d‘actualité.

Un roman à découvrir même s’il peut sembler difficile à la lecture tellement il est dense, imprégné d’une telle noirceur et de ce désespoir indélébile qui s’y profile. L’auteur arrive à nous raconter notre société avec une telle humanité, sans filtre et sans état d’âme. Un livre très intéressant, cash, qui non seulement se lit mais doit également être digérer par le lecteur ce qui demande du temps certes mais qui donne à réfléchir et nous oblige à regarder. 

Je conseille ce livre à la lecture. Ne prenez pas peur de la densité du récit. Il nous emmène dans notre monde et nous fait comprendre que rien n’est totalement noir ou blanc.

J’ai aimé et je pense que ce sera un livre que je relirais sans problème. J’espère que Julien Suaudeau a déjà entamé son prochain roman car il me tarde de le lire. 

(sélectionné pour le prix du meilleur polar des lecteurs de points 2015).

[596 pages / Editions Points / 8 €]

samedi 17 octobre 2015

The fault in our stars / Nos étoiles contraires de John Green (février 2013)




L'avis de Gaby


***blablabla

Je suis finalement de retour, après deux mois d'absence. La disparition de ma Kobo y est pour quelque chose et je n'ai pas franchement envie d'investir plus d'une centaine de dollars pour une liseuse qui ressemble à la mienne en tout point et qui me coûterait trois fois plus cher. Donc je ne lis quasiment plus... Jusqu'à ce que je me tâte à reprendre des livres papier. Devant voyager léger, je suis assez réticente mais il faut savoir faire des choix : se planter devant le PC tous les jours ou accepter de lâcher son argent sans jamais revoir les livres tout en reposant ses yeux?

Et puis dans la bibliothèque de ma résidence, je suis tombée sur The fault in our stars. Depuis quelques semaines, je travaille intensivement mon anglais. Et je me suis laissée tenter : un livre pour la jeunesse n'est pas compliqué à lire et assez reposant après 5/6 heures à bosser la langue, en plus il est connu. Fonçons !

***

Hazel est atteinte d'un cancer qu'on peut qualifier de stabilisé. Elle prend un traitement qui empêche, pour le moment, la maladie d'évoluer. Elle n'est pas sauve mais elle vit. Elle est un peu blasée, subit sa maladie, mais en même temps qui ne le serait pas à sa place. Vient un beau jour qu'elle rencontre un ado plutôt charmant dans un groupe de soutien aux malades. Le bel Augustus va totalement la captiver. Intelligence vive, humour, et partage d'expériences assez similaires, les deux ados ne vont plus se lâcher.

Je dois le rappeler : je n'aime pas lire des romans d'enfants malheureux. Donc quand je l'ai ouvert, j'ai de suite regretté de l'avoir fait, en me demandant dans quelle sordide aventure j'allais plonger. La chute ne fut pas aussi brutale que je le craignais, John Green évite de nous agacer en nous plongeant dans le mièvre et le pathos. Merci monsieur. 

Le roman est assez sympa dans l'ensemble, et la relation qui se développe est mignonne. Hazel et Augustus sont plutôt intéressants et intelligents. Et cette plongée dans l'univers de familles touchées par ce mal est plaisant. 

Mais je n'ai pas pour autant été emballée par l'histoire, et en suis restée éloignée, sentant que je n'étais pas la cible de l'auteur et qu'il ne m'avait rien apporté. A aucun instant je n'ai appris une nouvelle chose. John Green est resté sur des éléments connus et déjà bien ancrés dans notre réalité. Avec mon âge et mon expérience de la vie, cette histoire n'a donc produit aucune étincelle puisque tout ce qu'il a raconté était déjà su.

J'aurai bien voulu vous convaincre que ce roman est aussi bon qu'on le dit. Il est certainement touchant, notamment concernant la destinée de ces amants maudits. Mais hormis ce rôle de Roméo et Juliette, on en retient peu de choses. Il a joué sur de jolis phrases, sur des moments poignants ("je suis une grenade") sans pour autant qu'il n'aille jusqu'au bout. Est-ce qu'un gamin arriverait à sortir "je suis une grenade" sans montrer plus de complexité d'âme, même intimement? Car John Green nous propose de voir le récit du point de vue de la jeune fille. Et même si elle vit avec cette lassitude et cette consternation, elle n'a pas cette colère. De même quand sa mère formule une pensée qu'elle ne devrait pas entendre. Tout enfant réagirait mal. Et même s'il ne réagit pas, cela le bouleverserait donc forcément il y penserait. 

John Green a fait le choix de nous montrer deux familles unies et aimantes qui ont les moyens d'apporter les soins nécessaires à leurs enfants. De même qu'il nous sert une jolie romance noircie par l'ombre du cancer. De jolis mots, des beaux personnages, des moments mignons. Une sympathique introduction pour la jeunesse à qui ce récit est clairement destiné et à ceux qui lisent peu de récit introspectif. Et sinon concernant le cancer, que voulez-vous que je vous dise? Il y a autant d'individus que de façons de le vivre.

[330 pages / Nathan / 16,90€]

vendredi 16 octobre 2015

Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet (mai 2015)




L'avis d'Ondine


Le Commandant Chanel qui travaille avec son équipe au 36, quai des Orfèvres, est appelé pour une affaire de meurtre. Il semblerait que cet homicide ait eu lieu lors d’un cambriolage dans un appartement cossu de l’impasse de Conti à quelques pas du commissariat. D’après les rares témoins, deux personnes auraient pénétré dans l’appartement.

La victime est l’épouse d’un ancien préfet qui a exercé ses fonctions sous l’ère du Président Jacques Chirac. Le mari d’Albane Saint-Germain de Ray a également été tué par balles dans une rue obscure, il y a quelques mois de cela. La police qui avait soupçonné un temps, Albane Saint-Germain de Ray, n’est jamais arrivée à retrouver l’assassin.

Et voilà que c’est au tour de son épouse d’être assassinée et cela vraisemblablement suite à un cambriolage qui aurait mal tourné. Mais très vite Samy, un des deux cambrioleurs, est arrêté et le Commandant Chanel comprend de suite qu’il ne peut avoir assassiné la victime.

Les faits ne correspondent pas au profil de Samy. Cambrioleur certes mais pas tueur. Mais peut-être est-ce son complice qui a commis ce crime.

Ce dernier est connu de la police et a un bon petit pedigree. Mais le Commandant Chanel se rend compte que le profil de Laurent Bastos ne correspond en rien à la description faite de celui-ci par Samy. Il lance un avis de recherche pour retrouver au plus vite ce Laurent Bastos.

Le Commandant Chanel poursuit en parallèle ses investigations car il se pourrait qu’une autre piste soit possible, d’autant plus que Albane Saint-Germain de Ray a été tuée avec la même arme que son époux. Le policier s’intéresse aux œuvres d’art africain que collectionnait le mari d’Albane et qu’il avait légué au musée du quai Branly. Mais après expertise, de nombreuses pièces collectionnées par l’ancien préfet se révèlent être des copies.

De plus, au fur et à mesure de l’enquête, d’autres victimes proches d’Albane Saint-Germain de Ray sont retrouvées tuées par la même arme. Qui est ce tueur qui assassine ainsi les personnes qui ont été proches de la jeune et très jolie veuve ? Serait-ce son complice ? Qui était réellement la victime, une belle femme au profil d‘une veuve noire ou simplement une femme complexe prête à tout pour de l‘argent ?

Le Commandant Chanel arrivera-t-il à démêler les fils de cette enquête complexe et arrêter le tueur ?
Il faudra lire ce polar pour le savoir.

Tiré à quatre épingles est un roman policier à écriture plutôt classique. Au début il m’a manqué un peu d’action et de rythme mais en réalité, je me suis laissée embarquée très facilement par cette histoire où se mêlent art africain, sorcellerie, intrigue. Le Commandant Chanel est un enquêteur intelligent, perspicace et surtout tenace. Mais au-delà de l’enquête, on cherche surtout à savoir qui était réellement Albane ? Que cachait-elle ? Était une victime ou une grande manipulatrice ?

Même si l’histoire a manqué un peu de piment à mon goût, Tiré à quatre épingles est et reste un bon roman policier qui se lit vite et qui a une intrigue intéressante, des personnages hauts en couleur et attachants qu’il soit du bon ou du mauvais côté car ils gardent tous une forme d’humanité et de fragilité.

A découvrir car l’intrigue est originale et on passe un très bon moment de lecture.

[270 pages / Michalon /18 €]


Autre livre chroniqué de l'auteur


jeudi 15 octobre 2015

Acquanera de Valentina D’Urbano (Février 2015)





L'avis d'Ondine 


Fortuna avait quitté son village natal depuis dix ans sans donner de ses nouvelles. Elle retourne à Roccachiara, ce village qui l’a vu grandir, car elle sait au fond de son cœur que le cadavre qui vient d’être retrouver dans la forêt près du lac est celui de son amie d’enfance Luce.

Luce était sa seule amie. Elles étaient différentes, toutes deux rejetées par les autres. Elles ont su s’apprivoiser, devenir amies et avoir cette affection l’une pour l’autre qui leur manquait tant.

Pour Fortuna, revenir dans ce village et dans sa maison d’enfance fait resurgir des souvenirs d’enfance doux, tristes, douloureux, indélébiles.

Fortuna se rappelle de sa grand-mère Elsa qui l’a tant chérie et qui l’a élevée, sa mère Onda qui vit comme une ermite, qui ne l’a jamais aimée et qui a passé son existence à la maudire et la rejeter.

Fortuna a grandi parmi des femmes qui possèdent des dons et qui font peur aux autres humains. Elles sont maudites, craintes et mises à l’écart. On les consulte pour les remèdes ancestraux ou pour entrer en contact avec les morts. Mais elles sont traitées de sorcières, de médium, de guérisseuses.

Son arrière grand-mère avait déjà un don qu’elle a transmis à sa fille, à sa petite fille. Fortuna semble y avoir échappé. Mais est-ce là la vérité.

Fortuna va revivre tout son passé. Privée de son père qui serait un Anglais de passage, rejetée par les autres enfants de son village, elle grandira dans un contexte familial difficile, sans réel repère et affection hormis ceux de sa grand-mère Elsa. Elle ne comprend pas sa mère, cette femme qui est dépourvue d’amour et qui préfère vivre seule dans les bois près du lac comme une sauvage ou une simple d‘esprit. Elle voudrait tant une maman comme les autres enfants.

Fortuna essaiera de grandir le mieux possible, en quête de reconnaissance et d’amour auprès d’Elsa sa grand-mère et de Luce sa meilleure amie.

Acquanera est un très beau roman qui ne se raconte pas. Il se lit doucement avec délectation. Il se déguste tout simplement tellement l’histoire est belle, fascinante et intense.

Une histoire de femmes sur plusieurs générations, une histoire d’enfance douloureuse, une histoire d’amitié inébranlable, une quête perpétuelle d’amour maternel ou d’amour tout simplement. Une histoire exceptionnelle, authentique et tragique à la fois.

Un roman qui ébranle mais qui est raconté avec tellement de délicatesse, de justesse et de retenue.

J’ai fait la connaissance de l’auteure Valentina D’Urbano avec son premier roman Le bruit de tes pas qui déjà était pour moi une rencontre littéraire merveilleuse et un coup de cœur.

Avec Acquanera Valentina D’Urbano change de lieu, de sujet mais préserve sa merveilleuse façon de nous raconter ses histoires. Une simplicité de narration, des personnages malmenés par la vie, en quête d’amour. Ses romans touchants, remplis de délicatesse, sensibles, nous parlent d’amour et de désespoir, de failles, d’envie de vie meilleure, de nostalgie et de douleur. Une approche si particulière d’une forme d’intimité. L’auteure nous donne un bouquet d’émotions et vient chercher le lecteur au plus profond de son âme.

Pour moi Acquanera est un coup de cœur.

Découvrez-le et arrêtez-vous également sur son premier roman Le bruit de tes pas.

Une auteure qui a un grand potentiel. Une magnifique romancière qui a ce plus qui nous bouscule, nous touche avec tellement de bonheur et une forme de poésie qui lui est propre. J’attends avec impatience son prochain roman.

[360 pages / Philippe Rey / 20 €]


Autre livre de l'auteur


mercredi 14 octobre 2015

Ne meurs pas sans moi de Suzanne Stock (septembre 2015)



L'avis d'Ondine


Sandra Denison est une jeune femme moderne qui a tout réussi dans sa vie. Depuis quelques années, elle est une brillante avocate dans un cabinet d’avocats réputé à New-York. Elle est connue pour ses succès professionnels et comme elle n’a pas de temps pour avoir une vie affective stable, elle papillonne sentimentalement.

Elle a une liaison avec Mark un collègue marié. Même si elle sait que Mark ne quittera pas son épouse ni sa petite fille, cette relation lui convient car elle tient à Mark et n‘est pas prête à s‘investir plus affectivement.

Son patron vient de lui annoncer qu’elle va devenir associée au sein du cabinet. Elle souhaite fêter cela avec Mark en lui proposant une soirée à deux. Mais celui-ci ne peut se libérer. Il a promis de passer la soirée avec sa famille pour fêter l’anniversaire de sa petite fille.

Quelque peu désabusée, elle téléphone à sa meilleure amie Claire qui est également avocate mais spécialisée en divorce. Celle-ci ne semble pas très enthousiaste mais décide de lui accorder malgré tout une partie de sa soirée.

Le lendemain, Sandra Denison se souvient avoir beaucoup bu mais a totalement oublié ce qui s’est passé la veille. Dans le capharnaüm de son appartement elle retrouve le portable de son amie Claire. Par curiosité elle consulte les messages et découvre avec horreur que celle-ci a une liaison avec Mark son amant. 

Très en colère elle décide de se rendre de suite à l’appartement de Claire pour éclaircir la situation. Mais les choses ne sont pas se passer aussi aisément que prévu.

Pour connaître la suite de ce roman à suspens il faudra le lire surtout que le lecteur fait face à des rebondissements qui mélangent un passé dramatique à un présent qui semblait stable et maîtrisé.

Ne meurs pas sans moi est un thriller étonnant qui semble proposer une histoire toute tracée mais qui en réalité se mélange dans des rebondissements totalement inattendus.

Le lecteur se laisse abuser et découvre petit à petit qu’il s’est bien fait manipuler par l’auteure. Une histoire bien construite, un scénario totalement inattendu, des situations angoissantes et une chute qui n’est pas celle qui se profilait mais qui remet bien les pièces épars du puzzle à leur place.

Un livre qui se lit vite, qui surprend, qui nous embarque dans ce qui semble être une forme d’histoire simple totalement trompeuse.

Suzanne Stock a l’art de perdre son lecteur dans des méandres imprévisibles, angoissantes et qui avec beaucoup d’imagination a su raconter une histoire originale, avec du suspens et à tenir en haleine son lecteur du début à la fin.

Le premier roman de l’auteure et déjà une réelle et très belle maîtrise du sujet et du genre. Une promesse alléchante pour les prochains livres de Suzanne Stock.

A découvrir car un roman très intéressant, qui se lit vite et qui happe le lecteur dès les premières lignes.

(sélectionné pour le prix du meilleur polar des lecteurs de points 2015)


[184 pages / Points / 6,90€]

Dandy de Richard Krawiec (septembre 2015)




L'avis d'Ondine

Jolene est une mère célibataire en grande précarité. Elle élève toute seule son fils Dandy, âgé de deux ans, grâce à des petits boulots et l’aide sociale. Elle fait le maximum pour que Dandy ne manque de rien ce qui est difficile et quasi impossible car elle sait qu‘elle est en grande difficulté. C’est sa façon d’aimer et de s’occuper de cet enfant. Après tout, elle n’a que lui dans sa vie.

Elle a eu une enfance désastreuse. Elle a subit régulièrement les agressions sexuelles de son père jusqu’au jour où elle a décidé de fuir cet univers familial hostile.

Après sa courte expérience de vie en couple avec le père de Dandy qui se résume à la violence conjugale, la tromperie et l’abandon, elle décide de ne plus faire confiance aux hommes. Elle part pour élever seule le petit Dandy.

Elle rencontre Artie dans le bar où elle travaille. Artie est autant en perdition dans sa vie qu’elle-même. C’est un petit délinquant qui n’a pas réellement de domicile, qui se la raconte, se donne un genre et n‘a aucune envergure. En réalité, il est invisible pour les autres et ne vit que de petites combines.

Il fait du gringue à Jolene et lui fait croire qu’elle est tout pour lui jusqu’au moment où il s’installe avec elle. Il peut ainsi quitter son squatt minable. Il n’a pas réellement de projet de vie, encore moins l’envie et les compétences pour subvenir aux besoins de Jolene et du petit Dandy. Pourtant Jolene y croit et se laisse amadouer par Artie qui ne vend que du vent. Très vite il se laisse vivre et Jolene qui assume tant bien que mal leur quotidien se fatigue de cette situation. Il y aura des hauts et des bas et Jolene finit par le mettre à la porte.

Mais c’est trop tard, ces deux âmes solitaires, en désespérance et en perdition sociale se sont attachées affectivement l’une à l’autre. Même le petit Dandy pour qui il a peu d’affection finit par l’appeler « papa ».

Comment cette romance désespérante, cette quête du possible totalement illusoire arrivera-t-elle à fonctionner ? 

« Dandy » a été sélectionné pour le prix du meilleur polar des lecteurs de points. J’en suis étonnée car cet excellent roman n’est pas du tout du genre polar et encore moins thriller.

C’est un roman qui parle de personnes qui sont en survie depuis leur naissance, qui essaient de trouver une place dans la société d’une façon ou d’une autre, histoire d’exister, ne pas mourir seules, abandonnées, désespérées.

Jolene comme Artie veulent tout simplement vivre sans dépendre des autres mais en espérant avoir les mêmes possibilités de chance ou d’opportunité. Ils veulent croire qu’ils peuvent accéder à une autre forme de vie quotidienne, une vie meilleure.

Malheureusement, chacun a de telles carences que l’adaptabilité est difficile et que le seul mode de fonctionnement pour survivre reste les combines et les mauvais plans. Mais même chez les oubliés, les abandonnés et les invisibles il y a un grand besoin d’amour, de reconnaissance et surtout une volonté d’exister.

A lire car « Dandy » est un très bon et beau roman juste, humain, compatissant avec un regard sans concession mais aussi sans jugement de valeur sur les être humains démunis de tout dès leur naissance. Ceux qui sont mal nés.

Un beau roman qui n’est certes ni un polar ni un thriller mais qui nous emmène voir une autre réalité de vie qui devrait nous amener à un peu plus d’empathie pour les personnes en très grande difficulté. Un roman qui m’a touchée car il est juste et tellement pertinent. En fin de compte, vivre n’est pas simple surtout si on n’a jamais réellement appris.

Un très beau roman à découvrir. J’ai adoré le style, le sujet et les personnages démunis et tout, déglingués et pourtant si touchants.

(sélectionné pour le prix du meilleur polar des lecteurs de points 2015).

[240 pages / Editions Points / 6,7 €]

dimanche 4 octobre 2015

Doux comme la mort de Laurent Guillaume (février 2015)





L'avis d'Ondine 

Il y a cet homme surnommé « le Messager » incarcéré dans une prison malienne. C’est un ancien commando de marine, un mercenaire à ses heures qui apprend que son ami et compagnon est mort. Gabriel, le Messager n’est pas convaincu que son compagnon soit mort dans un accident. Il décide d’en avoir le cœur net. Il s’évade de sa geôle malienne avec une facilité déconcertante pour rejoindre Paris et mener son enquête. Sa quête de la vérité le mène sur les traces d’un policier qui enquête sur la disparition de sa fille. Une jeune fille droguée qui fréquente des petites frappes et côtoie les milieux de la drogue et de la prostitution. Mais son père est loin de se douter de la réalité du quotidien de sa fille et de son calvaire.

La route du Messager et du policier vont se croiser et fatalement l’issue de cette rencontre est juste celle ordonnée par un contrat lancé contre le policier. Mais les commanditaires voulaient-ils réellement juste tuer le policier gênant ou la mort du Messager était-elle également programmée par ceux qui tirent les ficelles. Le Messager est un homme ayant des ressources, vigilant, malin et surtout en permanence sur ses gardes. Il endosse l’identité du policier disparu pour faire aboutir ses recherches et s’approprie les recherches pour retrouver Eva, la fille de ce dernier. Il faut qu’il fasse tout pour retrouver la jeune fille. Si celle-ci est toujours vivante il veut la ramener à sa mère comme le lui avait promis le policier.

Il travaillera en tandem avec Estelle une jeune policière qui la secondera dans ses recherches. Celle-ci n’est pas dupe et sait que Gabriel est loin d’avoir le comportement et les réactions innées d’un policier. 

Comment Gabriel va-t-il pouvoir poursuivre son enquête en se préservant de ses ennemis inconnus qui feront tout pour l’éliminer ? Arrivera-t-il à retrouver la fille du policier pour la ramener à sa mère ? Découvrira-t-il qui tire les ficelles en manipulant la police, les gens du milieu tout en faisant figure d’un politicien intègre et sans reproche ?

Avec Doux comme la mort Laurent Guillaume nous entraîne dans un thriller quelque peu particulier avec un scénario très masculin. L’auteur projette son lecteur dans un contexte politique et social d’actualité avec des protagonistes inhabituels tels que Gabriel, le mercenaire, Marc ce policier qui malgré ses dérives a une éthique professionnelle qui finalement va le tuer, le tout dans un environnement de politiciens et de chefs de la police corrompus qui mêlent leurs intérêts à ceux des malfrats de bas étage à coup de trafic de stupéfiants et de prostitution où l’argent est et reste le nerf de la guerre.

Un roman étonnant et très masculin à l’esprit sombre et sans concession où les manipulations et les crimes s’enchaînent pour préserver les commanditaires.

Malgré la dureté de l’histoire et son réalisme narratif, le lecteur ne peut s’empêcher de trouver Gabriel, ce mercenaire et tueur sur commandes, sympathique et humainement attachant avec une honnêteté et une éthique qui lui sont propres. Ce qui est paradoxale.

Doux comme la mort est un thriller très bon avec une intrigue qui tient le lecteur sous pression, cruel, violent et sans état d‘âme, un récit cash. Un roman original qu’il faut découvrir car il propose au lecteur une autre approche de notre société, une de ses facettes qui existe mais dont on parle très peu.
A découvrir.

[410 pages / Pocket / 7,70 €]

samedi 3 octobre 2015

Le journal de L. de Karine Carville (mars 2015)



L'avis d'Ondine


Léanne est une jeune architecte qui travaille pour le Cabinet d’architecture « Thirot et associés ». Elle est belle, autonome, compétente et vit dans une grande maison. Bref une vie réussie à première vue. Léanne a pourtant une pratique inhabituelle et qui peut faire sourire certains et paraître angoissante pour d’autres. Elle écrit tout ce qu’elle fait dans sa journée dans une sorte de carnet de bord. Ce journal ne la quitte jamais. Elle écrit dans le bus, au bureau, à la maison.

Son travail lui plaît. Elle a un poste important. Elle a une collègue Manuella qui est son amie, un collègue Martineau qu’elle déteste particulièrement car elle le soupçonne de malversations.

Elle est très liée à son ami d’enfance Charles qui est également le frère de son patron. Pourtant Léanne est très secrète et ne partage jamais ses moments de vie personnelle avec qui que ce soit.

Elle se lit avec Etienne, un homme séduisant qu’elle rencontre dans le bus et qui lui plait bien mais est consciente qu’elle s’attache un peu trop à Charles. Un vrai dilemme.

Mais qui est vraiment Léanne ? Quel secret cache cette jeune femme qui a réussi dans sa vie, qui ne se remet pas de la mort accidentelle de son père et de sa sœur, qui essaie d’être présente pour sa mère très esseulée depuis son AVC et qui de façon obsessionnelle retranscrit les événements de ses journées dans son journal ? Pourquoi semble-t-elle être à double facette.

Il faudra lire ce surprenant roman pour le savoir.

Le journal de L. est plus qu’un très bon roman. Il se présente comme un journal mais en réalité on oublie très vite cette forme narrative. Le lecteur est très vite intéressé par cette jeune Léanne. Il semble que ce soit une histoire simple d’une jeune femme quelque peu mystérieuse, fragile sans l’être réellement qui nous raconte sa vie, celle de son travail, ses rencontres, des moments de vie quotidienne et sociale où le relationnel avec les gens se limitent au milieu du travail.

On sent toutefois chez Léanne un besoin constant de se protéger d’un danger imminent. Sa maison est une petite forteresse avec alarme. Elle n’invite personne chez elle et est en permanence sur ses gardes.

L’auteure Karine Carville entraîne son lecteur très vite dans une histoire surprenante, angoissante et l’y emprisonne telle une araignée qui tisse sa toile. Une romancière machiavélique qui fait monter la
tension au fils des pages et qui transforme le tout en un roman à suspens. Des rebondissements, du suspens, de la noirceur, de la manipulation et ceci jusqu’à la chute de l’histoire.

Un très bon roman à suspens qui passe d’une atmosphère tiède à quelque chose d’oppressant et de terrifiant à la fois. Une histoire assez diabolique il faut le reconnaître. J’ai aimé cette façon de raconter qui est une réussite. Une auteure que je ne connaissais pas mais qui a un réel potentiel dans le genre suspens.

Une très belle découverte pour moi. J’ai adoré cette façon qu’a eu l’auteure Karine Carville de me manipuler pour m’emmener dans une histoire sombre et totalement inattendue.
A découvrir vraiment car c’est plus qu’un très bon moment de lecture.

[270 pages / Mots et cris]

vendredi 2 octobre 2015

La violence en embuscade de Dror Mishani (mars 2015)




L'avis d'Ondine


Nous retrouvons dans ce roman policier l'inspecteur de police Avraham Avraham avec qui nous avons fait connaissance dans « une disparition inquiétante ». Avi Avraham vient de rentrer à Holon, une banlieue de Tel-Aviv après avoir passé trois mois à Bruxelles au domicile de sa fiancée Marianka également policière. Avi Avraham est serein car Marianka doit le rejoindre prochainement pour vivre avec lui à Holon.

Encore quelque peu déboussolé par sa précédente affaire, Avi Avraham se retrouve au Commissariat car on vient de lui confier une nouvelle affaire. Une bombe factice vient d’être trouvée à proximité d’une crèche d’enfants et une voisine a aperçu l’homme qui a déposé la valise contenant la fausse bombe près de la crèche.

Avi Avraham interroge le suspect mais même s’il a un casier judiciaire conséquent, il ne pense pas qu’il puisse être le coupable. Il ne correspond pas au descriptif donné par le témoin. Il ne boîte pas, n’a pas de mobile et ne semble avoir aucun lien avec la crèche. Avi Avraham va le relâcher et le laisser sous surveillance policière car il ne veut négliger aucune piste.

Il poursuit son enquête au sein même du personnel de la crèche. Il interroge la directrice, la jeune et nouvelle employée et oriente également son enquête vers les parents qui auraient eu un différent
avec la directrice de l’établissement.

Beaucoup d’hypothèses possibles mais pas réellement de preuves concrètes pour mener à terme cette enquête. Avi Avraham se focalise sur un père de famille âgé dont la femme serait retournée depuis peu aux Philippines, son pays d’origine. C’est le père qui s’occupe de ses deux enfants : Ezer qui va à l’école et le petit Shalom qui va à la crèche. Il semble que Haïm ainsi que son épouse aient eu une altercation avec la directrice de la crèche. Haïm soupçonne la directrice de maltraitance sur son fils.

Comment Avi Avraham va-t-il pouvoir mener cette enquête à son terme ? Ne se trompe-t-il pas de coupable ? Pourquoi cette obsession qui le fait traquer Haïm comme un suspect potentiel ? Qu’est-il réellement arrivé à la femme de ce dernier ?

Avec ce nouveau roman policier, l’auteur Dror Mishani nous entraîne une nouvelle fois dans l’univers de Avi Avraham et sa façon si particulière de mener ses enquêtes. Ses investigations vont au-delà de l’enquête qui doit trouver les protagonistes du délit commis. Il est comme un chien de chasse qui cherche, fouille, décortique tous les éléments jusqu’à ce qu’il arrive enfin à trouver le coupable et pas forcément celui que l’on aurait pu croire. 

Avi Avraham élucide ses enquêtes comme il lit les romans policiers en détricotant l’enquête et les évidences pour trouver le vrai coupable, celui que personne n’avait soupçonné.

Cette histoire est moins lente en rythme et plus élaborée et les hypothèses sont multiples. Le lecteur s’habitue au personnage d’Avi Avraham qui reste authentique, simple, tenace et surtout honnête dans
ses convictions.

Un très bon livre policier qui se lit vite et avec plaisir. Un polar sans violence dont la force est vraiment dans cette façon qu’a l’auteur de raconter son histoire avec des personnages communs, une enquête qui semble se perdre mais qui à chaque fois se termine avec une chute totalement inattendue. Etonnant vraiment cette façon de raconter, une forme de lenteur qui accroche le lecteur et qui finalement devient la marque de fabrique de Dror Mishani.

J’ai aimé ce nouveau polar de Dror Mishani comme j’aime son personnage Avi Avraham qui est en fin de compte très singulier et tellement attachant.
A lire ou à découvrir.

[305 pages / Seuil / 21 €]