lundi 14 mars 2016

A l'école de l'amour d'Olivia Manning




"Si ce n'était pas idiot de qualifier les gens de méchants, je dirais qu'elle est méchante, finit-il par asséner.
-Ach, non. Pour être méchant, il faut avoir de mauvaises intentions. Tu crois ça ? Tu crois qu'elle a de mauvaises intentions?"

L'avis de Gaby

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Félix, dorénavant orphelin, est envoyé chez une parente à Jérusalem. Né en Angleterre, le garçon a vécu à Bagdad, où il perdu sa mère. Le voilà seul, sous la responsabilité de mademoiselle Bohun, une vieille fille bien particulière. Sans repères et influençable, Félix se laisse porter par la volonté des autres. Craignant de blesser, sa naïveté pourrait bien le perdre.

Lors d'un échange de mails, l'attachée de presse m'a proposé de découvrir cet ouvrage. Sans cela, je serai probablement passé à côté de ce livre abordant l'enfance et la confrontation crue au monde des adultes. Félix a été aimé de sa mère qui lui a apporté un esprit tendre et non-conflictuel. Le jeune adolescent, tout juste sorti de l’œuf, perd brutalement cet univers doux et réconfortant, le laissant à vif et sans repères dans le monde adulte.

A l'école de l'amour est un ouvrage fortement inspiré de l'expérience de l'auteure Olivia Manning, lit-on en quatrième de couverture. Le réalisme des situations et la justesse des émotions me donnent envie d'y croire. Il faut avoir le coeur solide pour suivre ce bonhomme qui se fait manipuler par celle censée l'avoir à sa charge. Elle lui soutire de l'argent, joue avec ses sentiments et le pousse dans ses retranchements sans jamais baisser sa garde. 

Tout le livre se concentre sur la maturité du jeune homme, éloigné de sa patrie d'origine. En parallèle, on devine aussi les ombres des autres individus, leur égoïsme, leur cruauté. Par exemple, un Polonais, combattant avec des Russes avant de prendre la fuite, se plaint d'avoir été mis au même régime de patates que ses alliés, considérant qu'il méritait mieux ayant l'habitude de manger plus finement. Autant de petites paroles que retient Félix et qui le blesse dans son rapport au monde adulte. L'auteure nous a mis dans sa tête, et raconte uniquement ce qui le marque, délaissant les propos peut-être plus modérés de son entourage. Le bonhomme se prend de belles gifles dans la figure, n'ayant plus personne pour le protéger ou le soutenir. Il lui faut du temps avant de comprendre qu'il doit grandir et apprendre à vivre pour lui et par lui-même.

Le roman traite aussi de l'exil forcé des militaires et des civils en toile de fond. Beaucoup d'Européens ne peuvent retourner chez eux et doivent attendre la fin du conflit pour quitter la ville. Tandis que les locaux, juifs et arabes, redoutent l'amorce d'un conflit israelo-palestinien une fois les mouvements armés terminés.

Je suis peu amatrice des livres d'enfants malheureux. J'aurai pu l'abandonner comme Vipère au poing. Mais Félix, dans sa naïveté, est attachant. Au fil des pages, on espère que justice lui sera rendue. Un roman assez particulier par son contexte et par l'histoire dont on ressort avec le cœur un peu alourdi. 

Note (sur 5) :☼ ☼ ☼ ☼

Un roman d'apparence anodine qui nous laisse un gout d'amertume.

Vous aimerez pour : le contexte historique original, les sentiments justes de Félix et son évolution, les situations présentées, les émotions suscitées

-Partenariat

"Vous croyez que Mlle Bohun est méchante?
-N'emploie pas ce mot absurde, Félix. Bien sûr que non. Elle est grotesque, elle manque de délicatesse et de discrétion, rien de plus grave. Elle appartient à une génération qui associe les pires idées sur les êtres humains au désir de les aider au mieux. A mon sens, elle est d'une grande innocence."

Présentation de l'éditeur

Jérusalem, 1945. La Seconde Guerre mondiale touche à sa fin et des milliers d'exilés affluent dans la ville-monde pour y trouver refuge, alors que le mandat colonial britannique touche à sa fin et que les tensions entre le peuple Juif et Arabe s'exacerbent. Félix Latimer, jeune orphelin anglais fraîchement débarqué de Badgad, s'y est lui aussi installé en attendant de pouvoir prendre le bateau qui le ramènera chez lui. Esseulé, il n'a d'autre choix que de rejoindre la pension de famille d'une certaine Miss Bohun, une parente éloignée qui a accepté de le recueillir. Miss Bohun, membre emblématique des "Ever-Readies", un groupe fondamentaliste catholique, dirige la pension d'une main de fer et ne laisse rien passer à ses drôles de pensionnaires que tout oppose, si ce n'est cette vie d'attente. D'abord impressionné et charmé par celle-ci, Félix tombe vite des nues : sous sa morale rigide et ses airs vertueux se cache en réalité une femme pingre et sèche qui profite de la misère de ses pensionnaires pour s'enrichir. Alors qu'il se désespère dans cette maison froide et hostile où son seul compagnon de jeu est un chat nommé Faro, arrive la jeune Mrs Ellis, une veuve de guerre enceinte qui fricote avec les intellectuels dans les cafés. A la recherche de tendresse et d'amour, Félix va se laisser charmer par cette figure maternelle de substitution - qui est touchée par cet amour mais incapable de lui rendre la pareille.

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