vendredi 5 février 2016

L'arabe du futur, une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) de Riad Sattouf (mai 2014)





Présentation de l'éditeur

Un roman graphique où Riad Sattouf raconte sa jeunesse dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad.
Né en 1978 d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile.
En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.
L’Arabe du futur sera publié en trois volumes. Ce premier tome couvre la période 1978-1984.



L'avis de Gaby

Ce livre m'intéressait depuis sa sortie. Comble de chance, Palpo l'a chroniqué dans le cadre des matchs littéraires de Price Minister, me le mettant ainsi à disposition.

Dans ce roman graphique, Riad revient sur ses premières années. Son père, syrien, est le benjamin de d'une famille sunnite et unique enfant à pouvoir aller à l'école. "Obsédé à l'idée de devenir docteur", il se rend en France et y rencontrera son épouse Clémentine, étudiante dans la même université. Cette dernière l'accompagnera pendant ses missions en Libye et en Syrie. On y découvrira la vie sous Kadhafi, avec les logements interchangeables et les lubies du dictateur, ainsi que le quotidien d'une famille syrienne dans des bâtiments laissés à demi achevés pour éviter les taxes et des pendus dans les rues, mais aussi la recherche du kebab par l'odeur.

Riad Sattouf est un gamin blond dont les cheveux charmeront les adultes et agaceront les gamins, qui n'hésiteront pas à le chahuter. L'ouvrage m'a beaucoup fait penser aux remarquables romans graphiques de Guy Delisle. Les traits simples et vivants du dessinateur mais aussi sa narration rythmée charment tout curieux voulant découvrir la vie au Moyen-Orient entre 1978 et 1984.

Le regard sans concession de Riad sur son père est aussi étonnant par sa sincérité et le côté franc. Abdel Razak était au départ un homme qui espérait instruire les arabes pour les rendre plus libres, il n'était pas énormément porté sur la religion. Au fur et à mesure, il porte un regard moins bienveillant sur son environnement, n'hésitant pas à saluer les conflits, se braquer contre la France ou accepter une violence sans racine. Riad le présente un peu comme un mec qui se croit supérieur aux autres et se permet de faire la leçon. Clémentine, quant à elle, est une femme assez effacée, donnant naissance à un autre enfant, et préférant se consacrer à sa famille.

Cette bande-dessinée touche une certaine vision du monde et notre zone de confort. Nous sommes tellement de gens à évaluer le monde à travers des yeux différents. Mais l'idée que les femmes mangent le reste du repas des hommes, que Riad soit forcé de vivre tout cela alors qu'il est effrayé fait de la peine. La fin du premier volume est émouvante, avec ce petit qui aspirait à plus de douceur et qui redoute d'être passé à tabac par ses camarades.

Au cours du récit, je me suis interrogée aussi sur la justesse des souvenirs de Riad, qui a entre deux et quatre ans. Eveillé, il essaie de se fondre dans la masse. Du coup, je suis très curieuse de lire le tome 2 pour connaître la suite de son enfance. Un témoignage passionnant et provocant sur la différence de culture et l'intégration. J'ajouterai aussi l'humour présent au fil des pages. Avec l'apprentissage des gros mots par les gamins ou "le léchage de yeux" (de quoi surprendre). J'ai pris grand plaisir à découvrir la Libye et la Syrie des années 80.

Un coup de coeur !

N'hésitez pas à compléter cette chronique avec celle de Palpo


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