jeudi 19 novembre 2015

Va et poste une sentinelle de Harper Lee (octobre 2015)




L'avis de Gaby


Il me tardait de lire la suite de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee. J'ai lu les articles de presse qui sont parus peu de temps avant et après sa mise dans le circuit, et j'avais été très surprise des réactions. Qui criait le plus fort que le comportement de Atticus était une honte, que ce livre n'était pas du niveau du premier. Bref, que de bruits pour un livre sorti alors même que l'auteure ne semble plus avoir la main mise sur ses propres écrits. En effet, l'une des polémiques autour de ce bouquin est la vente des droits peu de temps après le décès de la sœur de l'auteure, qui avait la responsabilité de ses intérêts

Trêve de blabla. Je vous rappelle seulement la genèse de cet ouvrage. Harper Lee a écrit ce livre avant Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Son éditeur ne le trouvait pas génial et lui a demandé de se concentrer sur l'enfance de Scout. Va et poste une sentinelle n'était donc pas voué à être édité. Il l'est parce que ses droits ont été cédés et suite au succès de l'unique titre de l'auteur. Pour autant, ce premier livre, rédigé avant Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, se déroule après. On retrouve une Scout devenue une presque trentenaire et dorénavant appelée Jean Louise.

Le début est emballant, on est au coeur de l'action. Jean Louise (que j'appelerai Scout) est de retour à Maycomb pour deux semaines. Elle vit à Maycomb et, âgée de 26 ans, elle vient passer du temps auprès de sa famille, alias Atticus, le papa tant aimé, et Alexandra, la tante rigide. Calpurnia, sa nounou, a quitté la maison pour une retraite bien mérité. Et Jean Louise a une liaison avec Hank-Henry ( j'ai pas compris le changement de prénom...), qui assiste Atticus en tant qu'avocat.

Scout a bien grandi, elle est devenue une femme consciente de ses droits. Elle fume et est toujours encline à faire des folies. Son frère est mort deux ans auparavant. Elle peine à se remettre de la disparition de Jem, d'autant qu'elle n'a pas connu la mère.

Au fil du récit, on découvre tous les détails de son enfance, au détour des réflexions de Scout qui a du mal à retourner à un esprit de village.

Je vous avoue que le style n'est pas aussi abouti que dans Ne tirez pas dans l'oiseau moqueur. Je me suis perdue dans la politique américaine parce que Harper Lee ne nous reprécisait pas des faits qui semblaient évidents et les notes de bas de pages ne sont pas d'une très grande aide. Elles donnent des explications basiques. Bref, on galère, surtout quand on lit sur une liseuse car on doit attendre la fin de chapitre. Pour le coup, j'aurai aimé une introduction, un prologue pour nous expliquer le contexte et clarifier la situation.

Scout demeure un personnage solide et intéressant mais parfois on se perd dans ses tergiversations. Parfois, c'est "je", parfois c'est "elle". On saute d'un esprit à un autre. Pour suivre, ce n'est pas simple au début, mais on s'y fait. Les dialogues pèchent aussi : trop longs, moins pertinents que dans le premier livre paru. Le long échange entre Atticus et Scout est légitime et intéressant, mais c'est long. Quant au discours de l'oncle, il nous perd autant que Scout !

Pour en revenir au fameux Atticus et à son revirement, cela ne m'a pas choqué. Scout le voyait comme son papa et découvrait les injustices du monde dans le premier ouvrage. Ici elle découvre qu'il faut faire des concessions, que parfois la vie force les gens à agir d'une telle façon mais qu'il ne faut pas s'arrêter aux premiers abords.

Oui, il est question du racisme et de la différence des races, mais remettons nous dans le contexte historique pour comprendre les réactions des gens. Et ici Harper Lee essaye de débroussailler tout cela et d'expliquer que la situation n'est pas si simple, les enjeux sont complexes.

En définitive, un roman à la hauteur du premier dans la profondeur des personnages et leurs réflexions. Scout me parle toujours autant, dans sa fougue. Dans cet ouvrage, elle souffre d'un décalage au sein de son entourage. Mais rien dans le récit n'est gratuit et tout trouve une certaine utilité. Effectivement, on ressent les failles de l'écriture, du premier jet que Harper Lee ne retravaillera jamais vu son âge. Il faut faire avec.

Clairement, lisez-le. J'ai encore une fois apprécié la conclusion du récit, qui m'a touchée mais que je ne peux développer ici pour que vous en gardiez toute la primeur.

[336 pages / Grasset / 20,90 €]

4 commentaires:

  1. je ne sais pas si j'ai vraiment envie de lire celui-ci. J'ai vraiment eu un coup de coeur pour Atticus et Scout et du coup cela me fait très peur. Mais pourquoi pas un jour peut être

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    1. Tu retrouveras la même fraîcheur des personnages, c'est surtout dans la présentation du récit qu'il faut s'attendre à des changements.

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  2. Je viens de le terminer et malheureusement, j'ai été un peu déçue. J'ai préféré Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur !

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    1. Quel dommage, mais je pense en comprendre les raisons : l'oeuvre n'était pas vouée à être publiée et l'auteure n'a pas pu la retoucher.

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