samedi 26 mars 2016

Paranoïa de Melissa Bellevigne




L'avis de Gaby

La curiosité m'a poussée à découvrir l'oeuvre d'une Youtubeuse. J'étais consciente de deux choses avant de l'entamer : le genre était susceptible de ne pas me plaire du fait de l'aspect jeunesse et l'intrigue était un quitte ou double à mes yeux puisque je suis une lectrice assez exigeante.

C'est pourquoi je vous propose deux avis en un : le premier est mon avis critique (selon mes exigences de lecture et qui s'adresse aux lecteurs chiants aimant lire pour l'utile), le second est mon avis global (qui s'adresse à tous ceux qui aiment lire pour la détente). C'est un procédé exceptionnel, mais je sais que Google va m'amener de nouveaux lecteurs sur cette chronique et ce serait malhonnête de seulement écrire pour ceux qui lisent mon blog.

On suit Lisa, une psychiatre, qui prend en charge Judi. La jeune femme est enceinte de 6 mois et refuse de s'alimenter. Elle avoue être en contact avec Arwyn, un homme qu'elle est la seule à voir.

Paranoïa m'a surprise par la qualité d'écriture. C'était l'un des aspects les plus importants à mes yeux. Après avoir lu quelques titres young-adult ou mom-porn (50 nuances de Grey), j'ai pris conscience que tout pouvait être édité sans être retravaillé. A croire qu'on peut laisser la veste au placard pour tenter une sortie en plein milieu d'automne. Ici, l'écriture est maîtrisée. On sent que l'auteure lit beaucoup. Par moment, le vocabulaire m'a fait penser à celui de Marc Levy : c'est accessible sans rechercher le mot pompeux ou scientifique. Pas besoin d'ouvrir un dictionnaire, mais pas simpliste non plus. C'est assez agréable. Un détail m'a surprise : la présence d'odeurs. Ce n'est pas courant de lire dans un texte des références de ce genre.

Mon avis pour ceux qui partagent mes goûts littéraires

Au niveau de l'intrigue, je suis divisée. Je sais que ce roman n'aurait eu aucune chance de se retrouver dans ma bibliothèque si l'auteure n'avait pas été aussi populaire. Le récit demeure très linéaire avec des voix alternées. Je n'ai pas vraiment aimé le dispositif puisque régulièrement, en début d'histoire notamment, on se retrouvait avec le même protagoniste sur plusieurs chapitres d'affilées. Cette linéarité tirait parfois en longueur. On a passé 50 pages à entrer dans le roman et à débuter l'histoire. Dommage qu'il n'y ait pas eu d'attaques dans le vif. Qui dit linéarité dit aussi manque de complexité. On est soumis aux événements et l'enquête était très légère. Les révélations s'enchaînent de façon très précipitée et sans grand élément déclencheur, les échanges sont un peu naïfs. 

Lisa est une psychiatre qui m'a semblé assez peu professionnelle face à Judy, sur de nombreux plans. Elle a baissé sa garde face à une patiente considérée comme cas difficile et a obtenu un peu trop rapidement les informations. Assez étonnant quand on voit le parcours de Judy. Alors que c'est le personnage principal, elle a manqué d'aspérité. L'auteure ne l'a pas assez caractérisée pour qu'elle puisse exister en tant que telle. Concernant Judy, on peut lui reprocher la même chose.

Concernant la psychologie des personnages, n'étant pas psy, je ne pourrai pas donner mon avis au risque de dire de grosses conneries. Par contre, l'analyse semble assez simpliste. Je n'ai pas été convaincue par le parcours de Judy ni par le professionnalisme de Lisa (dont j'ai expliqué les raisons ci-dessus). Tous les échanges tenus par les experts auraient aussi bien pu être prononcés par une personne lambda. Je suis aussi surprise par le choix de Lisa de directement mettre les pieds dans le plat au sujet de la grossesse alors que tout montre que c'est délicat. Et d'en plus céder à ses émotions sans prendre de recul. J'ai été déçue que Melissa Bellevigne n'utilise pas ses décors pour enraciner son intrigue. Le passage chez Emma du Maurier ou sa relation avec sa grand-mère ne sont pas aboutis. J'ai régulièrement eu l'impression que l'auteure balançait une balle en l'air mais était incapable de lui donner de la force... l'effet perdait beaucoup de souffle au fur et à mesure des séquences.

Je tiens aussi à préciser que j'ai survolé beaucoup de passages, notamment les chapitres concentrés sur Lisa. Cela manquait un peu de piquant et n'allait pas directement à l'essentiel. Dans Paranoïa, l'action s'élabore dans les dialogues et les échanges laissaient trop de place à une situation assez simple au final. J'ai aussi survolé les passages concentrés sur les élucubrations des protagonistes. Là encore, les passages ne me semblaient pas essentiels à l'intrigue.  Un peu trop de dialogues, pas assez de mouvement ou de psychologie. Le contenu demeurait tendre et en surface. Trop de bons sentiments en définitive. J'ai cru à certains moment que l'histoire allait décoller, et finalement les différentes scénettes se terminaient abruptement me laissant sur ma faim (visite de Londres avec le lieu historique et la maison, ceux qui liront comprendront).

Mon second avis

S'il est facile de pointer les faiblesses d'un livre, il faut aussi reconnaître les qualités. Prenons que j'ai lu le livre pour la détente ou me "vider la tête" ou pour le proposer à un ado. 

Paranoïa demeure un très bon roman ado dont le contenu m'a surprise pour un premier roman. Je m'attendais vraiment à ce qu'elle se prenne les pieds dans le tapis. Il faut le reconnaître : cela n'a pas été le cas.

Le style classique et tendre est soigné. On sent qu'elle a pris le soin de relire sa copie. L'intrigue est assez linéaire mais pas ennuyeuse, tout se tient. Précédemment, je vous parlais d'éléments à mes yeux fondamentaux et de choses qui me manquaient, mais je suis consciente que tous les lecteurs n'ont pas envie de lire un manuel de psychologie dans un roman ou des références et des théories sociales péteuses (c'est encore mon cas, chacun ses goûts). 

Je ne pense pas que l'auteure visait le prix Pulitzer mais qu'elle voulait nous raconter une histoire sympa et dont l'intrigue est bien menée. Est-ce original? J'aurai envie de dire qu'elle aurait pu l'être si elle avait pris le parti d'ajouter 100 pages de plus et de compliquer la trame. C'est typiquement le genre de romans que j'aurai lu à la plage si j'avais été âgée de 20 ans ou cachée sous ma couette en tant qu'ado.

En définitive, l'histoire possède de bonnes bases et en fait un roman détente sympa. Cela se lit bien, pas besoin d'énormément de concentration ni de s'interroger sur les différents niveaux de lecture. Melissa Bellevigne se positionne clairement dans le divertissement. A noter qu'une grande place est attribuée à la maternité. Quant à la fin : on a bien une réponse, mais elle demeure ouverte.

-Partenariat

Ma notation finale concerne uniquement le premier avis

Note (sur 5) : ☼ ☼ 

Un roman tendre et bien écrit un peu trop linéaire. Il manquait de la complexité malgré l'originalité de l'intrigue.

Vous aimerez pour : l'univers tendre, la gentillesse qui s'en dégage, le côté fantastique


"La vie est franchement mal faite, tout de même ! Cette foutue loterie se trompe de gagnants : certains remportent un lot sans avoir joué, et ceux qui ont les bons numéros ne reçoivent rien, c'est d'une tristesse !"


Présentation de l'éditeur

Lisa Hernest, psychiatre reconnue et spécialisée dans les cas complexes, est appelée à l'institut Saint-Vincent en périphérie de Paris. Elle va rencontrer sa nouvelle patiente : Judy Desforêt, internée pour paranoïa et hallucinations, enceinte de cinq mois et qui refuse de s'alimenter. Dès leur première entrevue, la jeune femme qui se dresse face à elle fait preuve d'une lucidité et d'un discernement hors pair. Et plus Lisa apprend à la connaître, plus leurs échanges viennent ébranler ses propres convictions professionnelles et personnelles. Entretien après entretien, Judy lui livre en effet une curieuse histoire, mêlant sa quête des racines familiales en Angleterre et la présence invisible d'un certain Alwyn, cet homme qui la suit comme son ombre depuis toujours. Progressivement, Lisa, l'experte en âmes fragiles, sent ses moyens lui échapper et Judy la déstabiliser. À mesure que les mois passent et que la date de l'accouchement approche, la vérité semble s'éloigner.

4 commentaires:

  1. Hmm, il est dans ma PAL mais il a beaucoup d'avis négatifs

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    1. Ce n'est pas un indispensable jeunesse mais c'est un bon bouquin détente avec quelques longueurs. Est-ce une lecture imposée? Pour ce type de roman, tu l'apprécieras certainement plus en suivant ton feeling pour le sortir.

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  2. Ton avis est super intéressant. Je pense vraiment qu'il ne me conviendrait pas, pour ma part, mais je ne suis pas forcément le public visé (même si au final je lus quand même pas mal de YA).

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    1. On reste sur sa faim. C'est un livre adapté aux petits lecteurs qui ont encore la faculté de s'émerveiller et de ne pas s'arrêter face aux faiblesses. Mais pour les gros, ça passe moins bien...

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