vendredi 18 décembre 2015

Room d'Emma Donoghue (janvier 2013)




L'avis de Gaby


Jack est enfermé dans une petite pièce avec sa maman. Ce narrateur, âgé de 4 ans et demi, donne des petits noms à son environnement comme Monsieur Rocking-chair ou Madame Baignoire. Ne sortant jamais de sa chambre, il se cache dans la penderie dès l'entrée de Grand Méchant Nick par l'unique porte de son lieu de vie.

N'aimant pas beaucoup les histoires d'enfants, je ne me rappelle plus où j'ai vu ce livre. Je pensais l'avoir découvert listé dans l'un de mes challenges, mais en réalité ce n'est pas le cas. Autant vous dire que j'y suis allée à reculons.

Le style, de prime abord, m'a rebutée. Je n'ai pas immédiatement adhéré au procédé narratif. C'était vraiment enfantin et assez pénible par les repères spatiaux difficiles à saisir. Puis, les éléments se mettent en place et l'objet du roman se façonne : la mère et son enfant sont enfermés. La jeune maman semble s'efforcer d'offrir le meilleur à son petit.

Je n'irai pas plus loin dans le synopsis mais l'intrigue devient rapidement prenante. Et finalement le discours tenu par l'enfant ne semble pas si inopportun. Au contraire, on lit le roman à travers ses yeux et on devient sensible au raisonnement de Jack. On vit le bouleversement de son univers avec lui. Rapidement, on devient empathique même si quelques fois l'envie de le remettre à sa place nous travaille. Une faiblesse qu'on pardonne plus que facilement lorsqu'on comprend son quotidien.

La jeune maman est également remarquablement dessinée à travers les babillages de Jack. Forte et fragile à la fois, elle aime tant son enfant qu'elle n'hésite pas à se confronter à ses peurs pour lui offrir le meilleur. 

Emma Donoghue traite dans l'ouvrage de la disparition et de la contrainte, l'absence et la reconstruction, et aussi de la confrontation violente des univers lorsque la vérité surgit et que tous doivent composer avec. Les relations conflictuelles avec des proches en dépit de la tragédie violente, l'incompréhension de l'entourage extérieur, les tentatives de sauvetage pour s'assurer un avenir mais aussi la douleur et la perte. 

Et puis l'amour. Un amour inconditionnel qui voit plus loin que les faiblesses, que les erreurs, que l'absence. Qui se traduit par de petites attentions ou de grands actes. Qui assure un lien entre tous en dépit des mésaventures, et qui va au-delà du froissement des sensibilités de chacun.

Un roman touchant et perturbant. Les humains sont décrits avec sensibilité. Dans ce roman, Emma Donoghue a volontairement coupé la parole aux destructeurs de vie pour laisser s'élever la voix d'un enfant, qui n'a rien à perdre et tout à construire. Grâce à l'amour.

[456 pages / Le livre de poche / 7,60 €]

1 commentaire:

  1. Très bonne chronique, ton avis me replonge dans cette lecture qui fut pour moi un joli coup de coeur.

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