dimanche 10 janvier 2016

Respire d'Anne-Sophie Brasme (octobre 2002)


Résumé éditeur

Elle s'appelle Charlène, elle a dix-neuf ans, elle est en prison. Une nuit de septembre, deux ans plus tôt, elle a tué Sarah, son amie d'école. Parce que Sarah, belle, brillante, magnétique, exerçait un pouvoir sur tous ceux qui l'approchaient. Parce que son amitié, pour la timide Charlène, fut un émerveillement, un don inespéré de la vie.

Et puis vinrent les petites déceptions, les attentes, les souffrances. Et l'entraînement dramatique du désespoir et de la passion, retracé ici avec une vérité hallucinante par une romancière de dix-sept ans.

L'avis de Gaby


Ce livre a été mis en avant par une blogueuse dans son Top 2015. Inconnu à mes yeux, j'ai consulté son résumé pour rapidement me le procurer en version numérique. En un mot? Respire est percutant.

Charlène, 19 ans, se confie. Emprisonnée, elle transcrit par écrit les raisons de sa détention. Une plongée dans sa vie intime, ses souvenirs, ses émois.

Charlène s'est toujours sentie décalée, à part, incomprise. Elle a du ressentiment envers sa famille, notamment dans la première partie du livre. Elle souffre d'un mal être et en rejette la faute sur son entourage, sans en connaître la raison.

A l'école primaire, elle rencontre Vanessa, une autre enfant avec qui naîtra une amitié fusionnelle. Son double. Jusqu'à ce que Vanessa déménage, laissant Charlène sur le carreau.

Portant toujours cette solitude, Charlène, adolescente dont l'intelligence est supérieure à la moyenne, entre dans un collège d'élites. Elle ne se fond pas dans le moule et sombre dans la dépression. Jusqu'au jour où Sarah vient à sa rencontre. Débute alors une amitié toxique...

Ce roman ne laisse pas le lecteur en repos. J'ai été très vite happée par la plume d'Anne-Sophie Brasme qui retranscrit avec beaucoup de crédibilité les émois d'une jeune de son âge. Au point qu'on s'interroge sur la frontière entre réalité et fiction. [Anne-Sophie Brasme a rédigé ce livre alors qu'elle avait 17 ans, âge moyen de la narratrice, et a déclaré dans une interview s'être inspirée de sa propre vie.] Charlène sombre toujours plus. Elle n'arrive pas à prendre de la distance vis à vis de la réalité, emprisonnée dans une spirale asphyxiante.

Peut-on, pour autant, en vouloir à Sarah? Dans ce récit confessionnel, on comprend que Charlène est sa bouée de secours. La seule personne avec qui elle se permet de perdre la face et révèle ses faiblesses et ses doutes. Elle baisse sa garde, pleure alors que face au monde, elle est Sarah la guerrière, l'invincible. Charlène est son confessionnal, sa faiblesse grandeur nature. Dans cette adolescente mal dans sa peau, Sarah se voit ou redoute de se voir, la hait au point de tout faire pour la virer de son existence. Charlène lui rappelle ses failles et elle se détache difficilement de cette relation amour et haine.

Quant à Charlène, dans sa soumission elle rejette son existence. Incapable de vivre pour elle, de porter une once de considération sur sa personne, elle se jette à corps perdu dans cette amitié, acceptant de donner son âme au diable pour échapper à la réalité

Dans ce récit court et passionnant, j'ai ressenti deux temps d'écriture. Comme si l'auteure avait virée de bord en cours de route. Charlène nous confie sa vie misérable et déprimante pour, par la suite, redécouvrir qu'elle a été heureuse. A l'image d'une adolescente emprisonnée dans son mal être momentané, elle noircit le tableau puisque n'ayant pas le recul nécessaire (dû à un manque de maturité classique relatif au jeune âge). Difficile de dire si ce sursaut à mi-étape était volontaire de la part d'Anne-Sophie Brasme pour apporter un nouvel éclairage de son passé, ou si elle a fait évoluer son personnage en cours d'écriture, laissant sa plume couler au fil du récit.

L'aspect le plus perturbant demeure cette impression de réalité, de lire les confidences d'une personne, à tel point qu'il devient difficile de discerner visuellement Charlène d'Anne-Sophie. 

Respire est un roman réaliste et troublant durablement. Une expérience de lecture très particulière.

2 commentaires:

  1. Ta chronique donne plutôt envie, d'autant que j'aime en principe assez ce genre d'histoire.
    (Ah, et je viens de vérifier, ils l'ont visiblement dans ma médiathèque, en plus !)

    RépondreSupprimer
  2. Tout à fait intéressant : j'aime ce genre de texte où la frontière entre fiction et réalité est fluctuante, où l'auteur s'incarne dans un personnage. Merci de ce conseil.

    RépondreSupprimer

Profitons de notre liberté d'expression