lundi 22 février 2016

Les guérir d'Olivier Charneux


L'avis de Gaby



Suite à une vidéo de Pretty books, un violent intérêt pour Les guérir d'Olivier Charneux est né. J'ai pourtant lu des quantités de livres sur la Seconde Guerre mondiale et les horreurs des camps,  A mon âge, j'ai un peu fait le tour de la question et je suis d'avis que tout le monde peut basculer dans le pire comme dans le meilleur. Ce livre le confirme (en même temps, c'est tellement facile de choisir des livres qui abondent dans notre sens, et conforte notre petit confort me direz-vous).

Les guérir est la biographie romancée de Carl Vaernet, médecin danois obsédé par la reconnaissance. Fils d'un éleveur de chevaux, il veut échapper au sort familial et part étudier en ville pour s'éloigner de ses origines campagnardes. Le jeune adulte développe une passion pour l'eugénisme et rencontre pendant ses études Fritz Claisen, un jeune danois nationaliste zélé très branché nazisme. Leurs idées racistes vont se nourrir, le premier dans l'obsession de l'amélioration de la race humaine, le second dans le combat pour la suprématie de la race aryenne. 

Voulant quand même 'faire le bien', Carl Vaernet s'intéresse vivement aux homosexuelles, persuadé que ces hommes peuvent être soigner. Car selon les idées nazies, un homo contamine les autres, et comme il y en aurait 4 millions au début du XXe siècle, ils flippent tous (cela ne les empêche pas de les envoyer dans les camps avec les hétéros -militaires et détenus- d'ailleurs). Par la suite, le bonhomme arrivera à tester son projet sur des détenus dans les camps. Je ne vous en dis pas plus. 

Les guérir est une biographie passionnante. Olivier Charneux nous présente un homme peu sensible à son environnement et obsédé par sa réussite. Il met tout en oeuvre pour arriver à ses fins, quitte à façonner son entourage pour être persuadé d'aller dans le bon sens. Vous comprenez ma remarque du début mentionnant la zone de confort : l'homme ne s'est jamais remis en cause, s'en fiche de voir un proche arrêté par les nazis... Il va même jusqu'à cesser de lire son journal habituel lorsque celui-ci rapportera des faits odieux réalisés par les nazis, persuadé que c'est de la propagande anti-allemands....Et il mourra avec l'idée d'être un grand incompris et d'avoir été injustement traité, au grand dam de ses enfants....

Cette biographie rythmée nous présente un homme comme tout le monde, qui basculera dans l'horreur. La distance de l'auteur dans cette oeuvre est remarquable : il présente les faits sans les juger. Quant à la dimension historique, un délice pour les amateurs. J'ai vraiment apprécié de découvrir le Danemark et ses positions à cette époque. Olivier Charneux rappelle que beaucoup d'auteurs de crimes ont fini en Amérique du Sud ou ont été embauchés par la suite, que de nombreuses compagnies au passé collaborationniste existent encore (Hugo Boss notamment, qui a entrepris des démarches pour se racheter), et que l'horreur demeure impunie. Et surtout que n'importe qui peut basculer dans la connerie et l'obsession, persuadé d'être un sauveur...

Je rebondis sur la chronique de Pretty Books qui regrettait le manque de détails dans les camps. Pour ma part, cela ne m'a pas dérangé car c'était l'homme qui m'intéressait plus que l'univers. Carl Vaernet s'y est rendu 4 fois pour une opération de deux heures. La monstruosité de son geste n'est pas excusable, mais l'oeuvre dont je vous parle tente surtout d'expliquer les motivations qui se cachaient derrière. 

Je vous invite donc grandement à lire ce livre si vous aimez les biographies et souhaitez découvrir une facette peu connue de la Seconde Guerre mondiale. 


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 Présentation de l'éditeur

" L'homme le plus important du Reich après Hitler avait affrété spécialement un avion militaire pour acheminer le docteur Carl Værnet et sa famille du Danemark à Berlin. Himmler l'avait reçu dans son bureau en pleine guerre, le 15 février 1944, entouré de ses principaux collaborateurs. Il lui avait ouvert les portes du camp de concentration de Buchenwald. Il l'avait financé. Carl Værnet n'en revenait toujours pas de leur complicité. Il entendait encore le Reichsführer évoquer son père éleveur de chevaux dans le Jütland, comme si Himmler l'avait connu au Danemark et qu'il était de la famille. Il l'entendait aussi parler des paysans, dont il se sentait proche, et de l'élevage, qui était son premier métier. Sa préoccupation de la question homosexuelle les avait définitivement rapprochés. Était-ce un crime de vouloir les guérir? " Dans cette biographie romancée, Olivier Charneux révèle l'entreprise délirante et monstrueuse d'un médecin danois, Carl Værnet, obsédé par l'idée de régler la question de l'homosexualité pour " le bien de l'humanité ". Porté par une écriture sobre et rigoureuse, ce récit restitue dans sa terrible vérité le parcours d'un homme presque ordinaire guidé par une vision moralisatrice et régulatrice de la société qui conduit encore aujourd'hui dans certains pays du monde à exclure, voire à exterminer tous ceux qui sont perçus comme " différents ".

2 commentaires:

  1. J'ai lu ta chronique cet après-midi, et tu m'as vraiment donné envie de découvrir ce livre pour le coup. Comme toi je ne pense pas regretter le manque de détails sur les camps : l'information et les bouquins qui en parlent ne manquent pas, et justement, voir l'envers du décor peut être très intéressant. Bref, je vais vraiment essayer de me le procurer

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    1. J'espère que tu aimeras autant que moi. Il se lit rapidement -quel dommage- et l'histoire de cette homme est prenante

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