lundi 14 décembre 2015

Sa majesté des mouches de William Golding (septembre 2008)




L'avis de Gaby

Sa majesté des mouches m'a toujours intrigué par son contenu : une bande de gamins abandonnés sur une île essaie de survivre. Je me suis décidé à le sortir de ma bibliothèque en cette fin d'année, pour enfin prendre connaissance de l'intrigue et des inclinaisons humaines qu'a imaginé l'auteur. 

Le récit m'a beaucoup fait pensé à Battle Royale et Hunger Games, principalement car le roman se joue dans un huis-clos qui, comme d'habitude, pousse les gens à se révéler dans leurs facettes les plus extrêmes. Je pourrais citer d'autres titres comme La peste de Camus ou La route de Mc Carthy. Vous voyez un peu le genre. Au détail près que dans ce roman, les protagonistes sont des enfants entre 8 et 15 ans, tout juste sortis ou pas du monde de l'enfance et encore en manque de repères.

Dès les premières pages, nous marchons dans le sable de l'îlot. Un garçonnet, plutôt grassouillet et nerveux, court après un autre plus grand et musclé qui semble assez indifférent à son environnement. On cerne un peu le contexte : probablement pendant la Seconde Guerre mondiale, et leur avion s'est posé sur la plage avant de glisser droit dans la mer. Je n'ai pas bien compris comment les enfants s'en sont tirés (peut-être le choc n'a-t-il pas été violent), mais ils sont nombreux et de tous horizons à se balader sur le site.

Au cours du récit, sous la plume assez classique de l'auteur aux descriptions parfois alambiqués, on comprend qu'il va être dur pour eux de se solidariser et de surmonter l'épreuve. Qui arrivera à conserver le semblant d'humanité qui reste au fond de lui? Qui maintiendra les frontières imposées par la vie en communauté et la morale? Qui prendra cette situation pour un jeu? Qui se laissera emporter par l'instinct animal? Qui recherchera le pouvoir? Et qui gardera son sang-froid? Qui sera emporté par ses émotions et son imagination?

Le roman se révèle haletant et dérangeant. Comme les enfants de cette île, on cerne mal comment se finira ce séjour ni s'il est possible de s'échapper du site. On vit avec eux en se demandant d'où naîtra le prochain drame et quel personnage flanchera. Les pages filent, et puis soudain, tombe la sentence. Et là, dans l'horreur, tout reprend un caractère humain et amer. L'enfance n'est plus, et le monde des adulte se révèle, implacable.

Un très bon classique à découvrir.

Attention : ne lisez pas les commentaires ci-dessous pour éviter les révélations


[336 pages / Gallimard / 5,40  €]

12 commentaires:

  1. J'avais lu ce livre quand j'étais adolescente et j'en étais ressortie légèrement traumatisée. L'auteur met en place une atmosphère particulièrement malsaine à laquelle je ne m'attendais pas, enfin pas à ce point, pas dans un roman estampillé "jeunesse". Ceci dit je suis d'accord, c'est très bien mené et c'est un livre à découvrir.

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    1. Tout à fait d'accord. La tension à partir du milieu du roman et l'hystérie qui se développe font frissonner. J'étais assez mal à l'aise en fin de lecture.

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  2. Un excellent livre et ta chronique le rend très bien (^-^) J'avais apprécié cette lecture

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  3. Je l'ai dans ma PaL depuis très longtemps, il m'intrigue beaucoup mais je ne sais pas pourquoi je ne me lance jamais... Mais là, je crois que tu m'as convaincu !
    Merci pour ton article et j'adore ton blog.
    A bientôt

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    1. Franchement saute le pas, ce n'est absolument pas chiant même si c'est un classique. Par contre, c'est très sombre. Merci pour ton commentaire, je suis touchée !

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  4. Je ne me souviens plus très bien de l'histoire (et surtout, j'ai oublié la fin !) vu que je l'ai lu il y a une grosse dizaine d'années. C'est peut-être le signe qu'il mérite une relecture d'ailleurs. Par contre, je me souviens qu'il m'avait laissé une impression de malaise assez persistante...

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    1. Oui, c'est un sentiment qu'on a tous partagé. Alors la fin... je l'ai un peu résumé sans entrer sans entrer les détails :) Mais c'est signe que tu dois le relire ! Merci pour ton commentaire

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  5. Je garde un souvenir fort de ce roman ! La cruauté de ces enfants sans adultes pour les encadrer est effectivement dérangeante ^^ Je ne m'attendais pas à autant de violence en le débutant... Chouette chronique en tout cas, merci :)

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    1. Merci pour ton commentaire. C'est fou, il laisse un souvenir persistant à tous !

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  6. Je me souviens que certains sont au début très disciplinés, ce sont des chanteurs d'une chorale religieuse, des enfants de choeur. L'auteur semble vouloir démontrer que la sauvagerie est naturelle aux humains, même chez les enfants, mais pour ma part je pense plus plausible que les plus disciplinés, les plus violemment éduqués, deviennent logiquement les plus violents. C'est livre notable mais que je n'ose vraiment conseiller, car pas enthousiasmant.

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    1. Oui, c'est exactement cela. J'ai volontairement passé sous silence les détails dans la chronique pour ne pas gâcher l'intrigue. J'y ai aussi vu une réflexion par rapport au cadre imposé par la société dont on comprend le sens une fois adulte. Ainsi, Roger prend plaisir à lancer des cailloux autour d'un enfant de six ans, et l'auteur précise qu'il est retenu de la lapidation uniquement à cause des restes de l'éducation, même s'il prend un curieux plaisir à vouloir faire mal au petit. C'est ce même Roger qui sera, par la suite, le bourreau (sans que l'auteur nous indique ce qui a pu lui donner ce statut).
      Par contre, concernant les enfants de choeur, ils ont beaucoup joué un rôle de suiveurs sans réflexion. C'est Jack, le petit "chef" qui les a entraînés (est-ce pour symboliser la pensée de groupe?)

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