mercredi 11 novembre 2015

The book of Ivy d'Amy Engel (mars 2015)




L'avis de Gaby

Surprenante lecture sur ce blog : j'ai lu un livre young-adult... et je l'ai fini !

Vous aviez peut-être lu mes précédentes chroniques qui révélaient mes déceptions littéraires pour Divergent, Nos étoiles contraires ou Soeurs sorcières. Depuis, j'étais devenue frileuse à l'idée de replonger dans un bouquin destiné à un jeune public. Non que la qualité n'y soit pas, mais généralement les intrigues sont simples et trop romanesques à mon goût.

J'avais entendu et lu énormément d'éloges sur The book of Ivy, mais je n'osais pas passer le cap. Et puis, je suis tombée sur la biographie de l'auteure, décrite comme une avocate américaine ayant vécu notamment en Iran et à Taïwan. Deux raisons qui me laissaient penser qu'avec son bagage, elle avait peut-être des messages à faire passer, des choses à dire et que son univers ne serait peut-être pas aussi simple que redoutée. 

Dans un univers post-attaque nucléaire, Ivy est une jeune fille promise à un garçon de deux ans plus âgé. Elle vit dans une ville de 10 000 habitants, scindée en deux. Chaque année, toutes les demoiselles de 16 ans de Westside sont conviées à épouser un homme d'Eastglen. Mais qui sont-ils? Une cinquantaine d'années auparavant, deux familles se sont affrontées pour obtenir le pouvoir. Ivy fait partie de la famille des perdants mais doit toutefois s'unir à l'autre camp. Seulement, le père d'Ivy et sa soeur Callie veulent renverser le système. Et ils comptent beaucoup sur elle

C'est en gros la trame de l'histoire. Décrit comme cela, vous comprenez que cela ne donne pas envie de s'y plonger. Seulement, cette ville est isolée et entourée de barrières et personne n'en est sortie pour aller explorer les alentours (hormis les bannis). Les gens vivent reclus dans un univers quasi auto-suffisant avec des lois destinées à les tenir en vie.

Je me doutais bien que l'auteure allait nous emmener un peu plus loin que les traditionnels romans jeunesse. A travers Ivy, elle interroge beaucoup les normes sociétales : pourquoi de telles règles existent? Elles sont injustes mais comment les changer? Plus de liberté signifie-t-il plus de bonheur? En fait, elle pose des questions assez légitimes sur les moyens de subsistances d'urgence et la reconstitution d'une communauté.

Et elle le fait avec méthode et assez d'intelligence pour qu'on ne tombe pas sur les clichés habituels du méchant cinglé : ici le "méchant à éliminer" est quelqu'un de normal qui agit avec conscience. Il a des raisons et sait se justifier. On n'est pas face à un illuminé qui arrive à exalter une foule en la nourrissant avec des jeux. Les protagonistes ne brillent donc pas et paraissent un peu fades si on les compare aux intrigues habituelles. Ils sont banals, gentils et réfléchis. 

Amy Engel arrive à nous intéresser à la condition des citoyens également. Ils ne vivent pas dans une démocratie mais ne se rebellent pas. En même temps, leurs grands-parents ont fui une guerre nucléaire, ils vivent en paix, ce n'est pas parfait mais ils ne sont pas asservis. On est face à un univers assez équilibré avec ses failles du système, comme le mariage imposé et la condition des femmes (qui morflent toujours en premières....) D'ailleurs pourquoi se révolteraient-ils alors que aux portes de leur ville, c'est peut-être l'enfer ? (au passage cela me fait penser à l'excellent livre d'Etienne Guéreau : le clan suspendu)

Cette normalité permet finalement au lecteur de se créer sa propre opinion et de réfléchir à ce qui pourrait être le mieux pour eux. Il devient actif et ne peut pas se reposer sur les avis des uns et des autres. Comme le dit Bishop, époux d'Ivy, chacun doit apprendre à réfléchir. Et c'est le message que semble vouloir faire passer Amy Engel.

Je tiens tout de même à aborder quelques petites critiques. Tout d'abord, l'intrigue prend du temps à se mettre en place. Rien ne presse, aucune urgence. On ne s'ennuie pas mais il n'y a pas de multiples rebondissements. Peut-être un des effets que voulait mettre en place l'auteure pour asseoir le côté paisible de l'univers. 

Ensuite, je trouve les arguments du père d'Ivy et de sa soeur un peu légers. Je comprends l'existence du dilemme qui déchire Ivy, mais pendant tout le roman on a quand même l'impression que la famille est isolée. Le père a délibérément sorti Ivy et Callie du système scolaire pour les éduquer, ils ont toujours vécu dans une bulle. Comment peuvent-ils décemment vouloir une révolution alors qu'ils semblent n'avoir aucun soutien? Donc on parlait de l'absence de gens barges dans ce bouquin, mais à mon avis, ce sont eux qui représentent les cinglés dans l'affaire. Même si leurs arguments sont compréhensibles, leur pouvoir reste limité.

Dernier point qui me laisse dubitative : il n'y a aucune description hormis les qualificatifs beau et belle. Vous aurez des éléments physiques précisant la beauté de tels yeux, tels cheveux, mais rien de plus. A vous d'imaginer la ville et les personnages. J'ai d'ailleurs un mal fou à me positionner sur leur physique. Cela peut-être déstabilisant car le cachet en prend un coup et si l'auteure a créé l'univers dans son aspect systémique, on se demande si elle a vraiment une idée sur l'esthétisme qu'elle veut donner. Mais le côté positif est que cela nous permet, à nous lecteur, d'être un peu plus acteur et de pouvoir tout imaginer (un aspect qu'on peut retrouver dans le livre L'échange de Brenna Yovanoff).

En définitive un bon roman young-adult, avec de la profondeur et qui amène de questions existentielles. Mais qui reste un livre de son genre. J'aurai vraiment voulu qu'il soit plus abouti et plus travaillé. On sent vraiment que les aspects sont lissés (je reste sur ma faim concernant ce monde), pour faciliter la compréhension. C'est en tout cas le genre typique de livre dans lequel vous pouvez projeter votre univers.

Petite critique tout de même : j'aurai préféré un titre français....

Je ne pensais pas avoir autant de choses à vous écrire....

[341 pages / Lumen / 15 €]

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