dimanche 28 février 2016

10 jours dans un asile de Nellie Bly



Si vous avez deux minutes....
(sinon, descendez pour lire la chronique écrite)


Biographie de Nellie Bly chroniquée sur le blog


L'avis de Gaby

J'ai découvert Nellie Bly avec la biographie de Matthew Goodman, présentée ci-dessus. Sa personnalité volontaire et entière marque toute personne s'intéressant à elle. Journaliste redoutable, cette jeune femme n'a pas hésité à prendre des risques dès son plus jeune âge pour se lancer dans des immersions délicates (comme dans une usine ou, dans le cas présent, dans un asile psychiatrique) ou en quittant précipitamment une rédaction pour filer à New York. Nellie Bly est à l'image d'Albert Londres, voire plus. A l'époque où les femmes restaient au foyer, elle endosse un métier d'homme, journaliste, et se fait recruter par Joseph Pulitzer, alors rédacteur en chef.

Mais n'allez pas croire que ce fut facile. L'immersion dans un asile, dont parle l'ouvrage que je vais vous présenter, était LA condition pour décrocher le contrat dans le New York World, le journal tenu par le célèbre homme de presse. Nellie Bly devait prouver qu'elle avait les épaules pour travailler. Un challenge relevé avec panache !

10 jours à l'asile est né suite au succès de son reportage paru en 1887. Elle y raconte en une centaine de pages son aventure. Joseph Pulitzer la met au défi de s'infiltrer dans un asile psychiatrique dont la réputation est mitigée. Sans trop montrer d'inquiétude à l'idée de rester bloquer là-bas ou de se faire repérer elle se lance et parvient à atteindre l'île de Blackwell, au coeur de New-York. Là-bas se trouve tout un complexe hospitalier, dont le bâtiment pour les malades mentaux de sexe féminin.

Sur place, Nellie Bly va découvrir des conditions de vie scandaleuses. Tortures, humiliations, persécutions, les infirmières agressent les internées, les poussant définitivement vers la folie. La vie est dure, certaines des femmes sont attachées, d'autres enfermées et privées de liberté. 

Rédigé avec simplicité, le récit de Nellie Bly révolte. Au XIXe siècle, tout individu pouvait se faire enfermer, du moment qu'il n'était pas soutenu. Malades physiques, migrants, ou simplement domestiques, les victimes de ce système sont sans défense. Les médecins censés les soigner et identifier leurs troubles restent insensibles à leurs appels à l'aide, commettant des erreurs de diagnostiques.

10 jours dans un asile est un document historique très accessible à découvrir. On ressent peu la forme journalistique classique bien que le contenu en possède toutes les qualités. Beaucoup disent que Nellie Bly était la première à se lancer dans le journalisme gonzo, bien avant Kerouac qui l'a popularisé. Petit bonus non négligeable : dans l'ouvrage se trouvent deux autres reportages dont je vous garde le secret. Bonne découverte !

PS : L'adaptation du livre est sortie fin 2015 au cinéma



Partenariat

Présentation de l'éditeur

Engagée au New World du célèbre Joseph Pulitzer, Nellie Bly se voit confier une mission pour le moins singulière : se faire passer pour folle et intégrer un asile psychiatrique pour femme, le Blackwells Island Hospital à Roosevelt Island, New York. Intrépide, courageuse et soucieuse de dénoncer les conditions de vie des laissés-pour-compte, Nellie Bly accepte le défi et se fait alors passer pour une malade ; elle crée par la même occasion le reportage infiltr&, dont le modèle sera plus tard repris par Hunter S. Thompson, Gunter Wallraff ou Florence Aubenas. Après une nuit d'entraînement, l'illusion est parfaite : tous les médecins la déclarent folle et se prononcent pour son internement. Elle reste dix jours dans l'hôpital. Le reportage fait la Une de toute la presse et met en lumière les conditions de vie épouvantables des patientes et les méthodes utilisées par le personnel (nourriture avariée, eau souillée, bâtiments infestés). Suite à la publication du livre 10 jours dans un asile, les fonds alloués aux hôpitaux psychiatriques furent augmentés de 850 000 dollars.

4 commentaires:

  1. J'ai vu un film sur sa vie (impossible de me souvenir du titre) quand j'étais aux USA, je serais curieuse de lire ce témoignage !

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    1. Je viens de m'apercevoir qu'un film est sorti en fin d'année dernière au USA. 10 days in a Madhouse. Etait-ce celui-ci? Je rajoute l'info dans le billet ! Merci :)

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  2. Ça a l'air super intéressant en tout cas. Personnellement, les adultes comme présentés ici me fichent la trouille complètement...

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    1. Je te rejoins, les vrais malades sont troublants. Mais dans le livre, Nellie Bly dénonce l'envoi de personnes saines d'esprit traitées comme des malades (ainsi que le mauvais traitement infligé aux malades)

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