samedi 19 mars 2016

Dans la nuit de Daech, confession d'une repentie de Sophie Kasiki




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"Le monde n' a plus de couleurs. J'ai perdu l'Afrique et l'amour de ma mère. Il ne me reste rien."

L'avis de Gaby

Dans la nuit de Daech est le témoignage d'une jeune maman parisienne et trentenaire, embrigadée par l'Etat Islamique. Elle partira de son plein gré avec son fils de trois ans à Rakka, ville syrienne sous emprise djihadiste.

A la lecture de l'ouvrage, on retrouve le style commun et fluide de tous les témoignages de ce type. Plutôt léger sur les descriptions, le rédacteur se concentre sur l'action, les mécanismes qui ont poussé à l'embrigadement de Sophie.

La jeune femme est une personne fragilisée et en manque de repères. Née au Cameroun, elle perd sa mère tôt et ne connaîtra jamais son père, décédé quelques années auparavant. Sa sœur, qui vit en France, la prend en charge et l'éduque. Sophie ne réalise pas tout à fait la disparition de sa parente. Enfant facile, personne ne voit le malaise qui l'envahit. Il faut dire que la situation est précaire et ses nouveaux parents doivent beaucoup travailler.

Sophie grandira avec ce manque dont elle n'a pas conscience. Elle se mariera avec Julien, un enseignant, et ils auront un petit garçon de quatre ans. La jeune femme est éducatrice spécialisée et travaille dans une maison de quartier. Et en dépit de ses responsabilités, un vide l'habite. Le départ pour le djihad de trois jeunes de quartier bouleversera la donne. Perméable et renfermée, elle se laissera manipuler....

Le point fort de ce témoignage est la confrontation des deux facettes de l'histoire. J'ai trouvé ingénieux de mettre en parallèle le ressenti de Julien à celui de sa femme. Les deux se complètent et apportent des détails qui paraissent peut-être peu significatifs pour l'un tout en étant cruciaux pour l'autre. 

Sophie est clairement dans sa bulle, un peu déconnectée dans le récit qu'elle nous donne. Elle ne se rend même pas compte du lavage de cerveau qui lui est fait. Ainsi elle pensera qu'elle peut aller au coeur même d'une ville tenue par Daech et en sortir sans problème, comme une touriste.

Julien apporte dans son récit une vision moins romantique et plus concrète du terrain. Il parlera des démarches effectués de France, de la difficulté de sauver sa femme et son fils et aussi de la manipulation qu'il doit opérer avec eux pour ne pas les faire plonger davantage.

La trentenaire parlera de l'environnement à Rakka, du comportement des combattants et convertis qui se rapproche très nettement de celui des missionnaires et des colons des siècles auparavant. Beaucoup de femmes présentées viennent d'Australie (surprenant), de Belgique ou de France. Certaines mères tirent leur fierté du mariage de leurs filles avec des djihadistes.

Dans la nuit de Daech est un bon témoignage qui s'adresse aussi aux jeunes pour les sensibiliser à la manipulation et l'avenir "offert" par le djihadisme.

-partenariat

Note (sur 5) :☼ ☼ ☼ ☼

Un témoignage intéressant, dans lequel ressortent la sensibilité et la faiblesse humaine

Vous aimerez pour :  le document inédit, la sensibilité de Sophie perceptible dans son texte, découvrir le monde jihadiste de l'intérieur, comprendre les démarches effectuées par les familles et le choc de l'entourage lors de la découverte d'un départ vers la Syrie

" La femme, entièrement dissimulée sous un voile noir, même ses yeux sont invisibles, les mains gantées, marche à côté d'un homme en sarouel. Ils avancent tous les deux comme un couple en promenade, banal, mais alors qu'ils nous dépassent je remarque qu'ils portent chacun, dans le dos, une mitraillette. Sidérée, je les regarde passer. "


Présentation de l'éditeur

Le témoignage unique d'une Française partie rejoindre l'État islamique avec son fils...et revenue de l'enfer.
Sophie Kasiki est éducatrice en banlieue parisienne quand trois garçons qu'elle connaît quittent la France pour faire le djihad en Syrie, laissant leurs familles dévastées. Très vite, ceux qu'elle appelle « les gamins » reprennent contact avec elle. Sophie espère les convaincre de rentrer, mais c'est l'inverse qui va se produire.
En plein questionnement personnel, cherchant à donner un sens à sa vie, Sophie se laisse envoûter malgré elle par leur discours politique. Et, après seulement quelques mois de conversations quotidiennes, elle prend l'incroyable décision de partir pour Rakka, capitale de l'État islamique. Elle emmène avec elle son fils de quatre ans.
Là, Sophie, bénévole à la maternité, découvre la ville vitrine de l'EI, cosmopolite – on vient de tous les pays servir le califat – et sous contrôle étroit des djihadistes. Elle ouvre progressivement les yeux : Daech est une armée d'occupation, les Syriens tremblent et les gamins qu'elle a connus sont désormais des moudjahidine fanatiques et dangereux qui vont les séquestrer, elle et son fils, dès qu'elle manifestera son opposition.
Dans un pays ou les femmes n'ont pas même le droit de marcher dans la rue sans leur tuteur légal, Sophie, armée de l'amour inconditionnel de son mari resté en France, va affronter tous les dangers pour sauver son fils et le ramener à la maison...
Un récit bouleversant en plein coeur des ténèbres.

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