vendredi 15 janvier 2016

Les liens du silence de Gilda Piersanti (octobre 2015)

Résumé de l'éditeur 

À Sant Andrea del Monte, un petit village de Calabre, une jeune femme qui a collaboré avec la justice en dénonçant sa famille mafieuse est retrouvée noyée dans sa baignoire. Elle a ingéré de l'acide chlorhydrique : une mort atroce qui évoque une exécution plutôt qu un suicide. Son père, Don Alfredo, est l'un des boss les plus puissants du Bunker, l'organisation criminelle qui domine le trafic de cocaïne en Europe. À Zurich, Giulia, la petite-fille de Don Alfredo, pensionnaire d'une luxueuse école privée, tombe amoureuse de Lorenzo. Il est jeune, journaliste, et sa mère a autrefois été tuée dans un attentat qui visait son père, procureur en lutte contre... le Bunker. Giulia ignore tout des activités mafieuses de sa famille. Et alors que Lorenzo, qui mène l'enquête, s'apprête à lui en révéler le vrai visage, il est victime d'une terrible agression. Jamais les liens du sang n'ont aussi bien porté leur nom. Dans un monde où les traditions séculaires de l'honneur couvrent les luttes de pouvoir, Giulia et Lorenzo pourront-ils échapper aux lois non écrites de leurs familles que tout oppose ? Les Liens du silence, véritable drame shakespearien au suspense redoutable, démonte la mécanique complexe d un système mafieux et nous plonge dans la furie d'une guerre entre deux familles dont les enfants luttent héroïquement contre la fatalité de leur destin.


L'avis d'Ondine

Giulia, petite fille de Don Alfredo est pensionnaire depuis son plus jeune âge dans une luxueuse école privée très réputée en Suisse. Sa famille surtout son grand-père Don Alfredo, son épouse et grand-mère Lucrezia surnommée l’Araignée, habitent à Sant’Andréa del Monte un petit village en Calabre. Giulia sait qu’elle bénéficie grâce à son grand-père du meilleur en terme d’éducation mais jusqu’à présent elle ne s’est jamais trop posée de questions sur sa famille et sur leur mode de vie.

Elle ne sait pas que son grand-père qu’elle adore, est l’un des chefs les plus puissants du Bunker, cette organisation criminelle, mafieuse et calabraise, qui domine le trafic de cocaïne dans toute l’Europe. Elle n’a pas connu ses parents. Personne ne lui parle de son inconnu de père ni de sa mère morte dans un accident de la route alors qu’elle avait 6 mois.

C’est son grand-père qui lui porte une grande affection, qui l’a placée dans cette école privée suisse après qu‘elle ait été élevée quelques temps par sa tante Alba. Mais voilà que sa tante Alba s’est suicidée. Sa famille lui explique qu’elle était dépressive. D’autres sont persuadés qu’elle a été suicidée car n’avait-elle pas dénoncé sa famille mafieuse en collaborant avec la police et la Justice avant de se rétracter. Mais Giulia ne semble pas consciente des réalités de vie de sa famille. Elle vit loin d’eux et n’a pas réellement de contacts avec les siens.

Pourtant le destin va lui ouvrir les yeux. Elle rencontre Lorenzo Cortese, un jeune journaliste italien. La mère du jeune homme a été tuée lors d’un attentat perpétré par la Mafia et qui visait en réalité le père de Lorenzo. Celui-ci était à l’époque procureur et menait une lutte acharnée contre le Bunker. Son père a été défiguré et est cloué dans un fauteuil roulant.

Les deux jeunes gens vont tomber amoureux l’un de l’autre. Lorenzo sait qu’il devra expliquer à Giulia qui est réellement sa famille et que le fait de se fréquenter va les mettre en danger. Comment une fille issue d’une famille mafieuse et dont l’avenir et la vie même est décidée et programmée par la famille peut-elle seulement envisager de partager sa vie avec un journaliste et de plus le fils d’un procureur. La famille et surtout Don Alfredo n’apprécie pas cette relation naissante. Lorenzo est victime d’une grave agression et Giulia est ramenée de force à Sant’Andréa del Monte et séquestrée un temps afin qu’elle vive selon les règles imposées par la famille.

Mais cela ne va pas être aussi simple que cela car la jeune femme se trouve confrontée à une réalité familiale qu’elle ne soupçonnait pas. Elle ne veut pas se soumettre à ces règles archaïques qu’on lui impose. Elle finira par prendre conscience que si elle ne se bat pas elle ne pourra jamais vivre comme elle le souhaite et sera réduite comme toutes les femmes de la famille aux décisions prises par les autres. Elle n’existera qu’en terme d’alliance passée avec d’autres familles mafieuses.

Arrivera-t-elle à fuir pour rejoindre Lorenzo ? Les liens du silence de Gilda Piersanti est un roman magnifique. Une histoire de Roméo et Juliette moderne dans un contexte italien tellement archaïque et pourtant toujours autant d’actualité. La rencontre du fils d’un procureur et la petite-fille d’un boss de la mafia calabraise. Deux mondes si différents l’un de l’autre, totalement incompatibles, l’un combattant l’autre, une histoire d’amour dangereuse autant pour l’un que pour l’autre des deux amants car elle est vécue comme une trahison au sein de la famille calabraise et l’issue de cette histoire ne peut être que la mort.

J’ai lu quasi tous les livres de Gilda Persanti car j’aime sa façon d’écrire et de raconter ses histoires. Mais Les liens du silence est certainement le plus abouti de tous, une vraie réussite. Avec l’histoire de cette rencontre amoureuse de Lorenzo et de Giulia, ces Roméo et Juliette des temps modernes, Gilda Persanti aborde avec une grande précision et une justesse absolue la réalité du fonctionnement archaïque et l’organisation des familles mafieuses. Il n’y existe aucun sentiment, état d’âme, ou conscience. Tout n’est que calcul, alliance, mésalliance, règlement de compte, argent, pouvoir.

Avec son roman, l’auteure touche cette vérité que beaucoup savent sur l’organisation de la mafia mais qui est difficilement décelable car celle-ci se dissout, depuis la nuit des temps, dans tellement de paramètres sociétaux même les plus improbables. Aucune liberté de choix, tout est décidé et les enfants et petits-enfants sont déjà formatés pour prendre la suite quitte à être tués ou à tuer pour cela.

Un très beau roman. C’est plus qu’un coup de cœur c’est une roman abouti, une réussite, une très belle histoire d‘amour sur fond de mafia.

A découvrir.

[290 pages / Passage / 19 €]


Autre roman de l'auteure chroniqué sur le blog


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